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17 mai 2001
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Retranscription de l'intervention d'Yves Roucaute à la manifestation du 17 mai 2001 devant l'ambassade du Vietnam, à Paris, afin de réclamer la libération du père Nguyen Van Ly

Alors que le vent de la liberté souffle sur le monde, alors que le mur de Berlin s’est écroulé, alors qu’un nouveau monde se construit, le Vietnam communiste a choisi, une nouvelle fois, de s’engager à reculons dans l’histoire.

Je vois dans l’arrestation du père Nguyen Van Ly, dans les violences qui lui ont été faites ainsi qu’aux fidèles venus pour l’écouter dire la messe, le signe que ce monde communiste a peur, qu’il sait son temps compté.

Cet acte barbare contre un homme d’église montre que le régime n’a plus aucun projet sinon celui, insensé, de continuer à contrôler les consciences en organisant le silence, pour retarder les échéances inéluctables, celles qui sonneront sa fin. La liberté de conscience effraye ce régime en fin de course qui n’a pas de conscience, elle le frappe au cœur, lui qui n’a pas de cœur.

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Nguyen Van Ly n’a pas été arrêté par hasard. Il est précisément le symbole de la liberté religieuse au Vietnam, le symbole des droits de l’Homme. Le signe que la vie, la joie et la liberté renaîtront au Vietnam.

Depuis 1975, date de l’arrivée au pouvoir du Parti communiste, ce prêtre a été pourchassé. Mis à résidence dans sa petite paroisse, près de Hué, il a osé opposer sa conscience à l’expropriation des terres de sa paroisse. Il a osé opposer sa conscience à la provocation du régime qui voulait construire un canal d’irrigation passant à travers l’église pour la détruire.

Droit de propriété de son corps et de ses biens, liberté d’expression, liberté religieuse, liberté de conscience, liberté de circulation,... : le père Nguyen Van Ly, dans son combat d’humble, incarne tous les droits individuels depuis 1975.

Et la répression n’a pas eu l’effet escompté. Malgré elle, le père Nguyen Van Ly a persisté à diffuser sa parole d’Amour et de Fraternité, de Justice et de Liberté. Il a continué sa défense des droits de l’Homme. Avec cette force tranquille qui caractérise les Justes.

Il n’a pas hésité, malgré les menaces, à diffuser l’année passée une « Déclaration sur les réalités de l’Eglise catholique  de Hue » pour alerter le monde sur une autre réalité, celle de ce monde communiste. Un monde présenté aux pays occidentaux sous des apparats avenants dans le seul but d’obtenir l’aide internationale sans laquelle il ne pourrait survivre.

Car le vrai visage de ce régime communiste, c’est la misère.

Misère économique et sociale d’abord. Ce régime a réussi, en quelques années, à transformer le Vietnam en l’un des pays les plus misérables de la planète. Alors que les Vietnamiens sont connus pour leur goût du travail et de l’effort, leur dynamisme individuel et leur soif d’entreprendre, ce régime les a réduit à l’état de nécessiteux, d’assistés de l’Etat.

Plus encore, le vrai visage du régime, c’est la misère spirituelle. Le parti y a traqué les coutumes ancestrales, les traditions religieuses et spirituelles, qui font l’admiration du monde, comme la gaieté et la tolérance qui faisaient la douceur du pays. Il a voulu détruire le « Vieil homme » pour construire l’Homme nouveau de l’Ordre nouveau.

Pour la même raison, il a empêché le surgissement de pensées novatrices, d’autant plus riches qu’elles sont nourries de culture passée et ouvertes sur les autres pays. Son Ordre nouveau a besoin de dogmes infalsifiables, de pensées fermées et non de débats et d’histoire.

Misère spirituelle, oui. Car plus personne, pas même au sommet de l’Etat, ne croit plus aux dogmes arrogants de cette pensée zéro. Pas même au sommet du parti, d’un parti corrompu qui a depuis longtemps jeté son  « marxisme » et qui tente de survivre par la terreur et l’aide internationale.

