LE PEUPLE — Il est des mots dont l’usage laisse parfois dubitatif. C’est le cas par exemple avec la Corée du Nord (RPDC), le Congo (RDC) ou l’ex-Allemagne de l’Est (RDA) dont le «D» signifie «Démocratique». Dernièrement, c’est chez nous qu’a débarqué un enième avatar de pareil contresens, sous les traits des «accommodements raisonnables».
Raisonnables, vous avez dit «raisonnables»?
En consultant le rapport des Assises de l’interculturalité, nouvelle bible de ces «accommodements (dé)raisonnables», on prend vite la mesure de la duperie. D’entrée de jeu, les rédacteurs du rapport précisent que, s’ils s’appuient sur «l’égalité entre citoyens, la lutte contre le racisme et la xénophobie, et l’égalité de l’homme et de la femme» pour réaliser leurs travaux, ces grands principes ne sont toutefois «pas absolus, (...) ce qui parfois entraîne la nécessité d’une mise en balance». Ah bon?
Véritable ode au relativisme, ce document de 120 pages remet en question les percées démocratiques que sont la laïcité et l’égalité homme-femme en se faisant l’ardent défenseur de la reconquête de la sphère publique par la chose religieuse - islamique dans le cas présent. Et pour tenter de faire passer la pilule, les auteurs du rapport élargissent leurs demandes aux autres religions.
C’est ainsi qu’ils nous parlent de nourriture «kasher» pour glisser celle «halal», évoquent les «courants évangéliques» et les «Eglises du réveil» pour promouvoir les doléances de «personnes de confession musulmane», et citent le «turban» et la «kippa» pour plaider le «port du foulard islamique». Il est vrai que les sikhs, les juifs et les chrétiens évangéliques sont particulièrement revendicatifs en la matière...
En définitive, les conclusions de ces Assises sponsorisées par la ministre Joëlle Milquet mettent à mal des acquis progressistes conquis de longue lutte. Et contrairement à ce que prétendent les auteurs du rapport, leurs recommandations ne consolident pas la cohésion nationale, elles l’hypothèquent.
Vieille recette, somme toute. En son temps, Platon ne disait-il pas déjà que «la perversion de la cité commence par la fraude des mots»?
Joël Rubinfeld est Président de l'Atlantis Institute |