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Tony Blair, bon exemple Imprimer Envoyer à un ami
Par Ivan Rioufol   
24 juin 2005
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LE FIGARO — Le grand déballage (suite). Provoqué par les nonistes et leur besoin de dire les choses, le discours iconoclaste gagne les Européens. Nombreux à se reconnaître dans le rejet français de la Constitution, ils pourraient bien, eux aussi, en venir à poser des questions inconvenantes. Notamment, sur la pertinence de l'axe franco-allemand qui, au nom d'un conservatisme social ouvert aux cultures exotiques, peine à représenter l'âme européenne. Est-ce bien de cette Union pépère dont rêvent les peuples ? Pas sûr...

La crise que connaît l'Europe, depuis le 29 mai puis le fiasco de la réunion de vendredi dernier sur le budget 2007-2013, a mis en lumière l'essoufflement du couple Chirac-Schröder, qui aura longtemps incarné la voie à suivre. C'est sous l'impulsion de cette alliance, au coeur de l'histoire européenne, que l'Union a développé une politique technocratique et une diplomatie angélique. Croyant être au diapason des peuples, elle s'est éloignée d'eux et de leur besoin de sécurité.

N'en déplaise aux cocardiers du moment – prêts à dénoncer le nationalisme en d'autres circonstances –, Tony Blair est le nouvel homme fort. Disqualifié par la doxa marxiste, qui ne lui pardonne pas son libéralisme ni son engagement contre l'« islam révolutionnaire », le premier ministre, réélu pour la troisième fois, récolte les fruits du courage en politique. Pour sa part, Chirac s'effondre dans les sondages (70% de mécontents selon le Journal du dimanche) et Schröder, malgré ses réformes, est donné perdant aux prochaines élections allemandes.

Ce nouveau rapport de forces s'impose aux idéologues. Il dément leurs propagandes annonçant régulièrement un Blair en sursis. Le travailliste se révèle un des réformistes ayant le mieux compris les attentes des électeurs. « La crise ne procède pas de l'incapacité des leaders européens à s'accorder entre eux », a-t-il expliqué lundi à la Chambre des Communes. « Elle résulte de leur échec à s'accorder avec les peuples de l'Europe à propos de leurs préoccupations ». C'est le coeur du sujet.

Que veulent les Européens ? Quel doit être le rôle de l'Union ? Où s'arrêtent ses frontières ? De quoi doit être fait son modèle social ? Hier à Bruxelles, devant les eurodéputés, Blair a invité à réfléchir à ces questions élémentaires avant de prendre la présidence de l'Union, le 1er juillet. De ces débats sortiront les réponses. Déjà, la politique agricole commune, qui absorbe 40% du budget de la Communauté au profit de 5% de la population et au détriment de la recherche, révèle son archaïsme.

Quand un système ne garantit plus ni travail ni protection, il doit être réformé. Le « modèle franco-allemand » (20 millions de chômeurs en Europe) en est là. Et il serait temps pour ses représentants d'en prendre conscience plutôt que de le défendre encore, en mettant en garde contre le « populisme » britannique. Blair a, sans doute, à apprendre de la France en matière de solidarité, et sa vision libre-échangiste d'une Europe ouverte, encore défendue hier, ne s'accorde pas avec la nécessité apparue d'une « préférence communautaire ». Mais sa réussite économique fait de lui un exemple.

Questions sur les États-Unis

Dans la série « On se dit tout » : Tony Blair a proposé dernièrement de réfléchir également aux liens que l'Europe devrait entretenir avec les États-Unis. Ce qui n'est pas superflu, tant le dressage antiaméricain, antilibéral, pacifiste, tiers-mondiste (le prêt-à-penser de l'ancienne Union soviétique, en somme) a rendu cette question sulfureuse en France. Comme l'expliquait, mardi à Tokyo, le patron de Nissan et Renault, Carlos Ghosn, le rejet de la Constitution se révèle effectivement un événement « sain pour le long terme », vu les débats que le non est en train de susciter dans le cadre du grand inventaire...

Les Français et la majorité de l'opinion internationale ont soutenu Jacques Chirac et Gerhard Schröder dans leur opposition à George W. Bush et à Tony Blair lors de la guerre en Irak. Aujourd'hui, il demeure apparemment incongru de douter de la légitimité de cette politique pacifiste et onusienne. Elle a cependant conduit Paris à baisser les armes devant le totalitarisme en Irak et à s'absenter du processus de démocratisation enclenchée, en dépit de la forte pression terroriste. En revanche, au nom de la politique pro-arabe du Quai d'Orsay, des liens ont été consolidés avec des despotes.

La nation, affaiblie intérieurement, est-elle sortie grandie de cette diplomatie du « soft power » ? L'humiliation subie par la France en Irak, où des confrères ont été longuement pris en otages, tempère l'image respectable acquise dans le monde arabo-musulman. Et quand les jeunes Iraniens dénoncent la tyrannie des intégristes, c'est aux États-Unis qu'ils en appellent. « On vit derrière un rideau de fer, celui du voile et de la religion (...) Il n'y a qu'une seule solution, l'intervention américaine », témoignait, vendredi dernier, un étudiant dans Libération.

