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Les habits neufs de l'antisĂ©mitisme en Belgique Imprimer Envoyer à un ami
Par JoĂ«l Rubinfeld   
1 settembre 2004

LES HABITS NEUFS DE L'ANTISÉMITISME EN EUROPE — La Belgique, comme d’autres pays europĂ©ens, aura vĂ©cu un automne de fin de siĂšcle marquĂ© par un rĂ©veil de la judĂ©ophobie. Jusque-lĂ , les actes antisĂ©mites se comptaient, d’annĂ©e en annĂ©e, sur les doigts d’une main, mais l’onde de choc gĂ©nĂ©rĂ©e par la seconde Intifada allait rapidement modifier la donne pour la communautĂ© juive du Royaume, forte de 40.000 Ăąmes. En 2001, 27 actes antisĂ©mites dĂ©clarĂ©s seront Ă  dĂ©plorer, 51 l’annĂ©e suivante, et 30 en 2003 [1]. Le Conseil de l’Europe s'inquiĂštera de la rĂ©currence de ces incidents, et dĂ©noncera l’antisĂ©mitisme – ainsi que le racisme – qui s’est dĂ©veloppĂ© en Belgique, Ă  travers un rapport rendu public en janvier 2004. L’étude rĂ©percutait le malaise de Belges juifs qui “ont connu un renforcement trĂšs important du sentiment d’insĂ©curitĂ© au cours des derniĂšres annĂ©es en Belgique” [2].

La Belgique n’est pas pour autant un pays antisĂ©mite. S’il y a soixante ans, des lois antisĂ©mites Ă©taient en vigueur dans le pays, aujourd’hui la loi belge rĂ©prime l’antisĂ©mitisme. La situation actuelle n’est donc pas comparable Ă  celle qui prĂ©valait Ă  l’époque, mais elle en porte toutefois des stigmates communs: des rabbins et des Ă©coliers juifs sont passĂ©s Ă  tabac sur la place publique, des cocktails molotov embrasent des commerces et lieux de culte juifs, et l’on crie “Mort aux Juifs” en battant le pavĂ© de la capitale.

Pour la plupart, les actes antisĂ©mites seront le fait de jeunes issus de l’immigration des pays du Maghreb [3], aujourd’hui citoyens belges. En mal d’intĂ©gration, ceux-ci ont trouvĂ© dans le conflit opposant IsraĂ©liens et Palestiniens un exutoire rendu fertile par la rencontre d’une information proche-orientale manichĂ©enne et d’un antisĂ©mitisme des plus traditionnels. Ces jeunes ne sont pour autant pas les seuls Ă  porter la responsabilitĂ© de la libĂ©ration de cette violence. Ceux, Ă©trangers Ă  la communautĂ© musulmane, pour qui la critique du sionisme ou d’IsraĂ«l n’est que le cache-sexe d’un antisĂ©mitisme inavouable, ont directement participĂ© Ă  la vivacitĂ© de l’actuelle judĂ©ophobie. Issus des milieux associatif, acadĂ©mique, journalistique et politique, ils ont pavĂ© le chemin aujourd’hui empruntĂ© par ceux qui passent Ă  l’acte.

Un antisémitisme désinhibé

De nos jours, il peut ĂȘtre dangereux d’arborer une kippa sur la tĂȘte ou une Ă©toile de David au cou. Si le nombre officiel des actes antisĂ©mites rĂ©pertoriĂ©s depuis le mois d’octobre 2000 dĂ©passe la centaine, ce chiffre ne permet pourtant pas de prendre la rĂ©elle mesure de la situation, car nombreux sont ceux, surtout parmi les plus jeunes, qui taisent leurs mĂ©saventures.

D’autres ne portent plus plainte. C’est le cas du rabbin Shimon Lasker qui, blasĂ©, concĂšde que s’il devait porter plainte Ă  chaque fois qu’il Ă©tait insultĂ© ou agressĂ©, il passerait sa vie dans les commissariats. S’il l’avait fait, il aurait du mĂȘme coup fait augmenter, Ă  lui seul, de moitiĂ© le nombre d’actes antisĂ©mites rĂ©pertoriĂ©s en Belgique depuis la fin de l’annĂ©e 2000. Il se souvient de ce dĂ©but du mois d’octobre 2001, lorsqu’il se fera agresser Ă  trois reprises en 24 heures. Le 2 octobre, premier jour de la fĂȘte juive de Souccoth, le rabbin marchait avec sa femme et ses enfants dans la rue quand une dizaine de jeunes maghrĂ©bins les prirent Ă  partie, crachant sur leur passage, les insultant de “sales Juifs”, menaçant de les tuer et se servant de pierres et de marrons, qui jonchaient le sol, comme munitions. MĂȘme scĂ©nario le lendemain, quand une cinquantaine d’adolescents arabo-musulmans s’attaquĂšrent Ă  nouveau Ă  lui et Ă  sa famille, touchant au dos la fillette du rabbin Lasker Ă  l’aide de projectiles improvisĂ©s. Quelques heures plus tard, c’est seul cette fois que, sur le chemin de la synagogue, il se fera agresser par quatre jeunes qui menaceront de l’égorger puis lanceront une poubelle sur le rabbin.

Il ne doit guĂšre rester de rabbins Ă  Bruxelles qui n’aient eu maille Ă  partir avec ceux qui n’hĂ©sitent plus Ă  joindre le geste Ă  la parole. Le Grand rabbin de Bruxelles Albert Guigui en a Ă©galement fait la triste expĂ©rience. Une aprĂšs-midi de dĂ©cembre 2001, il croisera le chemin de cinq adolescents maghrĂ©bins qui, Ă  sa vue, se mirent Ă  l’insulter et Ă  lui cracher au visage, avant que l’un d’entre eux ne dĂ©coche un violent coup de pied au visage du Grand rabbin. Le CongrĂšs rabbinique europĂ©en qui se tiendra quelques mois plus tard Ă  Bruxelles fut l’occasion pour des rabbins venus des quatre coins du continent de constater in vivo les difficultĂ©s rencontrĂ©es au quotidien par leurs coreligionnaires belges. Chaque jour, des incidents – crachats, insultes et bousculades – Ă©mailleront leur sĂ©jour dans la capitale europĂ©enne.

Les adolescents qui frĂ©quentent les Ă©coles et les mouvements de jeunesse juifs sont Ă©galement devenus la cible de “ratonnades” antisĂ©mites. C’est le cas des Ă©lĂšves de l’athĂ©nĂ©e MaĂŻmonide qui, Ă  plusieurs reprises, seront agressĂ©s aux abords de l’établissement scolaire. En mars 2003, huit Ă©tudiants venaient de quitter le lycĂ©e pour se rendre Ă  la station de mĂ©tro toute proche, lorsqu’une trentaine de jeunes maghrĂ©bins se mirent Ă  lancer des pierres dans leur direction, les menacĂšrent, les insultĂšrent de “sales Juifs”, puis s’en prirent Ă  NathanaĂ«l, ĂągĂ© de 14 ans, l’immobilisant au sol pour le rouer de coups. Deux de ses camarades tenteront de lui venir en aide, mais ils seront Ă  leur tour tabassĂ©s, devant une foule de badauds dĂ©tournant pudiquement le regard. En janvier 2004, NathanaĂ«l sera Ă  nouveau rossĂ© par une bande d’antisĂ©mites en herbe. La rĂ©pĂ©tition de ces actes obligera la direction de l’athĂ©nĂ©e Ă  dĂ©conseiller Ă  ses Ă©lĂšves l’utilisation de la station de mĂ©tro proche de l’établissement scolaire.

À l’universitĂ©, les tracts outranciers se multiplieront au grĂ© de l’actualitĂ© internationale et des Ă©tudiants juifs seront menacĂ©s de mort. Sur le campus, ce sont les militants d’associations estudiantines d’extrĂȘme-gauche et arabo-musulmanes qui se chargeront de l’agit-prop antisioniste. On les verra notamment Ă©tablir des simulacres de check-points israĂ©liens aux principaux accĂšs du campus de l’UniversitĂ© libre de Bruxelles (ULB).

Certaines voix plus porteuses ajouteront au climat pesant. Parmi d’autres, celle de la FĂ©dĂ©ration des Etudiants Francophones – l’organisation ombrelle des Ă©tudiants de la CommunautĂ© française de Belgique – qui “condamne de maniĂšre ferme la politique discriminatoire et colonialiste de l’Etat d’IsraĂ«l, qu’il mĂšne depuis sa crĂ©ation” [4], veut imposer “un moratoire aux accords de coopĂ©ration existant avec les universitĂ©s de JĂ©rusalem et de Tel-Aviv” [5] et demande l’application du “droit au retour des rĂ©fugiĂ©s expulsĂ©s depuis 1948” [6].

En avril 2001, pas moins de 327 professeurs, assistants et chercheurs universitaires emboĂźteront le pas aux pourfendeurs de l’Etat hĂ©breu. Dans une missive adressĂ©e au Gouvernement belge, les universitaires exigeaient de celui-ci qu’il condamne “les crimes de guerre et les crimes contre l’humanitĂ© commis en violation du droit humanitaire par l’armĂ©e israĂ©lienne”, et qu’il adopte “l’envoi immĂ©diat d’une force d’interposition et d’observation en Palestine” [7]. Entre autres requĂȘtes, ces universitaires rĂ©clamaient Ă©galement aux autoritĂ©s du pays “la suspension de l’Accord d’association Ă©conomique conclu entre la CommunautĂ© europĂ©enne et IsraĂ«l” car, ajouteront-ils subrepticement, “ce type de politique a d’ailleurs fait ses preuves dans le cas de l’Afrique du Sud” [8].

C’est dans cette atmosphĂšre qu’une universitaire candidate aux Ă©lections facultaires verra sa photo maculĂ©e de croix gammĂ©es. “Je n’ose plus mettre mon Ă©toile de David. Je me sens obligĂ©e d’ĂȘtre discrĂštement juive. (
) C’est psychologiquement intolĂ©rable” [9], dĂ©plorait-elle. En novembre 2002, quelques membres de l’Union des Etudiants Juifs de Belgique tenteront de calmer le dĂ©bat. À l’aide d’une campagne d’affichage sur le campus de l’ULB, ils appellaient Ă  l’établissement d’un dialogue serein entre “pro-IsraĂ©liens” et “pro-Palestiniens”, rappelant au passage les atouts dĂ©mocratiques de l’Etat hĂ©breu. Cette campagne vaudra Ă  ses instigateurs d’ĂȘtre menacĂ©s oralement et par Ă©crit: “On connaĂźt ton frĂšre, ta copine. On connaĂźt ton adresse. EnlĂšve les affiches immĂ©diatement ou tout le monde est mort. Ton frĂšre, ta copine, tout le monde est mort!” [10].

Le corps professoral ne sera pas Ă©pargnĂ© par la dĂ©linquance antisĂ©mite. En novembre 2002, David Berman, enseignant Ă  l’athĂ©nĂ©e public bruxellois Marcel Tricot, se fera insulter par quelques-uns de ses Ă©lĂšves de confession musulmane: “Toi et les tiens, vous tuez nos frĂšres palestiniens. Hitler n’en a pas tuĂ© assez. On te fera la peau 
” [11]. Ironie du sort, l’enseignant agressĂ© est membre de l’Union des Progressistes Juifs de Belgique, une association qui appelle Ă  la suspension de l’accord d’association Europe-IsraĂ«l, rend des visites de courtoisie Ă  Yasser Arafat et qualifie Ariel Sharon de “criminel de guerre”.

Les commerces et lieux de culte juifs seront Ă©galement dans le collimateur. Les cocktails molotov jetĂ©s ces derniĂšres annĂ©es sur des synagogues se comptent par dizaines. En juin 2003, le Bruxellois Ali El Bouyeri embarquait cinq bouteilles de gaz dans sa voiture et tentera, “au nom d’Allah”, de faire exploser son vĂ©hicule devant la synagogue de Charleroi. Un an plus tĂŽt, une quinzaine d’impacts de balles Ă©taient relevĂ©s sur la façade de cette mĂȘme synagogue. Au mĂȘme moment, un magasin bruxellois d’alimentation kasher et d’articles religieux Ă©tait ravagĂ© par un incendie criminel. Çà et lĂ , il y aura Ă©galement des vitrines brisĂ©es, des croix gammĂ©es et autres insultes antisĂ©mites sur les façades de commerces appartenant Ă  des Juifs ou, Ă  l’aĂ©roport de Bruxelles-National, sur les bagages de passagers en provenance d’IsraĂ«l.

Les manifestations sportives donneront aussi lieu Ă  des dĂ©bordements antisĂ©mites. En juillet 2003, un match de football opposait une Ă©quipe locale Ă  un club israĂ©lien. À leur arrivĂ©e sur le terrain, les joueurs israĂ©liens Ă©taient accueillis aux cris de “Dehors les Juifs!” et “Hamas, Hamas!”. En janvier 2004, c’est le match de football en salle Belgique-IsraĂ«l qui dĂ©gĂ©nĂ©rait. Dans la salle, une cinquantaine de supporters arabo-musulmans dĂ©ployĂšrent des drapeaux du Hamas et du Hezbollah, crachĂšrent sur les joueurs israĂ©liens et scandĂšrent en chƓur: “Hamas, Hamas, tous les Juifs au gaz! Mort aux Juifs! Égorgeons les Juifs!”.