« Nous avons besoin d’une vraie liberté religieuse au Vietnam », tel est le titre de l’Appel du 24 novembre 2000 diffusé par le père Nguyen Van Ly. Car ce saint homme ne combat pas pour sa propre église. C’est la liberté de tous qu’il défend.

Et c’est aussi pourquoi le régime, qui a pu régner en divisant les oppositions autant qu’en les terrorisant, veut l’abattre. Il veut faire taire cette parole vraie, cette parole juste qui dit le droit universel à la liberté religieuse, sans laquelle il n’est pas de liberté de conscience, pas de droits civils et politiques individuels.

Depuis le 27 février 2001, le père avait été mis en résidence surveillée pour deux ans, avec interdiction d’assurer son ministère. Cela n’a pas suffi. Avec tranquillité, le père a poursuivi son chemin. Le gouvernement vietnamien a alors lancé contre lui une campagne nationale de calomnies, dans la presse écrite notamment, qui n’a pas cessé depuis. Puisqu’on ne pouvait l’empêcher de parler, il fallait que sa voix devienne inaudible.

Songe creux de la dictature communiste : le père resta entendu.

Et hier, il a été arrêté pour que sa voix ne troue plus ce monde des ténèbres.

Et c’est cela que nous refusons. Nous, cette parole humble, cette parole de charité, cette parole d’humanité, nous voulons l’entendre.

On me dit que les tyrans vietnamiens croient que resteront impunis leurs crimes contre l’humanité. Car, je le rappelle, la persécution religieuse est un crime contre l’humanité.

Je réponds qu’ils se trompent. Que toujours sonne l’heure des comptes.

Sur cette terre même, le Droit avance chaque jour davantage, au son de la liberté. Il acquiert la force qui lui manquait. La force qui permet de lézarder les murs de la honte.

A l’Association Justice Internationale et Liberté, nous avons fait nôtre cette formule : « La chasse aux tyrans est déclarée ouverte ».

Ce n’est pas une simple phrase : elle l’est, en effet.

Depuis 1994, sur le sol français, le code pénal a introduit la notion de « crime contre l’humanité », qui comprend les persécutions religieuses.

Au niveau international, le principe de la création de la Cour pénale internationale avance, déjà adopté par un grand nombre de pays.

L’ONU a créé le Tribunal pénal international sur le Rwanda et l’ex-Yougoslavie.

Je vous le dis mes amis, et j’en préviens les tortionnaires de la population vietnamienne : bientôt sera créé un Tribunal pénal international sur le Vietnam. Nous y jugerons les criminels qui se croient aujourd’hui à l’abri derrière leur rideau de fer. Nous les jugerons et les condamnerons.

Dés aujourd’hui, l’Association Internationale Justice et Liberté appelle les amis de la liberté, partout dans le monde, à se dresser pour exiger la libération du père Nguyen Van Ly et de tous les prisonniers de conscience. Pour exiger l’arrêt des persécutions religieuses contre tous ceux dont le seul crime est de prier.

L’Association Internationale Justice et Liberté appelle le Président de la République française et le Premier ministre à dénoncer cet acte barbare.

Aucun calcul ne peut justifier un crime contre l’humanité.

La liberté religieuse ne se monnaye pas.

Oui, Révérend-Père Nguyen Van Ly, nous sommes avec vous.

Nous ne vous oublions pas non plus, Patriarche Thich Huyen Quang, mis en résidence surveillée depuis 1982.

Vous non plus, Vénérable Thich Quand Do, harcelé par les comités populaires de la dictature communiste.

Nous ne vous oublions pas, vous les croyants de toutes religions, qui réclamez seulement le droit de vivre pacifiquement votre foi.

Nous ne vous oublions pas non plus, populations du Vietnam, qui vivez dans cet enfer carcéral.

A vous tous, nous disons : tenez bon, la liberté est en marche.

A vous tous, nous disons : la chasse aux tyrans est ouverte.

A vous tous, nous disons : gardez espoir, demain, le Vietnam renaîtra.


Yves Roucaute, professeur de droit public et de science politique à l'Universite Paris X, est Fellow à l'Atlantis Institute

 
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