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Les stratégies opaques de Kim Jong-il Imprimer Envoyer à un ami
Par Pierre Rigoulot   
4 juin 2005

LE FIGARO — L'Irak, la campagne pour la Constitution européenne, nos grèves à répétition, détournent souvent, et de manière bien compréhensible, l'attention des médias d'un grave problème: la possession de bombes nucléaires par la Corée du Nord.

Nous sommes peut-être pourtant à l'aube d'une crise extrêmement grave car Kim Jong-il fait comme s'il préparait un essai nucléaire, contre l'avis de la Chine et contre celui des Etats-Unis.

Sans doute peut-on se rassurer à bon compte: la possession d'une bombe qui fonctionne ne signifie pas que la Corée du Nord va la jeter sur ses voisins. Il s'agit probablement, surtout, pour Kim Jong-il, d'accéder au club restreint des dirigeants de puissances nucléaires, satisfaisant ainsi son délire de toute-puissance.

Et puis la vitrification de la Corée du Nord serait la conséquence quasi immédiate d'une attaque nord-coréenne contre la Corée du Sud ou le Japon. Les dirigeants de Pyongyang, qui connaissent ce scénario, ne devraient donc pas “passer à l'acte”.

Hélas, on ne peut être sûr à 100% que la Corée du Nord, après les avoir testés, ne lancera pas ses engins de mort. Ni à 100% que les Etats-Unis riposteront à une attaque antijaponaise ou anti-sud-coréenne de la part de Pyongyang. D'où le souhait de certains milieux sud-coréens et japonais de voir leur pays acquérir également – et préventivement – la bombe nucléaire à des fins de dissuasion.

Ce qui ne réjouit guère la Chine, on s'en doute. Aussi y a-t-il probablement plus de Corée du Nord que l'on croit dans les dernières manifestations antijaponaises. Par leur biais, la Chine tente de déconsidérer à l'avance ce qu'elle appelle le “militarisme japonais” pour ne pas avoir à payer les conséquences de son refus de forcer la Corée du Nord à abandonner ses projets nucléaires.

Il faut pourtant que la Chine choisisse entre le beurre et l'argent du beurre. Ou bien elle accepte une bombe nord-coréenne, donc une bombe japonaise, ou bien elle coupe, avec le risque de déstabilisation que cela comporte, toute aide économique à la Corée du Nord pour que cette dernière renonce à ses dangereux fantasmes.

On le voit, l'arme nucléaire nord-coréenne est moins dangereuse en tant que menace directe qu'en tant qu'elle incite ses voisins à la prolifération.

Si l'on ajoute que la bombe nord-coréenne est aussi une calamité pour son propre peuple, écrasé par une armée qui rafle les ressources d'un pays déjà exsangue après quelques décennies de gestion communiste stalinienne, on conçoit qu'on puisse être indifférent à la souveraineté nationale invoquée par ce régime totalitaire, dangereux, affameur et liberticide, et qu'au nom du droit d'ingérence en faveur d'un peuple menacé de mort on approuve tout ce qui interrompra la mise sur pied de l'arme nucléaire nord-coréenne.

Y compris une frappe ciblée sur les sites de production si les Nord-Coréens procédaient à un essai. Cette “solution”, une de celles qu'envisage le Pentagone, est heureusement connue de Kim Jong-il. C'est pourquoi on peut espérer que les travaux repérés récemment par satellites procèdent plus d'un bluff que de la préparation véritable d'un test.


Pierre Rigoulot, écrivain et philosophe, est Fellow à l'Atlantis Institute

 
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