Les panarabes et les islamistes

On estime Ă  500.000 le nombre des Musulmans de Belgique, pour une population de dix millions d’habitants. C’est au sein de cette communautĂ© que l’on retrouvera ceux qui, isolĂ©ment ou sous la houlette d’adeptes du panarabisme et/ou d’un Islam radical, ont perpĂ©trĂ© la majeure partie des actes antisĂ©mites recensĂ©s ces derniĂšres annĂ©es.

En 2000, Dyab Abou Jahjah fondait Ă  Anvers l’Arab European League (AEL) afin de “promouvoir et dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts des communautĂ©s immigrĂ©es arabes et islamiques en Europe, et d’établir avec les autres une interaction positive basĂ©e sur le respect mutuel et la tolĂ©rance”. DerriĂšre cette dĂ©claration de principes, se cache un mouvement extrĂ©miste inspirĂ© par le panarabisme et qui, dans une ville oĂč un Ă©lecteur sur trois vote pour l’extrĂȘme-droite, tentera de fĂ©dĂ©rer les jeunes arabo-musulmans en rupture avec la sociĂ©tĂ©. L’AEL, qui joue rĂ©solument la carte de la communautarisation – l’instauration de l’arabe comme langue nationale compte parmi ses revendications –, sera Ă  l’origine des cortĂšges les plus antisionistes et antisĂ©mites qu’ait connu la Belgique depuis le dĂ©but de la seconde Intifada.

Abou Jahjah s’est fait connaĂźtre du grand public en avril 2002, suite Ă  une manifestation pro-palestinienne organisĂ©e par l’AEL. Ce jour-lĂ , des “Mort aux Juifs” fuseront du cortĂšge et des vitrines de diamantaires juifs seront brisĂ©es par une horde de manifestants dĂ©chaĂźnĂ©s. Deux mois plus tard, c’est aux cris de “Hamas” et “Hezbollah” que les manifestants de l’AEL dĂ©fileront Ă  Anvers en brĂ»lant, sous les vivats de la foule, l’effigie d’un Juif religieux.

NĂ© au Liban en 1971 d’un pĂšre chiite et d’une mĂšre maronite, Abou Jahjah vit en Belgique depuis 1991. À son arrivĂ©e, il dĂ©clarait au Commissariat belge des rĂ©fugiĂ©s avoir activement pris part, trois annĂ©es durant, aux opĂ©rations du Hezbollah, jusqu’à ce qu’une dispute avec le chef de l’organisation terroriste, le Cheikh Nasrallah, ne le contraigne Ă  s’exiler en Belgique [12]. InstallĂ© aujourd’hui Ă  Anvers, il continuera, Ă  travers l’AEL, Ă  militer Ă  partir de la mĂ©tropole flamande puisque, d’aprĂšs lui, “Anvers est le bastion du sionisme, et c’est pourquoi cette ville doit devenir la Mecque de l’action pro-palestinienne”.

Le site Internet [13] de l’AEL sera le porte-voix d’Abou Jahjah. On y lira par exemple qu’Anvers est ”une ville oĂč les gangs pro-Sharon de fanatiques sionistes dictent la loi”, une ville dont “le pouvoir est dans les mains du lobby sioniste”. Le site prĂŽnera Ă©galement la fin de l’Etat d’IsraĂ«l, qualifiĂ© de “rĂ©gime sioniste d’Apartheid (
) bĂąti sur le gĂ©nocide et le nettoyage ethnique”. En dĂ©cembre 2002, Ahmed Azzuz, prĂ©sident de la section belge de l’organisation, entĂ©rinait la position de l’AEL Ă  l’égard de l’Etat hĂ©breu: “Nous ne reconnaissons pas IsraĂ«l! Cet Etat n’existe pas pour nous!”. Sur les Juifs, il ajoutera: “Je ne reconnais pas IsraĂ«l! Donc ce peuple non plus. Donc ils n’existent pas!” [14].

Les ambitions d’Abou Jahjah ne se limiteront pas Ă  au microcosme anversois. En 2003, il s’engageait, sans grand succĂšs, dans l’arĂšne politique belge, Ă  la tĂȘte d’un parti créé pour l’occasion avec un transfuge du parti Ă©cologiste flamand et des militants trotskistes et maoĂŻstes. ParallĂšlement, il Ɠuvrera pour donner Ă  l’AEL une dimension europĂ©enne. Ainsi, Abou Jahjah inaugurait en 2003 la section hollandaise de l’association panarabe et travaille actuellement Ă  l’établissement d’antennes en France et en Angleterre. Laissant augurer des activitĂ©s de l’AEL dans l’Hexagone et outre-Manche, on verra d’emblĂ©e les militants de la section batave scander des slogans antisĂ©mites et bouter le feu Ă  un drapeau israĂ©lien lors d’une cĂ©rĂ©monie qui commĂ©morait la fin de l’occupation nazie aux Pays-Bas. Le porte-parole local de l’AEL, NaĂŻma Elmaslouhi, n’hĂ©sitera pas Ă  dĂ©clarer dans un quotidien nĂ©erlandais: “Le slogan “Hamas, Hamas, Hamas, les juifs au gaz” n’est pas porteur, mais je ne le condamne pas
” [15].

Cyniques, Abou Jahjah et ses comparses se plaisent Ă  jouer des failles du systĂšme dĂ©mocratique. LĂ  oĂč le bĂąt blesse, c’est qu’ils sortiront Ă  plusieurs reprises du cadre de la loi belge rĂ©primant l’antisĂ©mitisme, sans pour autant provoquer la levĂ©e de boucliers que l’on est en droit d’attendre d’une dĂ©mocratie alerte. Mia Doornaert, journaliste pour l’un des principaux quotidiens flamands, sera l’une des rares dans la profession Ă  s’ériger contre l’apathie des autoritĂ©s belges: “Quand il [Abou Jahjah] diabolise les “juifs” et le“ lobby sioniste”, les rendant responsables de tous les malheurs des musulmans, personne ne rĂ©agit. L’antisĂ©mitisme est-il un racisme politiquement correct?” [16].

À Bruxelles, ce sont les islamistes qui serviront de relais aux tensions communautaires. FondĂ© Ă  Bruxelles en 1991 par le Cheikh franco-syrien Bassam Abou Ata Ayachi, le Centre islamique belge (CIB) est depuis devenu un vivier de l’activisme islamiste dans la capitale. C’est par ailleurs le Cheikh Bassam qui mariera Ă  Bruxelles l’assassin du commandant afghan Massoud. Le site Internet [17] liĂ© au CIB donne un aperçu de l’idĂ©ologie de l’organisation islamiste. Les Juifs seront qualifiĂ©s de “fils de porcs et de singes”, d’autres appelleront Ă  l’anĂ©antissement d’”Israheil” et un sondage invitera l’internaute Ă  pronostiquer la date de “la fin de l’entitĂ© sioniste”.

Le site hĂ©berge Ă©galement moult textes de thĂ©ologiens musulmans qui prĂŽnent “les Vertus du Martyre” et la haine du Juif. C’est le cas du Cheikh Abou Al-Walid Al-Ansari qui s’appuiera sur des versets coraniques pour dĂ©finir les Juifs comme Ă©tant “des gens indignes, dĂ©sobĂ©issants et transgresseurs, (
) lĂąches, consternants et faibles, (
) aimant semer le trouble et rĂ©pandre la corruption sur la terre” et dont “l’extrĂȘme arrogance est la vraie nature”. Il expliquera ensuite qu’”il est Ă©vident qu’Allah a promis d’accabler les Enfants corrompus d’IsraĂ«l d’un horrible tourment qui leur sera infligĂ© par Ses serviteurs croyants”, et que le “peuple juif pĂ©rira” si l’”Oumma (
) se munit de destriers de guerre et se prĂ©pare Ă  combattre pour la cause d’Allah” [18].

Le CIB profitera de la polĂ©mique nĂ©e en France autour du voile islamique pour exprimer ses points de vue jusqu’au-boutistes. À travers une lettre ouverte, le Cheikh Bassam adressera un avertissement aux autoritĂ©s françaises quant aux consĂ©quences d’une loi interdisant le port du voile Ă  l’école: “Lorsque le dialogue est coupĂ©, le terrorisme commence. (
) Et alors la mort deviendra belle Monsieur Sarkozy, Monsieur le Ministre de l’IntĂ©rieur de la France!”. Le Cheikh ajoutera que “quand ils [les Musulmans] arrivent au bout d’un chemin bloquĂ© qui se termine par un tunnel obscur (
) Ă  ce moment, se jeter vers la mort devient quelque chose de beau”. Au passage, il dĂ©noncera pĂȘle-mĂȘle “les mariages des homosexuels, (
) l’apartheid en Palestine, (
) Ariel Sharon, le criminel de guerre, (
) l’oppression des Sionistes” [19].

En 1997, Jean-François Bastin rejoignait le CIB. Converti Ă  l’Islam en 1972, le dĂ©sormais Cheikh Jean-François Bastin Abdullah Abu Abdulaziz deviendra le dauphin du Cheikh Bassam. En 2003, le Cheikh Bastin utilisera la plateforme du CIB pour lancer un parti islamiste, le Parti CitoyennetĂ© et ProspĂ©ritĂ© [20] (PCP), qui se revendique antisioniste et qui rencontrera, en mai 2003, le suffrage de plus de 8.000 Bruxellois.

Le PCP se fera Ă©galement entendre sur la question du voile, et collaborera avec l’AEL pour l’organisation de manifestations Ă  Bruxelles. En janvier 2004, le PCP dĂ©barquait Ă  Paris pour dĂ©filer aux cĂŽtĂ©s de l’islamiste antisĂ©mite Mohammed LatrĂšche. On retiendra enfin la rĂ©cente arrestation en Turquie de Muhammed el Amin Bastin, fils du leader du PCP, dans le cadre de l’enquĂȘte sur les attentats qui, en novembre 2003, avaient notamment pris pour cible deux synagogues d’Istanbul. Le fils du Cheikh Bastin sera Ă©galement soupçonnĂ© par les autoritĂ©s turques d’avoir frĂ©quentĂ© les camps de formation d’Al-QaĂŻda en Afghanistan.

Une étrange idée du progrÚs

En 1967, le transfert de la charge de l’occupation – des mains Ă©gypto-jordaniennes Ă  celles israĂ©liennes – Ă  l’issue de la Guerre des Six Jours aura suffi pour que de nombreuses ONG et autres Ăąmes dites progressistes s’inquiĂštent dĂ©sormais du sort des Palestiniens. Si le soutien au peuple palestinien est lĂ©gitime, l’activisme Ă  outrance qui s’est dĂ©veloppĂ© autour de ce thĂšme versera rĂ©guliĂšrement dans les excĂšs que l’on connaĂźt. D’entre tous, c’est probablement Ă  Pierre Galand que reviendrait la palme de cet extrĂȘme militantisme.

FidĂšle de Castro, Pierre Galand est un cacique du tiers-mondisme belge. De 1967 Ă  1996, il dirigera la section belge de l’ONG internationale Oxfam [21]. La hargne dont il fera preuve pour attaquer, selon ses propres dires, le “vĂ©ritable systĂšme d’apartheid” [22] que serait l’Etat hĂ©breu, laissera des traces au sein de l’ONG et ouvrira la porte aux amalgames les plus douteux. Ce sera le cas de Francine Naveaux, l’une des dix Belges de la mission civile d’Oxfam qui, en juillet 2002, s’est rendue en Cisjordanie. De retour en Belgique, elle dĂ©clarait sur les ondes de la radio publique “qu’il allait falloir faire un travail sur nous-mĂȘmes pour ne pas devenir antisĂ©mites” [23].

PrĂ©sident de l’Association belgo-palestinienne [24] (ABP) et de diverses ONG, Pierre Galand se prĂ©sentera aux Ă©lections lĂ©gislatives de 2003 et, bien que militant sous la banniĂšre socialiste, le Parti communiste appellera ses sympathisants Ă  voter pour le candidat Galand. Trop court en voix, c’est Ă  la bienveillance des instances socialistes – qui le coopteront – qu’il devra le droit de siĂ©ger au SĂ©nat belge. Le jeune sĂ©nateur de 63 ans posera un de ses premiers actes politiques lorsque, accompagnĂ© par des militants de l’ABP et filmĂ© par la tĂ©lĂ©vision publique, il dĂ©barquera dans un supermarchĂ© pour Ă©tiqueter d’un “STOP - Fruits de l’occupation” les agrumes en provenance d’IsraĂ«l.

Pour taire la contradiction, Pierre Galand n’hĂ©sitera pas Ă  recourir aux vieilles mĂ©thodes staliniennes. C’est ainsi qu’en novembre 2002, quelques coups de tĂ©lĂ©phone lui auront suffi pour exclure le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’association des AmitiĂ©s belgo-israĂ©liennes (ABI) – l'auteur de ces lignes – d’une confĂ©rence-dĂ©bat Ă  laquelle il Ă©tait Ă©galement conviĂ©. Lorsqu’il sera questionnĂ©, le soir du dĂ©bat, sur l’absence du reprĂ©sentant de l’ABI, il rĂ©torquera que ce dernier est “un homme de la propagande israĂ©lienne”, avant de lĂącher un retentissant “Je suis Belge, moi!” [25]. En parlant en ces termes d’un citoyen exclusivement belge, Galand renouait de la sorte avec l’antienne antisĂ©mite du Juif Ă©ternel apatride. C’est dans cette atmosphĂšre qu’à l’issue de la confĂ©rence, un spectateur coiffĂ© d’une kippa s’entendait dire par un quidam: “Nous n’aimons pas cela ici!”.

