Accueil arrow Who's Who arrow Joël Rubinfeld arrow J'Accuse...! (Lettre au Secrétaire général de l'ONU)
J'Accuse...! (Lettre au Secrétaire général de l'ONU) Imprimer Envoyer à un ami
Par Joël Rubinfeld   
29 août 2001

Monsieur le Secrétaire Général,

Me permettez-vous d'avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre honneur est menacé de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches?

A une semaine de l'ouverture de la “Conférence Mondiale des Nations Unies contre le Racisme, la Discrimination raciale, la Xénophobie et l'Intolérance qui y est associée” (CMCR), on ne peut qu'être indigné à la lecture des projets de résolutions émanant d'une des quatre réunions régionales préparatoires de la CMCR, en l'occurrence la réunion asiatique qui s'est tenue à Téhéran les 19, 20 et 21 février 2001. La haine à l'état pur que l'on retrouve dans certains passages des 58 points à l'ordre du jour de cette réunion préparatoir est atterrante. Il ne s'agit là de rien d'autre que du déni de l'existence d'Israël.

Puisqu'ils ont osé, j'oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j'ai promis de la dire, si la justice internationale, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l'innocent qui expie là-bas, pour ces crimes qu'il n'a pas commis.

Et c'est à vous, Monsieur le Secrétaire Général, que je la crierai, cette vérité, de toute la force de ma révolte d'honnête homme. Et à qui donc dénoncerais-je la tourbe malfaisante des vrais coupables, si ce n'est à vous, le plus haut fonctionnaire de l'Organisation des Nations Unies.

* * * * *

Israël, de la Terre Promise à nos jours

Au XVIIe siècle avant Jésus-Christ, Abraham, patriarche du peuple juif, s'installe sur la Terre d'Israël. Plus tard, sa descendance quitte cette terre pour l'Egypte, pour cause de terrible famine. Moïse en tête, le peuple juif “rentre à la maison” quatre siècles plus tard.

En 1020 avant Jésus-Christ, le Royaume d'Israël voit le jour. Vingt ans plus tard, le Roi David fait de Jérusalem la capitale de ce royaume, ville où sera bâti le Premier Temple par son fils, le Roi Salomon.

Durant quatre siècles, les juifs vécurent paisiblement sur ce qu'ils pensaient être leur Terre Promise. L'an 586 avant Jésus-Christ marque le début de plus de 2 500 ans d'occupation. Dans l'ordre, citons les Babyloniens, Perses, Hellènes, Romains, Byzantins, Arabes, Croisés, Mameluks, Ottomans, et finalement les Anglais.

Le 14 mai 1948, en vertu de la Résolution 181 de l'Assemblée Générale de l'ONU, David Ben Gourion proclame l'indépendance de l'Etat d'Israël. Moins de 24 heures plus tard, cinq états arabes lancent l'offensive, aux côtés de leurs frères palestiniens, contre Israël. A l'issue d'une guerre longue de 14 mois, l'Etat d'Israël parvient à prendre le dessus. Cette victoire marque le début de ce qu'on appelle de nos jours le conflit israélo-arabe, conflit qui engendra les guerres de 1956, 1967, 1973 et 1982.

* * * * *

A propos de la réunion régionale préparatoire de Téhéran

Parmi les quatre réunions régionales (Afrique, Amérique, Asie, Europe) planifiées afin de préparer la CMCR qui se déroulera du 31 août au 7 septembre 2001 en Afrique du Sud, à Durban, la réunion asiatique qui s'est tenue les 19, 20 et 21 février 2001 à Téhéran n'a eu d'autre but que de mettre Israël au ban des nations, et de délégitimer ainsi le droit à l'existence de ce pays.

En effet, à la lecture des 58 projets de résolutions contenus dans le document final remis à Mary Robinson, Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme et Secrétaire Général de la CMCR, une et une seule nation est nommément attaquée: Israël!

Permettez-moi de revenir sur quelques uns de ces 58 articles.

1. Article 19:(...) demandons qu'une action internationale soit engagée pour mettre fin à l'occupation étrangère [de Jérusalem], ainsi qu'à toutes ses pratiques raciales, notamment dans les Lieux saints chers à ces trois religions”.

2. Article 20:Affirmons qu'une occupation étrangère fondée sur les colonies de peuplement, avec ses lois fondées sur la discrimination raciale afin de maintenir cette domination sur le territoire occupé (...) constituent une violation grave du droit international, des droits de l'homme et du droit international humanitaire, une nouvelle forme d'apartheid, un crime contre l'humanité, une forme de génocide ainsi qu'une menace grave pour la paix et la sécurité internationales”.

3. Article 21:Déplorons vivement les pratiques de discrimination raciale visant les Palestiniens ainsi que d'autres habitants des territoires arabes occupés (...) et demandons la cessation de toutes les pratiques de discrimination raciale auxquelles sont soumis les Palestiniens et les autres habitants des territoires occupés par Israël”.

