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Le fréquentable Ariel Sharon Imprimer Envoyer à un ami
Par Ivan Rioufol   
13 janvier 2006
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LE FIGARO — Une glasnost extrait les Français du prêt-à-penser, comme elle a sorti jadis les Soviétiques de l'anesthésie. La parole libérée réhabilite, au passage, des infréquentables. Ariel Sharon, par exemple. Prendre la défense du premier ministre israélien brouillait des amis, tant le dressage antisioniste avait convaincu de la dangerosité du personnage. « Sharon égale Le Pen », disaient les manifestations. Mais le pilonnage résiste mal aux yeux qui s'ouvrent.

La brute décriée dissimulait, au moins depuis 2003, un homme de paix. Une mutation inconcevable pour ses plus farouches contempteurs : ils récusent encore ses bonnes intentions, malgré le démantèlement unilatéral des colonies israéliennes de Gaza, en août. Cependant, le bilan de l'homme d'Etat, retiré depuis son accident cérébral du 4 janvier, est à comparer à l'obstacle que fut Yasser Arafat dans le rapprochement des deux peuples.

Et pourtant : c'est le chef palestinien qui eut les faveurs du quai d'Orsay et des funérailles tricolores en novembre 2004. C'est ce symbole de la cause tiers-mondiste qui fut soutenu par la gauche et l'extrême gauche, unies dans un même tropisme pro-arabe comblant d'aise antisémites, négationnistes et excités des cités. C'est le leader au double discours qui fit passer les fanatiques bombes humaines pour d'honorables résistants.

Israël, malgré ses fautes, ne méritait pas tant de mépris. Présenté comme un Etat autiste par des « humanistes » insensibles au nihilisme des « Fous de Dieu », cet îlot occidental offre d'ailleurs, chaque jour, une leçon d'ouverture, en dévoilant l'état de santé de Sharon. En comparaison, la communication sur l'accident vasculaire de Jacques Chirac, en septembre, se rapproche de l'opacité sur l'hospitalisation d'Abdelaziz Bouteflika.

Ce qui se laisse voir est une démocratie refusant de se soumettre à un totalitarisme qui, attisant la compréhensible désespérance palestinienne, exige la disparition de l'Etat hébreu. Et la voie prémonitoire ouverte par Sharon invite à poursuivre malgré tout le pari d'une cohabitation avec un islam modéré, dans le cadre d'un Etat palestinien ayant recouvré ses territoires. Cet enjeu mérite mieux que les slogans anti-impérialistes repris par les héritiers de la défunte URSS.

Défaite en Irak ?

Le changement d'opinion sur Ariel Sharon annonce-t-il une semblable interrogation sur l'antiaméricanisme – inséparable de l'antisionisme dans la « mise au moule » (Mao Tsé Toung) du discours militant – et sur l'unanimisme contre la politique de Georges Bush au Moyen-Orient ? La force de conviction des défaitistes rend cette perspective aléatoire. Pourtant, des événements observables en Irak pourraient bien corriger l'histoire d'un fiasco tenu pour acquis.

Les anti-Bush répètent qu'une démocratie ne s'impose pas par la force (en dépit des exemples fournis, après la Deuxième Guerre mondiale, par l'Allemagne, l'Italie, l'Autriche, le Japon). Il est pourtant aisé de constater que la démocratie n'a cessé, depuis 2003, de progresser en Irak : le pays a la presse la plus libre du monde arabe ; en janvier 2005, trois consultations ont eu lieu, qui ont connu des taux de participation croissant malgré les interdictions intégristes.

Contrairement aux prédictions, la Constitution a été adoptée par référendum en novembre. Les sunnites se sont ralliés, le 15 décembre, aux élections à l'Assemblée nationale. Ni le choc des civilisations, ni le soulèvement de la rue arabe, ni le détournement du pétrole, ni la guerre civile, ni la libanisation du pays n'ont eu lieu, à ce jour. Les anti-Bush ne peuvent se raccrocher qu'à la persistance du terrorisme, mené par des islamo-fascistes et des nostalgiques de Saddam Hussein, de plus en plus coupés du peuple.

Thierry Wolton, dans son livre 4e guerre mondiale (Grasset) : « Avec les élections en Afghanistan et en Irak, avec le retrait syrien du Liban et le retrait israélien de la bande de Gaza, avec le scrutin municipal en Arabie saoudite, avec au Koweït le droit de vote accordé aux femmes, les choses ont commencé à bouger dans le monde musulman depuis que les Américains y sont intervenus ». Les augures soutiennent désormais que les processus démocratiques profiteront à l'islamisme radical. Les arabo-musulmans seraient-ils donc voués à l'obscurantisme ? Evidemment, non.

Quand l'école capitule

C'est le choix de la résistance qui rassemble Sharon et Bush et qui indispose, dans l'Europe pacifiste et complaisante, ceux qui sont prêts à capituler devant une barbarie jugée excusable. Les commentaires occidentaux ne veulent s'arrêter qu'aux erreurs commises par les deux hommes, en négligeant de désigner le véritable adversaire, si bien représenté par le nazi iranien Ahmadinejad. Le réveil de l'esprit critique saura-t-il susciter l'indignation ?

Comment admettre, autre exemple, la passivité de la hiérarchie éducative devant la série d'agressions verbales, dont une menace de viol et de mort, subies durant ses cours par Karen Montet-Toutain, enseignante en arts plastiques à Etampes ? Par la suite, elle allait être poignardée sept fois par un élève. Mardi, la jeune femme a dénoncé « l'omerta » de sa direction et de l'inspection d'académie. Faudra-t-il l'assassinat d'un enseignant pour que l'Education nationale sorte de sa torpeur ?

Eloge du mauvais esprit

Dominique de Villepin a ironisé, mardi, sur les « déclinologues ». A tort. Ces mauvais esprits devraient plutôt le rassurer sur l'état mental d'un pays qui renoue avec les philippiques et les pamphlets. Autrement plus préoccupants sont ces « mitterrandolâtres » adeptes du béni-oui-ouisme et de l'autocongratulation. Mais qui les moque ?


Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro, est Senior Fellow à l'Atlantis Institute

 
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