En octobre 2001, Pierre Galand dĂ©clarait: “Je suis fils de terroriste. C’est sous ce mandat-lĂ  que mon pĂšre a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© pendant la guerre par les nazis. Que veut dire terroriste quand on parle du peuple palestinien qui se bat contre une occupation?” [26]. Une semaine plus tard, le lendemain de l’assassinat du ministre israĂ©lien Rehavam Zeevi, Galand rĂ©unissait 600 personnes pour une grand-messe anti-israĂ©lienne au cours de laquelle un de ses invitĂ©s, l’antisioniste Michel Warschawski, rendra hommage, sous un tonnerre d’applaudissements, au FPLP qui “nous a dĂ©barrassĂ©s de ce pourri de Zeevi”. En fin de soirĂ©e, Pierre Galand conclura, sourire en coin, en ces termes: “Les associations sionistes sont en train de nous attaquer parce qu’elles se rendent compte que, petit Ă  petit, les gens deviennent intelligents”...

Dans un autre registre, le site Internet Indymedia [27], acteur online de la scĂšne altermondialiste, hĂ©bergera cĂŽte Ă  cĂŽte des Ă©crits nĂ©gationnistes, pro-palestiniens, antisĂ©mites et antisionistes. Photos Ă  l’appui, les internautes dĂ©couvriront qu’IsraĂ«l “veut construire sur un millier de kilomĂštres un mur haut de huit mĂštres”. Une autre photo montrera Paul Wolfowitz, dans la ligne de mire, avec pour lĂ©gende: “Jewish homicidal strategist Wolfowitz”.

Par ailleurs, le modĂ©rateur du forum du site jugera utile de prĂ©ciser aux internautes que “tout propos raciste, antisĂ©mite et sioniste” sera censurĂ©. Si les propos “sionistes” sont bel et bien interdits de citĂ©, l’antisĂ©mitisme a, lui, portes ouvertes, notamment avec ce texte qui, en 2003, dĂ©nonçait le “mythe juif de l’Holocauste, (
) le lavage de cerveaux des lycĂ©ens, et des citoyens en gĂ©nĂ©ral, pour “exterminer” toutes les voix qui peuvent semer le doute sur l’existence de l’Holocauste, (
) les forces du mal [qui] agissent globalement Ă  l’échelon mondial dans une guerre totale pour judaĂŻser notre planĂšte, (
) la domination et l’occupation politique illĂ©gitime que le pouvoir juif exerce sur les pays occidentaux”. L’auteur de conclure par un appel Ă  la mobilisation: “Ce fanatisme et cet obscurantisme juifs menacent dangereusement notre civilisation et la paix mondiale. Chacun de nous peut et doit faire quelque chose de concret pour dĂ©fendre notre libertĂ©â€ [28].

Le quatriùme pouvoir à l’Ɠuvre

La fulgurance de la victoire militaire israĂ©lienne en 1967 sur sept armĂ©es arabes aura sonnĂ© le glas du statut d’underdog dont jouissait, jusque-lĂ , l’Etat hĂ©breu. Pour certains journalistes, Yasser Arafat devenait le rĂ©cipiendaire de la RĂ©volution orpheline, cette mĂȘme annĂ©e, du Che. C’est ainsi que l’acte de foi allait empiĂ©ter sur l’article de fond, et que David deviendra Goliath.

En renonçant Ă  la dĂ©ontologie au profit de l’idĂ©ologie, ces journalistes allaient, au fil des ans et des guerres, retourner l’opinion publique. Si en 1967 des milliers de Belges non-juifs descendaient dans les rues pour manifester leur solidaritĂ© Ă  l’égard d’un Etat d’IsraĂ«l dont l’avenir semblait alors incertain, cette nation est aujourd’hui considĂ©rĂ©e en Belgique comme Ă©tant le premier danger planĂ©taire. En 2003, un sondage de la Commission europĂ©enne (CE) rĂ©vĂ©lait que pour 63% des Belges, IsraĂ«l reprĂ©sente la principale menace pour la paix dans le monde, devant les Etats-Unis (59%), l’Irak (54%) et l’Iran (54%) [29]. Ces rĂ©sultats, condamnĂ©s entre-temps par le prĂ©sident de la CE Romano Prodi, auront tout de mĂȘme le mĂ©rite d’avoir mesurĂ© scientifiquement l’impact de trois dĂ©cennies d’information biaisĂ©e.

S’il est probable que la majoritĂ© des Belges soutienne le droit naturel qu’a l’Etat d’IsraĂ«l Ă  exister, l’on voit toutefois poindre, çà et lĂ , la contestation de ce droit. Certes, une critique sĂ©vĂšre de la politique israĂ©lienne ne fait pas du journaliste qui l’émet un agent au service d’un obscur complot qui viserait Ă  la fin d’Etat juif. Il n’empĂȘche que, des mots en libĂ©rant d’autres, cette critique peut servir de marchepied Ă  des opinions nettement plus radicales.

Par ailleurs, la couverture Ă  outrance du conflit israĂ©lo-arabe opĂ©rĂ©e par certains mĂ©dias laisse perplexe. Comment expliquer que ce conflit de “basse intensitĂ©â€ soit Ă  la Une de l’actualitĂ© internationale depuis tant d’annĂ©es, tandis qu’un gĂ©nocide Ă©tait discrĂštement perpĂ©trĂ© au Rwanda, que deux millions de Soudanais payĂšrent le prix d’une guerre civile aussi meurtriĂšre qu’oubliĂ©e et que le Tibet rend l’ñme dans l’indiffĂ©rence la plus totale?

Au sein de la presse Ă©crite, c’est probablement le journal Le Soir qui accorde le plus d’espace au conflit israĂ©lo-palestinien. Premier quotidien francophone du pays, il l’est aussi par son empathie Ă  l’égard des Palestiniens et sa sĂ©vĂ©ritĂ© envers les gouvernements israĂ©liens successifs. L’omission, l’euphĂ©misme, la pĂ©riphrase, le titre ou le courrier des lecteurs seront autant d’artifices utilisĂ©s pour formater la pensĂ©e du lecteur.

Le choix du titre est important car il permet de capter l’attention du lecteur, il donne Ă  ce dernier une idĂ©e succincte du texte qu’il chapeaute. Un intitulĂ© porteur de tristesse et d’émotions disposera le lecteur Ă  transfĂ©rer ces sentiments sur tout le texte. Sur le seul second semestre de l’annĂ©e 2001, quelques-uns des articles consacrĂ©s aux Palestiniens seront ainsi titrĂ©s: “Les IsraĂ©liens nous Ă©tranglent”, “Un quotidien et une injustice insupportables”, “Ils [les IsraĂ©liens] sont venus et ont dĂ©moli nos maisons”, “La lassitude dĂ©sespĂ©rĂ©e des Palestiniens”. Dans un mĂȘme temps, ce sont des intitulĂ©s chargĂ©s d’indignation et d’agressivitĂ© qui chapeauteront les articles se rapportant Ă  IsraĂ«l: “La Mort a un gouvernement”, “IsraĂ«l: hystĂ©rie antibelge”, “Quand l’armĂ©e bĂąillonne la presse”, “Humeur guerriĂšre en IsraĂ«l”, “IsraĂ«l a franchi toutes les lignes rouges”, “Le refus obstinĂ© de la paix”, “L’intervention israĂ©lienne vire au bain de sang”, “IsraĂ«l envoie paĂźtre les EuropĂ©ens”. Le 19 octobre 2001, soit deux jours aprĂšs l’assassinat du ministre israĂ©lien du Tourisme par un commando terroriste du FPLP, le quotidien titrera sans complexes: “IsraĂ«l reprend l’initiative militaire”


Le militantisme du quotidien transparaĂźtra Ă©galement dans le corps du texte. En novembre 2000, AgnĂšs Gorissen relatait la visite de solidaritĂ© faite par une dĂ©lĂ©gation de la communautĂ© juive de Belgique en IsraĂ«l. D’emblĂ©e, le ton Ă©tait donnĂ©: “Le Hezbollah et IsraĂ«l sont en guerre. De quoi conforter ces juifs de la diaspora venus manifester leur soutien Ă  l’Etat hĂ©breu”. Elle ironisera ensuite sur le fait que “les juifs, israĂ©liens ou non, reprochent constamment Ă  la presse internationale de ne donner qu’une version des Ă©vĂ©nements, celle des Palestiniens” et, sans mĂȘme s’en rendre compte, illustrera par l’exemple ce qui lui est reprochĂ©: “Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la visite-provocation d’Ariel Sharon, le chef du Likoud (droite nationaliste), sur le lieu saint musulman qu’est l’esplanade des mosquĂ©es” [30]. Outre son regard manichĂ©en sur le dĂ©clenchement de l’Intifada, peu importera pour AgnĂšs Gorissen le fait que le troisiĂšme “lieu saint musulman qu’est l’esplanade des mosquĂ©es” est Ă©galement “le premier lieu saint juif qu’est le mont du Temple”.

Dans un autre article, c’est l’association israĂ©lienne des “Victimes de la Terreur Arabe” qui, venue Ă  Bruxelles en novembre 2001 pour y dĂ©poser une plainte contre Yasser Arafat, sera prĂ©sentĂ©e par les journalistes Serge Dumont et AgnĂšs Gorissen comme Ă©tant une “organisation d’extrĂȘme-droite” [31]. En rĂ©alitĂ©, cette association n’était rien d’autre qu’un rassemblement de quidams israĂ©liens qui, du jour au lendemain, ont vu leur vie tragiquement basculer du fait du terrorisme palestinien: Ouriel Maoz a perdu sa jeune sƓur alors qu’elle dĂ©jeunait dans une pizzeria de JĂ©rusalem; la fille, le fils et le gendre de Frida Sweri sont tombĂ©s sous les balles de tireurs embusquĂ©s alors qu’ils circulaient en voiture; Irena Rudin a perdu sa fille de 18 ans qui fĂȘtait la rĂ©ussite de ses examens dans une discothĂšque branchĂ©e de Tel-Aviv. Si les civils israĂ©liens victimes du terrorisme sont, pour Dumont et Gorissen, des fascistes, l’on peut aisĂ©ment imaginer les sentiments qu’ils nourrissent Ă  l’égard des soldats de Tsahal.

Quelques jours plus tard, AgnĂšs Gorissen adoptera une position diamĂ©tralement opposĂ©e lorsqu’elle relate l’acte d’un Palestinien qui, aux commandes de son vĂ©hicule, a foncĂ© sur des IsraĂ©liens massĂ©s Ă  un arrĂȘt d’autobus Ă  Tel-Aviv, tuant huit personnes. La journaliste indulgente Ă©crira que Khalil Abou Elba, l’auteur de l’attentat, a “disjonctĂ©â€. Les tĂ©moignages Ă©noncĂ©s dĂ©peindront Abou Elba comme un paisible pĂšre de famille. “Il n’était pas particuliĂšrement religieux, ni engagĂ© politiquement, rien. C’était juste une personne normale”. La journaliste expliquera enfin l’acte par “un dĂ©sespoir capable de transformer un Khalil en chauffeur meurtrier” [32].

C’est en faisant preuve d’une mĂȘme logique qu’AgnĂšs Gorissen et sa consƓur Anne-CĂ©cile Huwart dresseront le portrait de Khalil al-Nawareh, l’un des 13 terroristes exilĂ©s suite Ă  l’occupation palestinienne, suivi du siĂšge israĂ©lien, de la Basilique de la NativitĂ©. Les deux journalistes ne tariront pas d’éloges Ă  l’égard de cet ancien membre des Tanzim: “Il suit des cours de langue, apprend un mĂ©tier. (
) Il Ă©volue dans une ambiance familiale. (
) Il vit, tout simplement, goĂ»tant aux joies simples du bowling. (
) Plusieurs sources bien informĂ©es s’accordent pour dire que Khalil se conduit en Belgique de façon plus qu’exemplaire. (
) Il semble bien que le jeune Palestinien ne correspond pas tout Ă  fait au profil dressĂ© par IsraĂ«l. Il se murmure mĂȘme que la SĂ»retĂ© belge aurait dĂ©montĂ© la plupart des accusations que l’Etat hĂ©breu avait inscrites dans son dossier” [33]. La suite des Ă©vĂ©nements allait contrarier la vision romantique de Gorissen et Huwart, lorsque Khalil al-Nawareh sera arrĂȘtĂ© pour avoir participĂ© – quatre mois aprĂšs avoir Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme le gendre idĂ©al dans les colonnes du Soir – Ă  l’attaque Ă  main armĂ©e d’un bureau de poste dont le butin de 213.000 Euros aurait servi Ă  financer l’Intifada.