4. Article 33:Exprimons notre vive inquiétude devant le triste sort des personnes déplacées et des réfugiés palestiniens qui ont été contraints d'abandonner leur foyer à cause de la guerre et des politiques raciales de la puissance occupante et qui ne peuvent retrouver leur foyer et leurs biens à cause de la loi du retour fondée sur la race, reconnaissons aux réfugiés palestiniens le droit au retour (...) et demandons qu'ils puissent rentrer dans leur patrie”.

5. Article 34:Soulignons de nouveau qu'il incombe à la communauté internationale de fournir une protection internationale à la population palestinienne sous occupation contre l'agression, les actes de racisme, d'intimidation et la privation des droits fondamentaux, notamment des droits à la vie, à la liberté et à l'autodétermination”.

* * * * *

La CMCR prise en otage

Le 10 novembre 1975, époque où Kurt Waldheim occupait la plus haute fonction au sein de l'ONU, l'Assemblée Générale des Nations Unies a voté la résolution 3379 selon laquelle “le sionisme est une forme de racisme”, résolution qui ne sera abrogée que 16 années plus tard, en 1991, après la Conférence de la Paix à Madrid.

Monsieur le Secrétaire Général, vous n'êtes pas Kurt Waldheim, tout du contraire! Votre parcours professionnel a toujours été marqué par votre engagement personnel pour l'éradication du Sida qui gangrène nombres de pays en développement, ainsi que par votre souci d'aider les plus faibles et les plus vulnérables, je n'en veux pour exemple que votre action opiniâtre pour l'élimination de la pauvreté et de l'inégalité.

De plus, l'Afrique du Sud, pays hôte de la CMCR, ne mérite pas cette prise d'otages humanitaire instiguée par les pays arabes et musulmans, et ce au détriment du sujet principal de cette conférence: l'esclavagisme.

La CMCR devait couronner la fin de l'Apartheid et la réussite du passage de ce pays d'un régime raciste à une réelle démocratie. Par de telles manoeuvres antisionistes, cette conférence pourrait bien être un échec avant même que de débuter. L'Apartheid est mort le jour où Nelson Mandela fut nommé à la tête de l'Afrique du Sud. Point n'est besoin de réveiller les vieux démons ni d'opérer le transfert de cette accusation sur Israël, sachant que cet Etat est la seule démocratie de cette partie du monde, sachant que cet Etat doit faire face depuis ses origines à une lutte existentielle, sachant que cet Etat ambitionne à vivre en paix avec ses voisins, mais ce rêve lui est formellement interdit par quelques va-t-en-guerre locaux.

Un jour, la paix trouvera sa place dans cette région, elle aurait déjà pu éclore l'année passée à Camp David, lorsque Ehud Barak a offert à Yasser Arafat ce que nul n'aurait pu imaginer. Mais en introduisant, à la dernière minute, la notion du “droit au retour” des Palestiniens en Israël, l'acceptation d'une telle exigence signifiant la fin de l'Etat d'Israël en tant que tel, Yasser Arafat à opposé une fin de non-recevoir à l'instauration de cette paix tant espérée.

Tout démocrate sur cette terre doit faire preuve d'une vigilance permanente face aux dérives qui nous guettent, et à ce titre, tout démocrate sur cette terre se doit d'être aux côtés d'Israël dans cette nouvelle épreuve. La paix entre Israéliens et Palestiniens viendra un jour. Dans l'attente de cette délivrance, nul n'est besoin de transformer la Conférence contre le Racisme en Conférence raciste.

* * * * *

Mais cette lettre est longue, Monsieur le Secrétaire Général, et il est temps de conclure.

J'Accuse les Etats musulmans et arabes, qui ont développé les 58 points de la réunion de Téhéran, d'incitation à la haine à l'égard d'Israël.

J'Accuse les artisans des 58 points de la réunion de Téhéran du refus de vivre pacifiquement aux côtés d'Israël.

J'Accuse les Etats qui soutiendront ces articles, à la Conférence Mondiale des Nations Unies contre le Racisme, la Discrimination raciale, la Xénophobie et l'Intolérance qui y est associée, de complicité dans le déni d'existence de l'Etat d'Israël.

Quant aux gens que j'accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n'ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance. Et l'acte que j'accomplis ici n'est qu'un moyen pour hâter l'explosion de la vérité et de la justice.

Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière, au nom de l'humanité en général, et du peuple juif en particulier, qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme.

Veuillez agréer, monsieur le Secrétaire Général, l'assurance de mon profond respect.


Les passages en italique (hors citations) sont repris de la lettre “J'Accuse...!” d'Emile Zola, publiée le 13 janvier 1898 dans L'Aurore.


Joël Rubinfeld est Président de l'Atlantis Institute

 
‹ Précédent   Suivant ›
Accueil  |  Publications  |  Contact  |  Newsletter  |  Plan du site