YEDIOT AHARONOT â LâantisĂ©mitisme, abhorrĂ© en Occident, est-il moins condamnable sâil vient dâOrient? Câest la question que lâon peut se poser en regardant un journal tĂ©lĂ©visĂ© ou en feuilletant la plupart des quotidiens europĂ©ens, et nây point dĂ©celer lâidĂ©ologie antisĂ©mite qui, par-delĂ le diffĂ©rend territorial israĂ©lo-arabe, conditionne les agissements du Hezbollah et du Hamas.
Il existe, certes, des journalistes qui appellent un chat un chat â en lâoccurrence un terroriste un terroriste â et dĂ©noncent lâantisĂ©mitisme qui exalte les islamistes du Proche-Orient, mais nombre de leurs confrĂšres y ont renoncĂ© pour plutĂŽt recourir aux Ă©pithĂštes âmilitantsâ et âmouvement politiqueâ, voire ârĂ©sistantsâ et âorganisation socialeâ. Il est vrai que les Hitlerjugend avaient, eux aussi, une fonction sociale.
Lâanalogie est pertinente: bien plus que les crĂąnes rasĂ©s que lâon dĂ©nombre ci et lĂ , en Europe ou aux Etats-Unis, ce sont les barbus palestiniens et libanais â ces hommes que lâon voit arborer fiĂšrement le salut nazi lors des dĂ©filĂ©s militaires Ă Gaza ou au Liban â qui, aujourdâhui, incarnent la relĂšve du TroisiĂšme Reich. Et la guerre quâils mĂšnent contre IsraĂ«l est une guerre antisĂ©mite: dâune part, contre les seuls juifs IsraĂ©liens (20% des citoyens israĂ©liens ne sont pas de confession juive) et, dâautre part, contre tous les Juifs du monde.
Une accusation dâune telle gravitĂ© ne pouvant ĂȘtre portĂ©e Ă la lĂ©gĂšre, Ă©coutons ce que le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, rĂ©putĂ© pour faire ce quâil dit et dire ce quâil fait, nous en dit.
Le 19 juillet 2006, une Katyoucha sâabat sur Nazareth, tuant deux frĂšres de 3 et 7 ans, Ravia et Mahmoud Taluzi. Le lendemain, sur Al Jazeera, Nasrallah prĂ©sente ses excuses Ă la famille des deux gamins israĂ©liens. Non pas quâil ait, subitement, Ă©tĂ© pris de remords Ă la vue des images des dizaines de vies anĂ©anties par ses missiles, mais bien parce que Ravia et Mahmoud nâĂ©taient pas juifs! Le leader islamiste nous donne ici une application contemporaine du tri qui, durant la seconde guerre mondiale, Ă©tait fait Ă lâĂ©cole entre dâautres gamins qui, culotte baissĂ©e, devaient tĂ©moigner de leur aryanitĂ© pour avoir la vie sauve. Pour Nasrallah, comme pour Hitler, seuls les enfants juifs doivent mourir.
Autre lubie commune aux deux hommes: tous les Juifs doivent mourir. Les propos tenus en 2002 par Hassan Nasrallah sont, Ă cet Ă©gard, on ne peut plus explicites: âSâils [les Juifs] se rassemblent tous en IsraĂ«l, cela nous Ă©pargnera la tĂąche dâaller les chercher de par le mondeâ [1]. Cela ne lâa pas empĂȘchĂ©, dans lâattente dâune hypothĂ©tique immigration massive, de dĂ©jĂ mettre la main Ă la pĂąte en 1994, lorsque les terroristes du Hezbollah firent sauter le centre communautaire juif de Buenos Aires, tuant 87 personnes.
On retrouve les mĂȘmes ingrĂ©dients dans la charte du Hamas, parti, faut-il le rappeler, au pouvoir en Palestine: âAvec leur argent, ils [les Juifs] ont mis la main sur les mĂ©dias du monde entier (âŠ). Avec leur argent, ils ont soulevĂ© des rĂ©volutions dans plusieurs parties du monde (âŠ). Ils sont derriĂšre la RĂ©volution française, la RĂ©volution communiste et toutes les rĂ©volutions dont nous avons entendu parler. Avec leur argent, ils ont mis sur pied des sociĂ©tĂ©s secrĂštes comme les francs-maçons, les clubs Rotary, Lionâs et autres dans diffĂ©rentes parties du monde afin de saboter les sociĂ©tĂ©s (âŠ). Avec leur argent, ils sont parvenus Ă contrĂŽler les pays impĂ©rialistes et Ă les pousser Ă coloniser de nombreux pays pour exploiter leurs ressources et y propager la corruption. (âŠ) Il n'existe aucune guerre dans n'importe quelle partie du monde dont ils ne soient les instigateursâ [2].