Serge Dumont, correspondant permanent du Soir en IsraĂ«l, rĂ©pond Ă©galement Ă  la ligne Ă©ditoriale de la cellule “Proche-Orient” du quotidien. En janvier 2004, le journaliste Ă©crivait que la Convention du Likoud – parti du Premier ministre israĂ©lien Ariel Sharon – rĂ©unissait une assemblĂ©e “majoritairement composĂ©e d’élĂ©ments d’extrĂȘme droite”, et il prĂ©sageait l’arrivĂ©e au pouvoir de “personnalitĂ©s encore plus extrĂ©mistes que les ministres du Likoud dĂ©jĂ  en place” [34]. Autre fait troublant, la façon dont Serge Dumont relatera l’assassinat en Cisjordanie de Massoud Mahlouf Allon, un IsraĂ©lien qui avait pour habitude de se rendre dans les villages arabes de la vallĂ©e du Jourdain. Alors que le quotidien israĂ©lien Haaretz expliquait la prĂ©sence d’Allon en Cisjordanie par le fait qu’il “avait l’habitude de collecter des vĂȘtements usagĂ©s et des couvertures pour les distribuer aux BĂ©douins et aux Palestiniens” [35], Dumont Ă©crira que l’IsraĂ©lien se trouvait lĂ  parce qu’il “avait pour habitude de se rendre dans les villages palestiniens pour y acheter des lĂ©gumes Ă  bas prix” [36]. Altruisme versus mercantilisme.

Le journaliste Baudouin Loos, lui aussi dĂ©diĂ© Ă  l’actualitĂ© proche-orientale pour le quotidien, dĂ©noncera l’enfermement d’”une population de plus de trois millions d’ñmes dans des rĂ©serves” [37] et “l’érection d’un mur qui dĂ©chire la Cisjordanie” [38]. Ailleurs, on le verra gratifier le Premier ministre israĂ©lien du titre de “parrain en chef” [39] et utiliser le terme “rĂ©sistance” [40], mĂȘme s’il en dĂ©noncera les excĂšs, pour Ă©voquer le terrorisme palestinien.

Force est de constater que le rapport du Soir envers IsraĂ«l relĂšve de l’obsessionnel. Pour le quotidien, l’information israĂ©lienne semble mĂȘme parfois primer sur l’actualitĂ© belge. Ainsi, le 3 novembre 2003, le hasard voudra qu’une grĂšve se dĂ©clenche simultanĂ©ment en Belgique et en IsraĂ«l. Si l’action syndicale en IsraĂ«l n’aura durĂ© que 4 heures, la grĂšve en Belgique durera, elle, 24 heures. Sur le site Internet du quotidien, la grĂšve israĂ©lienne sera expliquĂ©e au lecteur en 2.687 caractĂšres [41], tandis que 2.149 caractĂšres [42] suffiront pour relater la grĂšve locale. Une semaine plus tard, c’est la cybercriminalitĂ© qui servira de trait d’union entre les actualitĂ©s belge et israĂ©lienne. Ce jour-lĂ , Le Soir consacrera 1.407 caractĂšres [43] Ă  l’ouverture du premier procĂšs que la Belgique ait connu dans le cadre d’une affaire de piratage informatique. Le mĂȘme jour, ce sont 1.683 caractĂšres [44] qui seront allouĂ©s Ă  l’ouverture, Ă  JĂ©rusalem, d’un procĂšs contre un hacker accusĂ© d’avoir piratĂ© le site du Mossad. On pourrait en rire – si ça n’en devenait parfois tragique –, Ă  l’instar de la Une du 22 avril 2002 qui titrera “Manifestation antisĂ©mite” l’article Ă©voquant le rassemblement de 2.000 membres de la communautĂ© juive venus se recueillir devant une synagogue attaquĂ©e, trois semaine auparavant, Ă  l’aide de bouteilles incendiaires.

La tribune du Soir sera lieu de sĂ©rieux dĂ©rapages, notamment lorsque la parole est donnĂ©e, en dĂ©cembre 2001, Ă  Simon-Pierre Nothomb. De retour de Gaza, celui-ci Ă©crivait que les soldats israĂ©liens “suscitent puis mitraillent quotidiennement la fronde des enfants. (
) Les soldats israĂ©liens puisent dans l’arsenal du passĂ© tous les moyens de vexation, de confiscation, de torture mentale dont ils ont Ă©tĂ© les victimes. (
) Le paysage de la Cisjordanie est hallucinant. Comme la Pologne des annĂ©es noires, il est aujourd’hui parsemĂ©e de camps de concentration. (
) La bande de Gaza, elle, est une prison en surpeuplement. Il faut la parcourir en relisant l’histoire du ghetto de Varsovie. (
) Comme Ă  Varsovie, en 1941, on exige aujourd’hui des autoritĂ©s locales de livrer sans discuter des administrĂ©s selon des listes Ă©tablies par les autoritĂ©s occupantes. (
) À JĂ©rusalem, l’emprisonnement des Palestiniens est plus subtil. S’ils quittent leur maison quelques heures ou quelques jours, elle est aussitĂŽt investie par des immigrants juifs” [45].

Deux mois plus tard, François de Cugnac utilisera, Ă  l’instar de Simon-Pierre Nothomb, les colonnes du Soir pour vĂ©hiculer l’insupportable amalgame qui voudrait faire du rescapĂ© d’Auschwitz le gĂ©niteur du nazi contemporain: “Depuis des annĂ©es je parcours les Ă©coles pour faire connaĂźtre aux jeunes les horreurs du nazisme. (
) Juif, mon Ami, tu honores les Justes (
) et tu massacres sans pitiĂ© ceux que tu as chassĂ© de leurs maisons, de leurs terres, de leur patrie. Juif, mon Ami, as-tu perdu ces valeurs spirituelles qui t’ont permis de survivre au travers de toutes ces persĂ©cutions que tu as subies, pour profiter de ta force en infligeant Ă  un peuple plus faible que toi la dĂ©portation dans des camps de rĂ©fugiĂ©s indignes de l ‘humanitĂ©? (
) Juif, mon Ami, toi qui as subi les pires humiliations, tu humilies chaque jour un peuple parce qu’il est plus faible que toi” [46].

Que Simon-Pierre Nothomb et François de Cugnac aient puisĂ© leur inspiration aux sources de la fantasmagorie antisĂ©mite et de la banalisation de la Shoah n’empĂȘchera pas la diffusion de leur prose. Des Ă©crits qui vaudraient probablement Ă  une publication d’extrĂȘme-droite de sĂ©rieux ennuis, passeront allĂšgrement les filtres de la rĂ©daction du premier quotidien francophone de Belgique. Enfin, comment interprĂ©ter cette illustration [47] d’un Ariel Sharon penaud qui, encadrĂ© par deux policiers belges au profil effilĂ©, se verra affublĂ© d’un nez empruntĂ© aux caricatures qui ont jalonnĂ© l’histoire de l’antisĂ©mitisme?

La Radio-Télévision belge de la Communauté française (RTBF) regroupe en son sein les trois chaßnes de télévision et les cinq chaßnes de radio publiques francophones que compte le Royaume. On retrouvera à la RTBF cette propension à alimenter la dichotomie bourreau-victime qui, dans le cadre du conflit israélo-palestinien, prévaut sur la scÚne médiatique belge.

En novembre 2001, le Premier ministre belge Guy Verhofstadt prĂ©sidait la dĂ©lĂ©gation de l’Union europĂ©enne en visite en IsraĂ«l. À l’issue de la rencontre avec son homologue israĂ©lien, Guy Verhofstadt tiendra avec Ariel Sharon une confĂ©rence de presse au cours de laquelle le Premier ministre israĂ©lien, selon la RTBF, demandait “à l’Union europĂ©enne de ne plus envoyer d’argent Ă  l’AutoritĂ© palestinienne. Votre argent, a-t-il dit, sera utilisĂ© pour acheter des armes de combat, des armes utilisĂ©es contre IsraĂ«l” [48].

À la lecture des minutes de la confĂ©rence de presse, l’on est en droit de s’interroger sur les rĂšgles journalistiques adoptĂ©es par la rĂ©daction de la chaĂźne publique. En effet, replacĂ©s dans leur contexte, les propos d’Ariel Sharon prendront un tout autre sens: “Je vous appelle Ă  aider le peuple palestinien en construisant des usines, en Ă©tablissant des infrastructures et en investissant dans l’industrie palestinienne. Ne transfĂ©rez pas vos fonds Ă  l’AutoritĂ© palestinienne, car dans ce cas, votre argent servira Ă  acheter des armes et du matĂ©riel militaire, des armes qui seront dirigĂ©es contre l’Etat d’IsraĂ«l. Votre rĂŽle aujourd’hui est d’investir dans les gens” [49].

C’est une autre manipulation grossiĂšre qui vaudra Ă  la RTBF et Ă  trois de ses journalistes d’ĂȘtre poursuivis devant les tribunaux par 164 plaignants pour “incitation Ă  la haine raciale”, suite Ă  la diffusion d’un reportage sur le sac – perpĂ©trĂ© par des Palestiniens armĂ©s – de la Basilique de la NativitĂ© [50]. En effet, en totale contradiction avec la dĂ©pĂȘche de l’agence de presse Reuters utilisĂ©e pour rĂ©aliser le reportage incriminĂ©, la journaliste Pascale Bourgaux avait dĂ©signĂ© les IsraĂ©liens comme Ă©tant les auteurs des pillages sacrilĂšges commis dans la Basilique de la NativitĂ© (la dĂ©pĂȘche Reuters prĂ©cisait pourtant clairement que les “Palestiniens armĂ©s, (
) les hommes armĂ©s ont “tout volĂ©â€ dans l’église” [51]).

Lourde accusation lorsque l’on connaĂźt, d’une part, la valeur hautement symbolique du lieu de naissance du Christ et, d’autre part, l’historique des relations, aujourd’hui cordiales, entre Juifs et ChrĂ©tiens. Le pasteur amĂ©ricain de Denver qui, aprĂšs avoir vu “La Passion” de Mel Gibson, a dĂ©ployĂ© sur le parvis de son Ă©glise une banderole reprenant le message “Les Juifs ont tuĂ© le Seigneur JĂ©sus” illustre que le concept prĂ©-Vatican II du “peuple juif dĂ©icide” reste prĂ©sent dans l’esprit de ceux qui n’attendent qu’une Ă©tincelle pour s’enflammer. Et les propos rĂ©cemment tenus par le cardinal belge Gustav Joos, pour qui “le maniaque sexuel Bill Clinton a Ă©tĂ© Ă©lu grĂące au soutien des juifs” [52], attestent Ă©galement de la sensibilitĂ© du sujet.

Devant le tribunal, Pascale Bourgaux plaidera la fatigue et un manque de connaissances de la rĂ©gion pour tenter d’expliquer la faute (sans prĂ©juger d’une quelconque relation de cause Ă  effet, on pensait pouvoir attendre de la part de la fille de Jacques Bourgaux, l’avocat en Belgique de Yasser Arafat et d’autres intĂ©rĂȘts palestiniens, une meilleure apprĂ©hension de la problĂ©matique israĂ©lo-palestinienne).

Cette affaire se soldera par l’acquittement, le 20 avril 2004, de la chaĂźne publique ainsi que de ses trois journalistes, mais ceux-ci n’échapperont pas pour autant Ă  une sĂ©vĂšre critique de la part des juges belges qui dĂ©nonceront le “travestissement de la rĂ©alitĂ© en raison d’un traitement aussi hĂątif qu’inappropriĂ© des donnĂ©es fournies par les agences de presse”. Parlant de “mĂ©sinformation” dans le chef des accusĂ©s, le tribunal poursuivra en soulignant que “le rĂ©sultat de cet Ă©garement du sens critique fut certes de prĂȘter au gouvernement, du moins Ă  l’armĂ©e israĂ©lienne un comportement ouvertement hostile et mĂ©prisant Ă  l’égard de lieux saints et de symboles majeurs du christianisme, qui n’est pas sans rappeler les accusations de profanation et de meurtres rituels de chrĂ©tiens qui ont nourri pour une large part l’antisĂ©mitisme traditionnel en Occident et dĂ©clenchĂ© les nombreuses persĂ©cutions des juifs rĂ©putĂ© ĂȘtre un "peuple dĂ©icide et maudit"“ et “que de telles connotations sont certes de sinistre mĂ©moire et que l’on peut comprendre que les parties civiles s’en soient Ă©mues au plus haut point”.