Bref, la position française contre les États-Unis n'est pas aussi indiscutable que l'affirme le choeur politico-médiatique. Chirac a eu des arguments solides contre Bush. Cependant, il est loisible de se demander si la nation qui vit naître les droits de l'homme soutient efficacement le camp fragile des démocraties, devenues la cible d'une idéologie fondamentaliste n'ayant rien à envier aux idéologies communiste et nationale-socialiste du siècle dernier. Les Américains sont-ils réellement nos adversaires ? Le pouvoir n'a tiré que gloriole à le laisser croire.

Air de famille

Un néoconservatisme se lèverait-il en Europe ? Les critiques contre la Constitution, son absence de référence aux origines chrétiennes, ses frontières floues, ses choix pour le multiculturalisme et le relativisme des valeurs, ont révélé, en France, une résistance contre un emballement moderniste. L'attention portée par des nonistes à la protection de la nation et au respect de la souveraineté populaire ont confirmé ce réveil identitaire, plus clairement affirmé par les Pays-Bas. Les événements d'Espagne et d'Italie complètent cette réaction des mentalités.

En Espagne, le week-end dernier, des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Madrid pour protester contre la légalisation du mariage gay et du droit d'adoption, décidé par le gouvernement Zapatero. Au nom de la protection de la famille, ces manifestants ont défendu des devoirs et non plus des droits. Mobilisation à rapprocher de l'appel à l'abstention lancé par l'Église catholique italienne pour faire échouer – objectif atteint le 13 juin – le référendum facilitant l'accès à la fécondation assistée.

L'assemblage de ces éléments a un air de famille avec le nouveau conservatisme apparu aux États-Unis, dans le sillage d'une affirmation chrétienne, là-bas plus prononcée. S'observe en Europe, ici et là, un même désir de revenir à des valeurs universelles, en allant à contre-courant du matérialisme et du laïcisme. Et la religion est un des moteurs de ce réveil, comme l'a bien vu Nicolas Sarkozy déplorant, mardi, « la frilosité d'un certain nombre d'hommes d'Église ». « Vous n'avez pas à vous excuser de croire en ce que vous croyez », a-t-il déclaré.

Les aveux de Thierry Breton

L'air du temps : Thierry Breton, ministre de l'Économie, s'est engagé à son tour à appeler un chat un chat. « Le modèle social qui est le nôtre, auquel nous sommes si attachés, nous le finançons à crédit », a-t-il déclaré, mardi. « On a fait croire aux Français que l'on pouvait travailler moins et avoir un système plus protecteur, ce n'est pas vrai (...) Il faut dire la vérité aux Français : l'impôt sur le revenu ne sert pas à financer des écoles ou des hôpitaux : il ne sert pratiquement qu'à payer les intérêts de la dette ». La dette représente 17 000 euros par Français.

Mais n'est-ce pas suggérer l'avis de décès du « modèle français » que d'avouer que le pays vit au-dessus de ses moyens ? Ce que décrit Breton – et Sarkozy avant lui, lorsqu'il était à l'Économie – est la faillite de l'État-providence, que continue de défendre le gouvernement. Les solutions pour maîtriser les déficits sont connues. Elles passent par une réduction des dépenses de l'État, des collectivités locales, de l'assurance-chômage, de la Sécurité sociale. Elles invitent à réformer le Code du travail, les retraites, le temps de travail, etc. Cela s'appelle une économie libérale.

Saluons, néanmoins, l'honnêteté de l'homme politique quand il accepte « de ne plus prendre les gens pour des cons » (formule du sénateur UDF Jean Arthuis, entendue hier matin sur Europe 1). Les Français sont en attente d'autres aveux. Ainsi, lorsque l'Organisation internationale pour les migrations affirme, mardi, que les bénéfices issus de l'immigration sont supérieurs à ses coûts pour les pays d'accueil, il serait intéressant d'avoir accès aux chiffres des dépenses sociales, sanitaires, scolaires, sécuritaires, afin de les mettre en parallèle avec les recettes issues des impôts et des richesses créées. Trop d'organismes officiels ont truqué les réalités pour croire sur parole l'OIM.

Relaxe pour l'imam

L'ancien imam de Vénissieux (Rhône), Abdelkader Bouziane, a été relaxé mercredi, par le tribunal correctionnel de Lyon. Poursuivi pour avoir justifié la violence contre les femmes au nom du Coran, le tribunal a estimé qu'il n'appartenait pas « à une juridiction de faire une intrusion dans un domaine qui appartient à la conscience religieuse, au for intérieur d'une personne ». Un raisonnement qui revient à reconnaître la prédominance de la charia (loi islamique) sur les lois de la République. Alors que le professeur d'histoire Louis Chagnon s'est vu reprocher d'avoir critiqué Mahomet dans ses cours, cette compréhension pour les propos sexistes de l'imam n'en est que plus choquante. À remarquer cependant : l'indignation avec laquelle la relaxe a été accueillie. Le député maire PCF de Vénissieux André Gérin a même déclaré, mercredi : « Il serait temps de nettoyer la France de ces prédicateurs qui combattent la République au nom d'une idéologie intégriste et islamique qui nourrit le terrorisme ». Le parquet a fait appel.

« Populisme »

« Nettoyer » : le terme avait été employé lundi par Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, présent à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) après le meurtre d'un enfant de 11 ans. « Les voyous vont disparaître, je mettrai les effectifs qu'il faut mais on nettoiera la cité des 4 000 ». « Populisme » !, ont immédiatement hurlé les belles âmes. Toujours, chez elles, ce mépris du peuple.

 


Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro, est Senior Fellow à l'Atlantis Institute

 
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