Cette rhĂ©torique de sinistre mĂ©moire nâest guĂšre connue du grand public qui, Ă nâen pas douter, sâoffusquerait de tels propos et verrait probablement dâun autre Ćil le conflit qui oppose Tsahal aux fils spirituels dâAdolf Hitler. Alors pourquoi ce mutisme de la part de mĂ©dias qui nâhĂ©sitent pas Ă donner de la voix lorsquâil sâagit de porter la critique contre IsraĂ«l?
En soi, critiquer la politique israĂ©lienne nâest assurĂ©ment condamnable ni juridiquement ni moralement. Ce qui pose question, câest le traitement dâexception, la singularisation dont fait lâobjet lâEtat juif. Car, bon sang, comment expliquer quâune nation qui sâĂ©tend sur 0,0001 % des terres Ă©mergĂ©es du globe, dont le nombre dâhabitants correspond au milliĂšme de la population mondiale, et que lâon retrouve, dâaprĂšs le dernier rapport annuel de Freedom House [3], dans le haut du panier des Etats dĂ©mocratiques, fasse lâobjet dâune telle focalisation mĂ©diatique, tandis que le Darfour â mais on pourrait aussi parler du Tibet, de la TchĂ©tchĂ©nie, de la Birmanie ou du sort des Kurdes de Syrie â, théùtre depuis 3 ans de 10 âQanaâ quotidiens, brille par son absence cathodique?
Ă cela, plusieurs explications. La premiĂšre: le militantisme. Une profusion de motifs idĂ©ologiques anime certains journalistes qui, sensibilisĂ©s Ă juste titre par les conditions misĂ©rables des populations du Proche-Orient, ont cru bon dâopter pour le camp des ennemis dâIsraĂ«l, symbole Ă leurs yeux du nĂ©o-colonialisme et de lâimpĂ©rialisme (difficile Ă comprendre lorsque lâon connaĂźt la superficie dâIsraĂ«l â Ă©gale Ă celle de la Picardie française ou de la Wallonie belge â face Ă un bloc arabe 676 fois plus vaste). Pour ces professionnels de lâinformation, prendre part au combat justifie que lâon passe sous silence ou que lâon travestisse un certain nombre de vĂ©ritĂ©s dĂ©rangeantes. La mort de Mohammed Al-Dura en est un exemple; les âfauxtographiesâ [4] de Reuters et de lâAssociated Press en sont les derniers avatars.
DeuxiĂšme explication: lâantisĂ©mitisme. Pour dâautres, lâantisionisme est lâinespĂ©rĂ© cache-sexe dâun antisĂ©mitisme inavouable. Ă lâheure oĂč cette forme de racisme est prohibĂ©e dans nos contrĂ©es, ceux-ci ont substituĂ© lâEtat Ă lâindividu. Bien entendu, ils dĂ©mentiront avec force de telles allĂ©gations et, paradoxe ou alibi, il ne sera pas rare de les voir sâĂ©pancher, la larme Ă lâĆil, sur le sort des victimes de la Shoah. Mais lâidĂ©e mĂȘme de voir les enfants de ceux qui en ont rĂ©chappĂ© se dĂ©fendre, lâarme Ă la main, contre ce mĂȘme projet gĂ©nocidaire leur est insupportable. Une vieille boutade fait dire Ă lâantisĂ©mite quâil nâen est pas un car il a un ami juif. LâantisĂ©mite contemporain, lui, a six millions dâamis juifs.
TroisiĂšme explication: le conformisme. Par facilitĂ©, ignorance ou couardise, nombre de journalistes, sans partager en aucune maniĂšre lâengagement des premiers ou les passions malsaines des seconds, se contentent de suivre docilement le chemin tracĂ© par les âbergersâ.
Ces trois attitudes sont condamnables mais, sâil peut paraĂźtre illusoire de raisonner les antisĂ©mites et les militants, il nâest pas inutile de bousculer les conformistes. Ici, il convient de les rappeler Ă lâordre, de faire appel Ă leur conscience, dâinvoquer la dĂ©ontologie. Ou, plus simplement, de les inviter Ă taper âcharte du Hamasâ sur Google afin de ne plus, tout comme Monsieur Jourdain, faire du Al Manar [5] sans le savoir.
La version anglaise de ce texte est disponible sur le site du quotidien israélien Yediot Aharonot
[1] Badih Chayban, âNasrallah alleges âChristian Zionistâ plotâ, The Daily Star, 23 octobre 2002.
[2] Extraits de lâarticle 22 de la charte du Hamas.
[3] âFreedom in the Worldâ, Freedom House, 2006.
[4] âFauxtographyâ, Little Green Football.
[5] Al Manar est la chaßne télévisée et le principal organe de propagande du Hezbollah.
Joël Rubinfeld est Président de l'Atlantis Institute
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