Et les juges de conclure ainsi: “S’il est parfaitement lĂ©gitime et mĂȘme salutaire pour un journaliste d’assumer pleinement un regard critique dans le traitement de l’information tĂ©lĂ©visuelle sur l’action des gouvernements et des Ă©tats quels qu’ils soient, il lui faut toutefois faire preuve de vigilance dans l’exercice de celui-ci, se garder en particulier d’une certaine dĂ©rive de l’esprit critique qui en diabolisant l’action de l’état hĂ©breu et de son gouvernement risque non pas de favoriser directement l’antisĂ©mitisme mais de justifier sinon la complaisance, du moins la passivitĂ© des opinions publiques et des gouvernements Ă  l’égard d’une “nouvelle judĂ©ophobie” qui se dĂ©veloppe avec force dans certaines minoritĂ©s musulmanes en Europe et dont nombres d’évĂšnements inquiĂ©tants apportent la preuve dans l’actualitĂ© rĂ©cente”. [53]

Le site Internet de la chaĂźne publique sera Ă©galement le théùtre de sĂ©rieux dĂ©rapages. Les plaintes de nombreux internautes, mais surtout l’interpellation des pouvoirs publics par ces derniers, auront Ă©tĂ© nĂ©cessaires pour que la rubrique “ Proche-Orient” du site de la RTBF soit revue fin 2001. Jusque-lĂ , cette rubrique renvoyait l’internaute vers 13 sites palestiniens, contre un seul israĂ©lien. Le site du Hamas comptait parmi les 13 sites palestiniens rĂ©fĂ©rencĂ©s par la RTBF, et bien que l’internaute se trouvait ainsi Ă  portĂ©e de souris de la “Glory of Record” – la liste exhaustive, photos Ă  l’appui, des attentats commis par l’organisation terroriste – la chaĂźne publique ne jugera pas utile d’avertir l’internaute quant Ă  la teneur du site proposĂ©, ni mĂȘme sur l’idĂ©ologie vĂ©hiculĂ©e par le Hamas. Comment expliquer dĂšs lors que, sous l’unique site israĂ©lien rĂ©fĂ©rencĂ©, celui du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres de l’Etat hĂ©breu, il Ă©tait prĂ©cisĂ© que “de nombreux groupuscules violents israĂ©liens, responsables, comme le mouvement Kahane, d’actions comme le massacre d’HĂ©bron de 1994, possĂšdent Ă©galement de nombreux sites prĂŽnant la violence”?

Ces exemples illustrent la ligne Ă©ditoriale adoptĂ©e par la RTBF dans le conflit israĂ©lo-palestinien. On ne s’étonnera plus, dĂšs lors, d’apprendre que, pour la radio-tĂ©lĂ©vision publique francophone belge, le Hamas fait partie des mouvements islamistes “modĂ©rĂ©s (
) qui acceptent le jeu institutionnel et refusent tout recours Ă  la violence” [54], d’entendre sur les ondes de la RTBF un journaliste dĂ©noncer le “terrorisme d’Etat” pratiquĂ© par un “IsraĂ«l hors-la-loi (
) qui asphyxie le peuple de Palestine” [55], ou de lire une dĂ©pĂȘche titrĂ©e “Le terrorisme juif” [56], quand on sait que la chaĂźne publique se cantonne Ă  l’usage des termes “activistes” et “militants” lorsqu’elle Ă©voque les terroristes palestiniens.

D’autres acteurs mĂ©diatiques, probablement enivrĂ©s par l’anti-israĂ©lisme ambiant, laisseront dĂ©sormais libre cours Ă  la prose la plus nausĂ©abonde qui soit. On en verra l’application dans l’hebdomadaire nĂ©erlandophone Ă  grand tirage P-magazine, Ă  la lecture de cet Ă©ditorial signĂ© par Rudolphus De Groote:

“Je n’aime pas la forme du pays IsraĂ«l. Pour moi, la forme est beaucoup trop Ă©troite et beaucoup trop longue. Ça me fait penser Ă  un ver solitaire.
Je n'aime pas la politique du pays IsraĂ«l. Pour moi, la politique est bien trop fĂ©roce et n'a aucun respect pour la population d’origine. Ça me fait penser Ă  un ver solitaire.
Je n'aime pas la religion juive du pays IsraĂ«l. Pour moi, la religion est trop arrogante et vit implacablement aux crochets d’un sentiment de culpabilitĂ© collective vieux d’il y a plus d’un demi-siĂšcle. Ça me fait penser Ă  un ver solitaire. Je ne suis pas antisĂ©mite. C'est un titre qui revient Ă  IsraĂ«l. Les Palestiniens sont des SĂ©mites. IsraĂ«l assassine systĂ©matiquement des SĂ©mites. IsraĂ«l a, depuis sa crĂ©ation en 1948, Ă©levĂ© l'antisĂ©mitisme au rang de culture populaire et fait du terrorisme d’Etat une marque commerciale.
Je ne suis pas anti-Juif. C'est un titre qui revient Ă  IsraĂ«l. Un Ă©tat dĂ©mocratique qui choisit pour Premier ministre un criminel contre l'humanitĂ© ne s'aime pas. IsraĂ«l a Ă©puisĂ© le sentiment anti-Juif qu’il attribue aux autres et l'a utilisĂ© comme bouclier pour excuser une hĂ©catombe.
Je n’aime pas l’IsraĂ«l de Sharon, comme je n’aime pas le Cambodge de Pol Pot, la Russie de Staline et le Chili de Pinochet. La seule diffĂ©rence entre ces noms et Sharon rĂ©side dans le fait que ce dernier n’appartienne pas encore au passĂ©.
Que Sharon paraisse encore un jour devant le juge pour ses actes de barbarie n’est que d'un intĂ©rĂȘt secondaire. Ce qui est digne d'intĂ©rĂȘt, c'est que le crĂ©dit international d'IsraĂ«l s'Ă©puise petit Ă  petit. Lentement mais sĂ»rement, l'Europe se libĂšre du fardeau qu’elle supporte depuis la seconde guerre mondiale.
Au fond, c’est bizarre qu’il ait fallu tellement de temps pour que le monde se rende compte qu’un gĂ©nocide n’en justifie pas un autre. Un Ă©niĂšme monument ou musĂ©e Ă©rigĂ©s sous la pression des industriels de l’holocauste ne serviront plus Ă  rien. Danser sur les cadavres des ancĂȘtres est indĂ©cent. Le temps est venu d’un musĂ©e pour Sabra et Shatila, un monument pour les enfants palestiniens assassinĂ©s, et un nouveau repentir europĂ©en. On peut rajouter sur la Tour de l’Yser[57] le texte: “Plus jamais aveugle”
”. [58]

Quelques lignes auront suffi pour que De Groote Ă©tale son venin antisĂ©mite, dĂ©nonce les “industriels de l’holocauste”, renoue avec la terminologie nazie de la “vermine juive”, ressuscitĂ©e, pour l’occasion, sous la forme d’un ver solitaire, et substitue au Juif d’Auschwitz le Palestinien de Ramallah. Quelles peuvent donc ĂȘtre les motivations de l’auteur de ce texte aussi absurde que scandaleux? Et quels seront les effets d’un tel texte sur le lectorat, essentiellement jeune, de P-magazine?

L’ “affaire Sharon”

En 1993, le Parlement belge dotait le pays d’une loi dite de “compĂ©tence universelle” qui permettait de poursuivre les auteurs prĂ©sumĂ©s de crimes de guerre, de crimes contre l’humanitĂ© et de gĂ©nocide, mĂȘme s’ils avaient Ă©tĂ© commis hors de la Belgique, par des non-Belges, et contre des non-Belges. C’est sur base de cette loi que, le 18 juin 2001, 23 plaignants libanais et palestiniens saisissaient les tribunaux belges pour que soient jugĂ©s les auteurs du massacre de Sabra et Chatila commis en 1982. Dans l’acte d’accusation, nulle mention n’était faite du responsable reconnu du carnage, Elie Hobeika [59], seuls Ariel Sharon – ministre de la DĂ©fense Ă  l’époque des Ă©vĂ©nements – et deux autres officiels israĂ©liens Ă©taient incriminĂ©s. Il semblait dĂšs lors manifeste que derriĂšre cette prĂ©tendue soif de justice se cachait un procĂšs d’intention, mais la suite de l’histoire montrera que cette Ă©vidence n’empĂȘchera pas certains de sonner l’hallali.

De la trentaine de plaintes dĂ©posĂ©es Ă  Bruxelles en vertu de la loi de compĂ©tence universelle – visant notamment Saddam Hussein, Yasser Arafat, Fidel Castro, HissĂšne HabrĂ© et Augusto Pinochet –, seule celle dĂ©posĂ©e contre le Premier ministre israĂ©lien aura les faveurs de la presse. Cette affaire, qui empoisonnera deux annĂ©es durant les relations belgo-israĂ©liennes, sera pour certains acteurs mĂ©diatiques et politiques l’occasion d’en rajouter une couche Ă  la diabolisation de l’Etat hĂ©breu et de ses citoyens. Les intitulĂ©s des articles publiĂ©s en moins d’une semaine par Le Soir – le quotidien francophone le plus lu en Belgique – en donnent un aperçu: “Ces IsraĂ©liens pleins de haine
” [60], “IsraĂ«l Ă©tudie ses reprĂ©sailles” [61], “Le Mossad se penche sur la Belgique” [62], “Une ligne dure contre la Belgique” [63], etc.

Sur le plan politique, le sĂ©nateur Ă©cologiste Josy DubiĂ© comptera parmi les plus virulents accusateurs du Premier ministre israĂ©lien. PrĂ©sident de la “Commission Justice” du SĂ©nat, il occupait alors une place de choix et ne se privera pas, malgrĂ© le devoir de rĂ©serve liĂ© Ă  sa fonction, d’alimenter la polĂ©mique. En novembre 2001, une dĂ©pĂȘche de l’agence de presse Belga relatait que “Josy DubiĂ© s’en est pris violemment aux autoritĂ©s israĂ©liennes, jeudi, Ă  l’occasion d’une confĂ©rence de presse. (
) “La Belgique est un Etat de droit, et moi, je m’interroge sur ce qui fait la dĂ©mocratie en IsraĂ«l. Nous au moins, nous n’avons pas de sang sur les mains” a-t-il ajoutĂ©, dĂ©nonçant Ă©galement l’attitude d’IsraĂ«l “qui viole toutes les lois internationales”” [64].

En janvier 2002, le sĂ©nateur et trois de ses collĂšgues parlementaires se rendaient au Liban, dans le cadre d’une mission d’information sur les Ă©vĂ©nements de Sabra et Chatila. Sur place, Josy DubiĂ© affirmera que “le gouvernement Sharon pratique actuellement des massacres qui sont totalement inacceptables. (
) Nous sommes sĂ»rs que la responsabilitĂ© des autoritĂ©s israĂ©liennes, et particuliĂšrement celle du ministre de la DĂ©fense d’alors Ariel Sharon, est Ă©vidente. Il est impliquĂ©. Il ne l’a [le massacre de Sabra et Chatila] pas seulement permis, il l’a encouragĂ©â€ [65]. À Beyrouth, lors d’une confĂ©rence de presse donnĂ©e par les sĂ©nateurs belges, ceux-ci dĂ©clareront: “Nous sommes du cĂŽtĂ© de la justice. Entre 1943 et 1945, elle Ă©tait avec les juifs, aujourd’hui, elle est du cĂŽtĂ© des Palestiniens” [66].

Dans la foulĂ©e, les parlementaires demanderont, contre toute attente, l’ouverture d’une instruction Ă  l’encontre de Shimon Peres pour des faits qui, alors qu’il Ă©tait Premier ministre, causĂšrent la mort d’une centaine de Libanais du village de Kana en 1996. Ils dĂ©clareront que “le laurĂ©at du prix Nobel de la paix devait ĂȘtre jugĂ© pour crimes de guerre” [67]. Toujours durant leur pĂ©riple libanais, l’un des sĂ©nateurs, Vincent Van Quickenborne, prĂ©cisera lors d’une visite chez le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Hezbollah que “l’idĂ©e de l’Union europĂ©enne d’inclure le Hezbollah dans la liste des organisations terroristes est trĂšs mauvaise” [68].

Bien que les socialistes francophones seront, avec les Ă©cologistes, les plus ardents dĂ©fenseurs de la plainte dĂ©posĂ©e contre le Premier ministre israĂ©lien, c’est la maladresse d’un des leurs, le dĂ©putĂ© Patrick Moriau, qui allait enterrer la loi de compĂ©tence universelle et, ce faisant, l’action engagĂ©e contre Ariel Sharon. En effet, en soutenant la plainte dĂ©posĂ©e le 18 mars 2003 par des Irakiens contre l’ancien prĂ©sident amĂ©ricain George Bush Sr, Dick Cheney, Colin Powell et Norman Schwartzkopf pour des faits commis pendant la guerre du Golfe en 1991, le dĂ©putĂ© socialiste allait impliquer les AmĂ©ricains dans le dĂ©bat. Les Etats-Unis n’étant pas IsraĂ«l, ce nouvel abus ne laissera d’autre choix aux autoritĂ©s belges que de mettre un terme Ă  la polĂ©mique, en abrogeant la loi.

Jusqu’au bout, quelques parlementaires se battront pour qu’Ariel Sharon soit malgrĂ© tout convoquĂ© devant les tribunaux bruxellois. Ce fut notamment le cas, Ă  la fin du mois de mars 2003, lorsqu’un amendement fut votĂ© par le Parlement afin d’éviter les usages abusifs de la loi et que la socialiste Karine Lalieux parvint Ă  faire passer, Ă  l’arrachĂ©, un bien singulier sous-amendement qui stipulait que la disposition votĂ©e ne serait valable que pour les plaintes dĂ©posĂ©es en Belgique aprĂšs le 1er juillet 2002. De cette maniĂšre, elle neutralisait la plainte dĂ©posĂ©e la semaine prĂ©cĂ©dente contre les dirigeants amĂ©ricains, faisant ainsi baisser la pression, tout en s’assurant de la poursuite de la procĂ©dure entamĂ©e contre le Premier ministre israĂ©lien. Ce ne sera qu’une victoire de courte durĂ©e car la multiplication des plaintes farfelues – contre le Britannique Tony Blair, l’AmĂ©ricain George W. Bush et le ministre belge des Affaires Ă©trangĂšres Louis Michel – et la menace de voir le siĂšge de l’OTAN quitter la capitale auront dĂ©finitivement raison de la loi controversĂ©e, abrogĂ©e en juin 2003.

Quelques voix notables s’élĂšveront pour dĂ©noncer le dĂ©vergondage politico-judiciaire de “l’affaire Sharon”. En mars 2003, Jean-Pierre et Luc Dardenne, cinĂ©astes belges “palmĂ©s” au Festival de Cannes en 1999 avec leur film “Rosetta”, feront part de leur malaise Ă  travers un texte intitulĂ© “Nous comprenons l’indignation des IsraĂ©liens” et publiĂ© dans Le Soir: “Ce que nous trouvons inquiĂ©tant est la dimension ultra-mĂ©diatique qui s'est emparĂ©e du processus de la plainte contre Ariel Sharon, et cela dĂšs le premier stade de ce processus, avant mĂȘme de savoir si elle sera fondĂ©e et pourra ĂȘtre effectivement reçue. Cette focalisation sur la personne d'Ariel Sharon est d'autant plus troublante qu'elle fait oublier que le seul responsable attestĂ© des massacres de Sabra et Chatila est le commandant des phalanges chrĂ©tiennes libanaises, Elie Hobeika. (
) Ne peut-on craindre qu'Ă  travers cette mĂ©diatisation incontrĂŽlable le dĂ©pĂŽt d'une plainte dans le cadre de la loi sur la compĂ©tence universelle ne serve d'abord de tremplin Ă  des campagnes de dĂ©nigrement, Ă  des stratĂ©gies de dĂ©stabilisation d'un individu et Ă  travers lui d'un Etat?” [69].

Si les frĂšres Dardenne Ă©taient, jusque-lĂ , unanimement saluĂ©s pour leur Ɠuvre empreinte d’humanisme, les amis d’hier eurent tĂŽt fait de prendre leurs distances. Au lendemain de la diffusion du texte des deux cinĂ©astes, une brochette de syndicalistes et d’élus socialistes – Karine Lalieux et Pierre Galand entre autres – rĂ©torqueront Ă  travers les colonnes du mĂȘme quotidien: “De tous les combats sociaux, pour preuve encore votre prĂ©sence Ă  cĂŽtĂ© des sidĂ©rurgistes liĂ©geois, toujours Ă  dĂ©noncer les inĂ©galitĂ©s quelles qu'elles soient, vous vous retrouvez, malgrĂ© vos dĂ©nĂ©gations, Ă  dĂ©fendre Ariel Sharon! (
) Chers FrĂšres Dardenne, vous qui en deux heures d'Ă©motions autour de la vie particuliĂšre de Rosetta avez dĂ©noncĂ© les conditions d'existence de toute une frange de la sociĂ©tĂ©, aujourd'hui dans une carte blanche, vous oubliez l'universalitĂ© du droit Ă  la justice pour tous. (
) Votre carte blanche dans le premier quotidien francophone belge participe d'une mĂ©diatisation, non pas incontrĂŽlable, mais tronquĂ©e” [70].

Pour Claude Demelenne, journaliste Ă  l’hebdomadaire Le Journal du Mardi, les deux “lascars pro-Sharon” Jean-Pierre et Luc Dardenne ““commettent” leur diatribe au moment prĂ©cis oĂč les parlementaires vont passer Ă  l'acte et adopter le projet de loi de compĂ©tence universelle ou baisser pavillon devant les pressions, essentiellement du lobby ultra-sioniste”. À court d’arguments, le journaliste envisagera enfin que “les deux frĂšres – qui ne s’étaient jamais exprimĂ© sur la question – pourraient avoir Ă©tĂ© instrumentalisĂ©s [car] certains faits, troublants, lĂšvent le voile sur ce qui ressemble Ă  une offensive concertĂ©e” [71]
 par un mystĂ©rieux lobby Ă  la solde de l’Etat d’IsraĂ«l.

C’est probablement Victor Dutroux, pĂšre du tristement cĂ©lĂšbre pĂ©dophile Marc Dutroux, qui apportera la cerise au gĂąteau en dĂ©clarant Ă  la tĂ©lĂ©vision belge qu’ “Ariel Sharon, ça c’est un monstre! (
) Marc Dutroux n’est pas un monstre. C’est un bien grand mot” [72].

Actions et inaction politiques

La judĂ©ophobie qui s’est dĂ©veloppĂ©e ces derniĂšres annĂ©es en Belgique est trĂšs proche de celle qui sĂ©vit en France depuis le mois d’octobre 2000. Mais, si les autoritĂ©s françaises ont fait preuve ces derniers mois de leur dĂ©termination Ă  combattre de maniĂšre concertĂ©e ce flĂ©au, tel ne semble pas encore ĂȘtre le cas en Belgique. On peut mĂȘme dire de l’échiquier politique belge que, s’il compte quelques pompiers, ne manque pas de pyromanes. C’est principalement au sein de la gauche, socialiste et Ă©cologiste, que l’on retrouve ceux qui, par leurs dĂ©clarations sur le conflit israĂ©lo-palestinien, ont participĂ© Ă  l’échauffement des esprits.

Depuis 1988, les socialistes dirigent la Belgique avec, au grĂ© des rĂ©sultats Ă©lectoraux, les sociaux-chrĂ©tiens, les libĂ©raux ou les Ă©cologistes. L’aile francophone du Parti socialiste (PS), bien discrĂšte lorsque les bus explosent en IsraĂ«l, ne manquera pas une occasion pour vilipender l’Etat hĂ©breu. En mars 2001, le PS “condamne la politique menĂ©e par le Gouvernement israĂ©lien qui recourt Ă  des mesures discriminatoires et contraires aux droits de l’Homme comme la politique de colonisation, le blocage des fonds dus Ă  l’AutoritĂ© palestinienne, le dĂ©ni de justice ou encore le blocus “d’étranglement”” [73]. Suite Ă  l’intervention amĂ©ricano-britannique en Irak, le prĂ©sident du PS, Elio Di Rupo, dĂ©clarait que “le risque est grand que le gouvernement Sharon profitera de ce que l’attention du monde se focalise sur l’Irak pour dĂ©cimer plus encore les populations palestiniennes” [74]. C’est encore lui qui, pour faire taire la polĂ©mique nĂ©e autour de la prĂ©sence de Pierre Galand sur les listes socialistes, Ă©crira que “Pierre Galand est un Juste”. L’utilisation de la majuscule pour qualifier de “Juste” la star de l’antisionisme locale n’aura pas Ă©chappĂ© Ă  certains. Dans un tel contexte, l’appel lancĂ© par Elio Di Rupo “à tous les progressistes, laĂŻcs, chrĂ©tiens et musulmans, au monde associatif, aux altermondialistes” [75] Ă  rejoindre le PS aura particuliĂšrement Ă©mu les “oubliĂ©s” du prĂ©sident.

Plus rĂ©cemment, c’est l’eurodĂ©putĂ©e socialiste VĂ©ronique De Keyzer qui a apportĂ© sa pierre Ă  l’édifice de la nazification de l’Etat juif quand, de retour de Cisjordanie, elle dĂ©clarait: “On est revenu horrifiĂ©s. (
) On a trouvĂ© que ce mur n'Ă©tait pas un mur de sĂ©curitĂ©, mais que c'Ă©tait un mur d'apartheid. Les murs sont Ă©quipĂ©s de camĂ©ras de surveillance, il y a tous les X mĂštres des miradors avec des soldats qui surveillent. Que lĂ  oĂč il n'y a pas de mur en bĂ©ton, il y a des barbelĂ©s, et on a vraiment l'impression de camps de concentration. C'est la premiĂšre image qui vient Ă  l'esprit, et c'est une image terrible pour nous, qui avons toujours soutenu IsraĂ«l Ă  cause de la souffrance de la seconde guerre mondiale, de revoir, pour certains d'entre nous, des images qu'on n'aurait plus jamais voulu voir” [76].

En avril 2002, le sĂ©nateur libĂ©ral flamand Jean-Marie Dedecker, ex-entraĂźneur de l’équipe nationale de judo, passait deux journĂ©es dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. De retour en Belgique, il dĂ©clarera: “C’est terrible, horrible, ce qui se passe lĂ -bas; ils [les IsraĂ©liens] ne tuent pas seulement les gens avec les armes, ils les affament et Ă©tranglent leur sociĂ©tĂ©. (
) Ils font de la Cisjordanie un camp de concentration” [77]. Le lendemain, il ajoutera que “Gaza peut aisĂ©ment ĂȘtre comparĂ© Ă  un grand camp de concentration. (
) Il y a une forte ressemblance avec ce qu’il s’est passĂ© Ă  Sabra et Chatila” [78]. En juillet 2003, Jean-Marie Dedecker confessait que “si je devais vivre en IsraĂ«l et que j’étais Palestinien, je deviendrais moi-mĂȘme un terroriste”, pour ensuite mettre dans la bouche d’une tierce personne que “si les IsraĂ©liens continuent ainsi, ils prĂ©parent leur deuxiĂšme holocauste” [79].

En Flandre, le parti d’extrĂȘme-droite Vlaams Blok (VB) glane aujourd’hui un cinquiĂšme de l’électorat flamand. Karel Dillen, nostalgique de l’ùre nazie et auteur de la traduction en nĂ©erlandais du premier livre nĂ©gationniste, “Nuremberg ou la terre promise” [80], sera le co-fondateur, en 1977, du VB dont il assumera la prĂ©sidence jusqu’en 1996. La jeune garde qui succĂšdera Ă  Karel Dillen adoptera, du moins en façade, une image plus policĂ©e. C’est ainsi que, pour la premiĂšre fois, un parlementaire du VB se rendait Ă  une cĂ©rĂ©monie de commĂ©moration de la Nuit de Cristal, organisĂ©e Ă  Gand en novembre 2002. À Anvers, oĂč le parti extrĂ©miste recueille le suffrage d’un Ă©lecteur sur trois, son candidat au maĂŻorat Filip Dewinter redoublera d’efforts pour sĂ©duire un vote juif historiquement hostile. Il mettra Ă  profit les violentes manifestations organisĂ©es par Abou Jahjah et l’AEL dans la mĂ©tropole flamande pour lancer, sans grand succĂšs, une opĂ©ration de charme [81]. À Bruxelles, en avril 2002, quelques leaders du VB local voudront se joindre aux 2.000 membres de la communautĂ© juive qui se recueillaient devant une synagogue qui avait Ă©tĂ© la cible de cinq cocktails molotov. Vertement accueillis par la foule, c’est sous l’escorte de policiers prĂ©sents sur les lieux qu’ils devront prĂ©cipitamment quitter les lieux.

En y regardant de plus prĂšs, on constatera que, outre la peu discrĂšte idĂ©ologie raciste anti-arabe qui l’anime, le VB reste hantĂ© par ses vieux dĂ©mons. En fĂ©vrier 2001, au cours d’une interview donnĂ©e Ă  une tĂ©lĂ©vision hollandaise, Roland Raes, alors vice-prĂ©sident du parti remettra en question le nombre de victimes juives de la Shoah ainsi que l’authenticitĂ© du Journal d’Anne Frank. Et, lorsque le journaliste lui demandera s’il doutait du fait que les chambres Ă  gaz ont rĂ©ellement existĂ© Ă  grande Ă©chelle, la rĂ©ponse de Roland Raes fut: “Oui, j’ose en douter. Je pense que ce qui nous a Ă©tĂ© donnĂ© Ă  croire sur certains points a Ă©tĂ© trĂšs exagĂ©rĂ©â€ [82]. Les remous provoquĂ©s par ces dĂ©clarations obligeront ce dernier Ă  dĂ©missionner de la vice-prĂ©sidence du parti, mĂȘme s’il y reste depuis actif.

Créé en 1951 par Karel Dillen, le mensuel d’extrĂȘme-droite Dietsland-Europa, dĂ©crit un jour par Filip Dewinter comme Ă©tant “la cellule de rĂ©flexion du Vlaams Blok”, publiera dans son Ă©dition de novembre 2002 un texte d’Oswald Kielemoes. Ancien Ă©lu du VB et membre du bureau du parti, celui-ci Ă©crivait que “les Juifs ont presque tous les mĂ©dias de Grande-Bretagne entre leurs mains. (
) À travers ces mĂ©dias, ils font la promotion uniforme, calculĂ©e, mĂ©thodique, immuable et intense de la transformation et de l’anĂ©antissement de la Grande-Bretagne pour en faire un Etat multiracial et multiculturel, ils imposent aux Britanniques les intĂ©rĂȘts d’IsraĂ«l, contre la volontĂ© et les intĂ©rĂȘts des autochtones britanniques. En outre, que le terrible holocauste contre le peuple palestinien sans dĂ©fense et innocent soit minimisĂ© ou tu, va de soi. (
) Si les Britanniques, tant les Anglais que les Ecossais, les Gallois et les loyaux Nord-Irlandais veulent subsister, chacun avec leur propre culture, leurs us et coutumes, il est grand temps qu’ils brisent ce joug juif” [83]. Une fois repris par la presse dĂ©mocratique, les propos d’Oswald Kielemoes ne laisseront d’autre choix au parti que de dĂ©missionner l’auteur du libelle antisĂ©mite.

Il semble donc que, malgrĂ© les efforts cosmĂ©tiques entrepris par l’actuelle direction du VB, la parole antisĂ©mite continue Ă  prolifĂ©rer au sein du parti extrĂ©miste flamand. On en aura un exemple supplĂ©mentaire en janvier 2004, lorsque Carine Anseeuw, candidate sur les listes Ă©lectorales du VB, s’exprimait dans un journal flamand en tant que chef de cabine de la compagnie aĂ©rienne belge Sobelair. Alors que l’avenir de la sociĂ©tĂ© d’aviation Ă©tait en balance, elle commentera en ces termes l’éventuelle reprise de la Sobelair par deux hommes d’affaires belges renommĂ©s et de confession juive: “Je crois que la direction de la Sobelair a prĂ©parĂ© un petit plan, prĂ©cisĂ©ment de vendre la sociĂ©tĂ© Ă  ses amis juifs, Victor Hasson et Georges Gutelman, les rabbins de la banqueroute” [84].

Les quelques voix politiques que l’on entendra dĂ©noncer avec force et conviction les dĂ©rives antisĂ©mites et antisionistes Ă©maneront presque exclusivement des rangs de la droite libĂ©rale. En novembre 2002, le ministre-prĂ©sident de la CommunautĂ© française HervĂ© Hasquin dĂ©plorera le fait que “la communautĂ© juive a connu une annĂ©e pĂ©nible comme jamais depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Or l’intĂ©gration sans renoncement Ă  ses richesses et Ă  ses valeurs dont la communautĂ© juive a fait preuve en s’insĂ©rant vĂ©ritablement dans le tissu social belge est exemplaire. Je rĂ©pĂšte encore: tolĂ©rance zĂ©ro pour ceux qui seraient tentĂ©s une fois de plus de considĂ©rer les citoyens belges appartenant Ă  la communautĂ© juive comme des boucs Ă©missaires tout dĂ©signĂ©s pour subir des Ă©vĂ©nements qui seraient importĂ©s chez nous de maniĂšre inacceptable” [85].

L’eurodĂ©putĂ©e libĂ©rale FrĂ©dĂ©rique Ries [86], anciennement prĂ©sentatrice-vedette et chef de rĂ©daction du journal tĂ©lĂ©visĂ© de la chaĂźne privĂ©e RTL-TVI, dĂ©noncera Ă  plusieurs reprises le climat antisĂ©mite et anti-israĂ©lien ambiant. Le 18 avril 2002, suite Ă  l’incendie criminel qui aura entiĂšrement ravagĂ© un magasin d’alimentation kasher situĂ© Ă  Bruxelles, elle posait les questions suivantes: “Se trouvera-t-il encore, comme prĂ©cĂ©demment, des fins analystes pour balayer l’intention, parler plutĂŽt, et encore, de “bĂȘtise et de dĂ©sinformation”, et par lĂ -mĂȘme excuser l’inexcusable? Va-t-on continuer Ă  accuser de jeter de l’huile sur le feu Ă  ceux qui dĂ©noncent ces actes odieux et lĂąches, attentats contre des juifs, attentats contre des innocents, attentats contre la dĂ©mocratie? Faudra-t-il qu’il y ait un mort pour oser appeler les choses par leur nom?”. Le mois suivant, FrĂ©dĂ©rique Ries mettra en cause l’intĂ©gritĂ© d’une journaliste de la RTBF, suite Ă  une Ă©niĂšme “erreur” [87] de la chaĂźne publique sur l’actualitĂ© israĂ©lo-palestinienne: “La journaliste passe ici, volontairement ou non (c’est tout le dĂ©bat), de la subjectivitĂ© Ă  la manipulation pure et simple. (
) Pourquoi aucun des filtres sensĂ©s prĂ©venir de telles dĂ©rives n’a-t-il fonctionnĂ©? (
) Sait-on Ă  cause de qui, comment et Ă©ventuellement pourquoi la vĂ©ritĂ© s’est retournĂ©e pour correspondre si parfaitement au courant aujourd’hui politiquement et mĂ©diatiquement correct? (
) Semer le doute et le feu dans les esprits est indigne” [88].

En dĂ©cembre 2003, le sĂ©nateur libĂ©ral François Roelants du Vivier exprimait Ă©galement sa vive inquiĂ©tude face Ă  la multiplication des incidents “renouant avec cette honteuse tradition europĂ©enne du juif bouc Ă©missaire. Ainsi, l’antisĂ©mitisme se nourrit dans sa version contemporaine d’un conflit au Proche-Orient et du malheur de deux peuples, dont l’un, le peuple juif, est supposĂ© ĂȘtre le bourreau de l’autre. Une certaine gauche bien pensante – mais bien peu progressiste – cultive la dĂ©monisation non pas d’un gouvernement mais d’un Etat, celui d’IsraĂ«l, dont l’existence est prĂ©sentĂ©e comme incongrue”. Il conclura par un rappel aujourd’hui devenu nĂ©cessaire: “Les leçons du passĂ© doivent servir. À tout jamais” [89].

En fĂ©vrier 2004, François Roelants du Vivier dĂ©posera, avec sa consƓur libĂ©rale Christine Defraigne, une “proposition de rĂ©solution relative Ă  la rĂ©surgence de l’antisĂ©mitisme en Belgique”. Dans le texte soumis au SĂ©nat, les deux parlementaires faisaient part de leur prĂ©occupation face Ă  “la montĂ©e en flĂšche de l’antisĂ©mitisme en Europe et notamment en Belgique. (
) Cette situation est intolĂ©rable. Il faut agir et mettre fin Ă  ces attaques rĂ©currentes contre les synagogues et les juifs. (
) Les Juifs de Belgique forment une minoritĂ© d’environ 40.000 personnes, la dĂ©mocratie ce n’est pas seulement le vote majoritaire, c’est aussi, et peut-ĂȘtre surtout, la protection des minoritĂ©s et le respect de leurs droits. Nous ne pouvons Ă©galement que nous interroger sur l’influence de la perception erronĂ©e du conflit israĂ©lo-palestinien, diffusĂ©e par certains mĂ©dias”[90].

La dĂ©gradation de la situation ces derniĂšres annĂ©es amĂšnera le Roi des Belges Albert II Ă  sortir de la traditionnelle rĂ©serve liĂ©e Ă  son rang. Le 21 juillet 2002, Ă  l’occasion des cĂ©lĂ©brations de la FĂȘte Nationale, il relĂšvera que “depuis quelque temps nous voyons resurgir en Europe certaines formes d’extrĂ©misme. Et pourtant, aprĂšs avoir subi les consĂ©quences dĂ©sastreuses de l’intolĂ©rance croissante des annĂ©es 30, nous avions pensĂ© ĂȘtre dĂ©finitivement libĂ©rĂ©s de ce flĂ©au. (
) La peur de l’autre est un sentiment qui engendre le racisme. (
) Ces derniers mois nous avons vĂ©cu chez nous les tristes effets de ce phĂ©nomĂšne. Un couple marocain en a Ă©tĂ© la victime et a perdu la vie. D’autres communautĂ©s ne furent pas Ă©pargnĂ©es non plus comme en tĂ©moignent les attentats contre des synagogues. Il est inadmissible de chercher Ă  importer chez nous les antagonismes qui existent au Moyen-Orient” [91].

Des lendemains incertains?

Volens nolens, les dĂ©tracteurs de l’Etat hĂ©breu auront, lentement mais sĂ»rement, contaminĂ© les esprits et, ce faisant, ravivĂ© l’hydre antisĂ©mite. Ainsi, c’est aprĂšs avoir vu un reportage du journal tĂ©lĂ©visĂ© sur le “mur” qu’une Belge “de souche”, caissiĂšre dans une grande surface du quartier chic de Bruxelles, dĂ©clarera en novembre 2003 Ă  sa collĂšgue: “T’as vu ce qu’ils ont fait en Palestine avec ce mur
 Ah, les Juifs, il faudrait tous les brĂ»ler!”.

De pareils excĂšs rappellent les incidents qui jalonnĂšrent le long processus de dĂ©shumanisation qui a prĂ©cĂ©dĂ© le gĂ©nocide des Juifs et des Tutsis. Dans les deux cas, des dĂ©cennies furent nĂ©cessaires pour prĂ©parer les esprits Ă  exterminer son voisin Ă  coups de machette ou de Zyklon B
 ou du moins Ă  laisser faire. Aujourd’hui, c’est par un subtil effet domino que certains voudraient, en trois temps, dĂ©pouiller le trio IsraĂ©lien/sioniste/Juif de son humanitĂ©.

Une lutte efficace et dĂ©terminĂ©e contre l’actuelle rĂ©surgence de l’antisĂ©mitisme ne pourra donc faire l’économie d’un dĂ©bat sur la responsabilitĂ© des pyromanes de la pensĂ©e, qu’ils soient issus des rangs politique, mĂ©diatique, intellectuel, islamiste ou panarabe. Un Ă©ditorialiste du New York Times synthĂ©tisait habilement la situation: “Critiquer IsraĂ«l n’est pas antisĂ©mite. Ne pas l’admettre est hypocrite
 Mais faire d’IsraĂ«l un objet singulier d’opprobre est antisĂ©mite, et ne pas l’admettre est malhonnĂȘte”.

Pour mieux l’apprĂ©hender, il faudra ensuite admettre que la judĂ©ophobie contemporaine n’est plus exclusivement l’apanage des courants traditionnels d’extrĂȘme-droite. Les incidents Ă©voquĂ©s dans la prĂ©sente Ă©tude confirment que c’est essentiellement Ă  l’opulente poitrine de l’islamo-gauchisme que l’antisĂ©mitisme aura Ă©tĂ© nourri ces derniĂšres annĂ©es. De mĂȘme, on ne pourra d’avantage, au nom de l’antiracisme, taire la violence exercĂ©e par des membres d’une minoritĂ©, la communautĂ© musulmane, sur les membres d’une autre minoritĂ©, la communautĂ© juive. Ce n’est qu’aprĂšs avoir adhĂ©rĂ© Ă  ces principes que l’on pourra faire reculer ce flĂ©au qui, aujourd’hui, se sert du Juif-nation pour assouvir ses instincts les plus vils.


Cette Ă©tude constitue le chapitre consacrĂ© Ă  la Belgique dans l'ouvrage collectif “Les habits neufs de l'antisĂ©mitisme en Europe”

[1] Les actes antisémites survenus en Belgique depuis le mois de janvier 2001 sont répertoriés sur le site www.antisemitisme.be.
[2] TroisiĂšme rapport sur la Belgique de l'ECRI (Commission europĂ©enne contre le racisme et l’intolĂ©rance), adoptĂ© le 27 juin 2003 et rendu public le 27 janvier 2004.
[3] Une enquĂȘte rĂ©alisĂ©e en 2002 par le “Centre de Recherche sur l’antisĂ©mitisme” de l’UniversitĂ© technique de Berlin, Ă  la demande de l’Observatoire europĂ©en des phĂ©nomĂšnes racistes et xĂ©nophobes, relate que “depuis le dĂ©but de l’Intifada al-Aqsa Ă  l’automne 2000, le nombre d’actions violentes contre les Juifs et les institutions juives a augmentĂ©, avec des auteurs prĂ©sumĂ©s principalement issus des communautĂ©s arabes et musulmanes, spĂ©cialement ceux d’origine maghrĂ©bine”.
[4] FĂ©dĂ©ration des Etudiants Francophones, “Motion d’actualitĂ© sur la situation de l’enseignement en Palestine”, 6 fĂ©vrier 2003.
[5] Ibidem.
[6] FĂ©dĂ©ration des Etudiants Francophones, “Motion de soutien de la FEF aux Ă©tudiants Palestiniens”, 28 juin 2001.
[7] Collectif de 327 universitaires belges, “Appel en faveur de la paix au Proche-Orient”, Le Soir, 22 avril 2001.
[8] Ibidem.
[9] Sara Brajbart, “Des Ă©tudiants juifs de l’UniversitĂ© libre de Bruxelles menacĂ©s de mort”, Proche-Orient.info, 27 novembre 2002.
[10] Ibidem.
[11] François Robert, “Un acte antisĂ©mite secoue l’athĂ©nĂ©e”, Le Soir, 20 novembre 2002.
[12] Marc Van Impe, “Het wondere leven van Abou Jahjah”, De Standaard, 30 novembre 2002.
[13] www.arabeuropean.org.
[14] Stijn, “Islam en homofobie”, Gay Belgium, 18 dĂ©cembre 2002.
[15] Didier Burg, “Abou Jahjah s’exporte aux Pays-Bas”, Le Soir, 4 mars 2003.
[16] Mia Doornaert, “En wat met het racisme van Abou Jahjah?”, De Standaard, 29 novembre 2002.
[17] www.assabyle.com (fermé suite à une procédure judiciaire, remplacé depuis par www.ribaat.org).
[18] Cheikh Abou Al-Walid Al-Ansari, “La fin du “peuple d’IsraĂ«l”: une vĂ©ritĂ© coranique”, Assabyle.com, 2002.
[19] Cheikh Bassam Abou Ata Ayachi, “Lorsque la mort devient belle, Monsieur Sarkozy!”, Assabyle.com, 2004.
[20] www.particp.be.
[21] www.oxfamsol.be.
[22] Françoise Germain-Robin, “Pierre Galand: nous voulons rĂ©veiller l’Europe”, L’HumanitĂ©, 28 fĂ©vrier 2002.
[23] Interview de Francine Naveaux par Françoise Berlaimont au Journal parlé de 13 heures, RTBF, 9 juillet 2002.
[24] www.association-belgo-palestinienne.be.
[25] Eric Picard, “La paix israĂ©lo-palestinienne n’a pas Ă©tĂ© conclue Ă  Lessines”, Agence diasporique d’information, 26 novembre 2002.
[26] Propos tenus lors d’une confĂ©rence Ă  l’UniversitĂ© libre de Bruxelles, le 11 octobre 2001.
[27] www.indymedia.be.
[28] Texte intitulĂ© “Complot contre Radio Islam”, rĂ©digĂ© par Jessie et publiĂ© sur le site Indymedia.be le 23 mai 2003.
[29] Sondage “Flash EurobaromĂštre” effectuĂ© par EOS Gallup Europe Ă  la requĂȘte de la Commission europĂ©enne, novembre 2003.
[30] AgnĂšs Gorissen, “Juifs, belges et viscĂ©ralement attachĂ©s Ă  IsraĂ«l”, Le Soir, 27 novembre 2000.
[31] Serge Dumont et AgnĂšs Gorissen, “IsraĂ«l envoie paĂźtre les EuropĂ©ens”, Le Soir, 19 novembre 2001.
[32] AgnĂšs Gorissen, “La lassitude dĂ©sespĂ©rĂ©e des Palestiniens”, Le Soir, 1er octobre 2001.
[33] AgnĂšs Gorissen et Anne-CĂ©cile Huwart, “Le banni de BethlĂ©em parle au “Soir””, Le Soir, 13 aoĂ»t 2002.
[34] Serge Dumont, “Ariel Sharon huĂ© par les “ultras””, Le Soir, 6 janvier 2004.
[35] Jonathan Lis, Arnon Regular et Jalal Bana, “Fatah terrorists kill man in Jordan Valley”, Haaretz, 3 janvier 2003.
[36] Serge Dumont, “Raids et rafles se succùdent”, Le Soir, 3 janvier 2003.
[37] Baudouin Loos, “Un ultimatum pour
 gagner du temps?”, Le Soir, 20 dĂ©cembre 2003.
[38] Baudouin Loos, “Sharon donne-t-il ses chances Ă  Abbas?”, Le Soir, 13 aoĂ»t 2003.
[39] Baudouin Loos, “Sharon croit-il en la “feuille de route” de Bush?”, Le Soir, 27 mai 2003.
[40] Baudouin Loos, “L’impasse dĂ©sespĂ©rante”, Le Soir, 6 octobre 2003.
[41] DĂ©pĂȘche AFP, “IsraĂ«l en grĂšve pour quatre heures”, Le Soir en ligne, 3 novembre 2003.
[42] DĂ©pĂȘche Belga, “Mons sans bus jusqu’à mardi”, Le Soir en ligne, 3 novembre 2003.
[43] DĂ©pĂȘche Belga, “Cybercriminel belge au tribunal”, Le Soir en ligne, 10 novembre 2003.
[44] Serge Dumont, “Un “hacker” avait piratĂ© le site du Mossad”, Le Soir en ligne, 10 novembre 2003.
[45] Simon-Pierre Nothomb, “L’ordre va-t-il rĂ©gner Ă  Gaza?”, Le Soir, 15 dĂ©cembre 2001.
[46] François de Cugnac, “Juif, mon Ami”, Le Soir, 13 fĂ©vrier 2002.
[47] Illustration de Royer, Le Soir, 21 février 2003.
[48] “Rencontre Verhofstadt-Sharon”, RTBF en ligne, 18 novembre 2001.
[49] Service de presse du Premier ministre de l’Etat d’IsraĂ«l, 18 novembre 2001.
[50] Reportage de Pascale Bourgaux diffusé dans le journal télévisé de 13 heures, RTBF, 24 avril 2002.
[51] DĂ©pĂȘche de l’agence de presse Reuters du 23 avril 2002.
[52] R.C. (avec Belga), “Le cardinal Joos clouĂ© au pilori”, La Libre Belgique, 22 janvier 2004.
[53] Jugement du Tribunal Correctionnel de Dinant du 20 avril 2004. Ce jugement est définitif.
[54] Jonathan Crickx, “Qu’est-ce-que l’islamisme?”, RTBF en ligne, 6 juin 2002.
[55] Hughues Le Paige, “IsraĂ«l-hors-la-loi”, RTBF (Ă©mission “Matin PremiĂšre”), 2002.
[56] Renaud Dumesnil, “Le terrorisme juif”, RTBF en ligne, 8 juin 2002. La dĂ©pĂȘche relate l’arrestation par la police israĂ©lienne de 3 IsraĂ©liens accusĂ©s d’avoir fomentĂ© un attentat contre une Ă©cole arabe de JĂ©rusalem.
[57] La Tour de l’Yser est un lieu de commĂ©moration flamand de la PremiĂšre Guerre mondiale. Les lettres AVV (Alles voor Vlaanderen: Tous pour la Flandre) et VVK (Vlaanderen voor Kristus: La Flandre pour le Christ) sont inscrites sur la Tour. À sa base, est inscrit “Nooit meer oorlog” (Plus jamais de guerre).
[58] Rudolphus De Groot, “De Vrijdenker”, P-magazine, 7 dĂ©cembre 2001.
[59] Elie Hobeika Ă©tait Ă  la tĂȘte de la milice des Phalanges chrĂ©tiennes qui ont perpĂ©trĂ© le massacre de Sabra et Chatila en 1982. Dans le monde arabe, il est de notoriĂ©tĂ© publique que Hobeika a organisĂ© les tueries. Le quotidien hachĂ©mite Jordan Times en atteste, le 17 septembre 2000, lorsqu’on y lit que “les familles des victimes [de Sabra et Chatila] pointent un doigt accusateur sur Elias Hobeika, ancien chef des services de renseignements des forces libanaises, qui est maintenant un membre sortant et pro-syrien du Parlement”. En juin 2001, le commentateur politique palestinien Saleh Al-Na'ami Ă©crit, dans l'hebdomadaire du Hamas Al-Risala, qu'“il est hypocrite d'attaquer Sharon”. Al-Na'ami identifie nommĂ©ment les coupables, les “vrais criminels de guerre: Hobeika et la bande de misĂ©rables de son entourage d'alors”.
[60] “Ces IsraĂ©liens pleins de haine
”, Le Soir, 15 fĂ©vrier 2003.
[61] Serge Dumont, “IsraĂ«l Ă©tudie ses reprĂ©sailles”, Le Soir, 15 fĂ©vrier 2003.
[62] Serge Dumont, “Le Mossad se penche sur la Belgique”, Le Soir, 19 fĂ©vrier 2003.
[63] “Une ligne dure contre la Belgique”, Le Soir, 21 fĂ©vrier 2003.
[64] “Josy DubiĂ© s’en prend violemment aux autoritĂ©s israĂ©liennes”, Belga, 29 novembre 2001.
[65] Hussain Abdul-Hussain, “Belgian senators decry Sharon as a “mass murderer””, The Daily Star (quotidien libanais anglophone), 22 janvier 2002.
[66] Scarlett Haddad, “Sabra et Chatila: Les sĂ©nateurs belges clĂŽturent leur mission d’information sur les massacres. Josy DubiĂ©: La responsabilitĂ© de Sharon et des soldats israĂ©liens est Ă©vidente”, L’Orient-Le Jour (quotidien libanais francophone), 22 janvier 2002.
[67] Yossi Melman, “Belgian lawmakers want Peres on trial for ’96 Grapes of Wrath”, Haaretz, 22 janvier 2002.
[68] “Sabra et Chatila: Les sĂ©nateurs belges rencontrent Hoss et Nasrallah”, L’Orient-Le Jour, 23 janvier 2002.
[69] Jean-Pierre et Luc Dardenne, “Nous comprenons l'indignation des IsraĂ©liens”, Le Soir, 12 mars 2003.
[70] AndrĂ© Mordant, JoĂ«l Mathieu, Karine Lalieux, Jean Cornil, Pierre Galand, Isabelle Simonis, Serge Hustache, Annick Thyre et Jean-Claude Van Der Meeren, “Chers FrĂšres Dardenne, nous ne comprenons pas votre indignation”, Le Soir, 13 mars 2003.
[71] Claude Demelenne, “Pro Sharon. Les frĂšres Dardenne ne font pas que du cinĂ©ma”, Le Journal du Mardi, 18 mars 2003.
[72] Interview de Victor Dutroux dans l’émission d’information Telefacts diffusĂ©e le 1er septembre 2003 par la tĂ©lĂ©vision flamande VTM.
[73] Communiqué de presse du Parti socialiste francophone de Belgique, 19 mars 2001.
[74] Elio Di Rupo cité dans un communiqué de presse du Parti socialiste francophone de Belgique, 23 mars 2003.
[75] BĂ©nĂ©dicte Vaes, “Le PS effeuille sa rose mais garde son drapeau”, Le Soir, 14 janvier 2002.
[76] Interview de Véronique De Keyzer dans le journal télévisé de 19h30, RTBF, 23 février 2004.
[77] Peter Beaumont, “I don’t want to be here
 but what would you do?”, The Observer, 7 avril 2002.
[78] CommuniquĂ© de presse co-signĂ© par les parlementaires Jean-Marie Dedecker, Vincent Van Quickenborne et Jan Roegiers, “Impressions et conclusions sur la visite en IsraĂ«l et en Palestine, du 4 au 6 avril 2002”, 8 avril 2002.
[79] Interview de Jean-Marie Dedecker dans un hebdomadaire flamand à grand tirage, “Zelf terrorist worden”, Humo, 18 juillet 2003.
[80] “Nuremberg ou la terre promise”, Ă©crit en 1948 par le nĂ©gationniste Maurice BardĂšche, beau-frĂšre du collaborateur français Robert Brasillach, dĂ©nonce “l’imposture et les mensonges du procĂšs de Nuremberg”. BardĂšche sera Ă©galement Ă  l’origine de la revue “DĂ©fense de l’Occident” qui publiera, entre autres, les Ă©crits rĂ©visionnistes de Rassinier et de Faurisson.
[81] Dans un communiquĂ© de presse diffusĂ© le 4 avril 2002 par le Vlaams Blok, Filip Dewinter s’en prend virulemment aux autoritĂ©s anversoises qui ont Ă©tĂ© “incapables de garantir la sĂ©curitĂ© de la population anversoise” et, en particulier, de la “communautĂ© juive”.
[82] Andrew Osborn, “Belgium’s far right party in Holocaust controversy”, Guardian, 9 mars 2001.
[83] Extraits citĂ©s dans l’article “Britten moeten joods juk afwerpen” rĂ©digĂ© par Marc Spruyt et publiĂ© le 16 novembre 2002 dans le quotidien flamand De Morgen. L’article original d’Oswald Kielemoes, intitulĂ© “Joden domineren de Britse media”, est paru dans le mensuel Dietsland-Europa, en novembre 2002.
[84] Interview de Carine Anseeuw, “Er is een overnemer, maar men wil hem niet”, Het Laatste Nieuws, 8 janvier 2004.
[85] Discours prononcé par Hervé Hasquin lors du centenaire de la synagogue bruxelloise de l'avenue de Stalingrad, le 24 novembre 2002.
[86] En fĂ©vrier 2004, FrĂ©dĂ©rique Ries sera nommĂ©e secrĂ©taire d’Etat aux Affaires Ă©trangĂšres du Gouvernement fĂ©dĂ©ral belge.
[87] Il s’agit de la manipulation suite Ă  laquelle 164 personnes ont assignĂ© la RTBF devant la Cour pĂ©nale pour “incitation Ă  la haine raciale”, suite Ă  un reportage de Pascale Bourgaux, en date du 24 fĂ©vrier 2002, sur le pillage de la Basilique de la NativitĂ©.
[88] FrĂ©dĂ©rique Ries, “L’“erreur” de la RTBF”, Regards, 28 mai 2002.
[89] Extraits de l’éditorial “L’amalgame scandaleux” de François Roelants du Vivier, publiĂ© dans l’édition du mois de dĂ©cembre 2003 du bulletin d’information “Echos bruxellois” du sĂ©nateur Roelants du Vivier.
[90] “Proposition de rĂ©solution relative Ă  la rĂ©surgence de l’antisĂ©mitisme en Belgique”, dĂ©posĂ©e au SĂ©nat belge en fĂ©vrier 2004 par les parlementaires François Roelants du Vivier et Christine Defraigne.
[91] Discours prononcĂ© par le Roi Albert II lors de la FĂȘte Nationale belge, le 21 juillet 2002.


Joël Rubinfeld est Président de l'Atlantis Institute

 
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