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“El Caballo” s'emballe Imprimer Envoyer à un ami
Par Pierre Rigoulot   
6 avril 2007

LE MONDE — Fidel Castro vient d'affirmer en première page de Granma, l'organe du Parti communiste cubain, qu'élaborer des combustibles alternatifs comme l'éthanol à partir de matières premières végétales provoquerait la mort, par la faim et la soif, de trois milliards de personnes dans le monde. Et de proposer sa solution pour répondre aux changements climatiques et aux économies d'énergie nécessaires pour les freiner: remplacer les ampoules incandescentes par des fluorescentes.

Le vieux dirigeant cubain renoue ainsi avec les bouffées délirantes qui l'emportent de temps en temps. Il décréta ainsi que des marais du sud du pays devaient être asséchés pour y développer la culture du riz. On tenta de le raisonner, mais rien n'y fit, et Cuba paya fort cher une société scandinave, avant d'abandonner le projet. Il imagina aussi le “météotron”, un appareil à énergie solaire destiné à faire pleuvoir. Le projet est aujourd'hui rangé dans des tiroirs d'où il n'aurait jamais dû sortir.

Il voulut encore transformer les zébus cubains en les croisant avec des vaches hollandaises. Il assommait alors ses auditoires avec de longues considérations sur l'insémination artificielle. Ce fut un échec et il fallut renoncer à la nouvelle race bovine promise. Fidel Castro prétendit encore planter des caféiers qui n'avaient pas besoin d'ombre - ils grillèrent - et des bananiers qui n'avaient pas besoin d'éviter les zones humides. Ils pourrirent.

Fidel Castro s'enticha des oeuvres d'André Voisin, un Dieppois auteur de Sol, herbe et cancer et de quelques autres ouvrages de ce style. Ce malheureux ingénieur agronome mourut quelques semaines après avoir débarqué à Cuba, en décembre 1964, sans avoir bouleversé l'agriculture de l'île. Fidel Castro exigea malgré tout qu'on en fît un héros, fêté dans son île comme un bienfaiteur.

On s'interrogeait depuis quelque temps sur les différents scénarios politiques cubains auxquels on pouvait s'attendre dans les prochains mois. Mais l'histoire est toujours plus riche que notre imagination. Et l'on n'avait guère pensé jusqu'ici à cette possibilité: un Castro toujours vivant, mais fantasque, imposant ses délires en guise de stratégie à la manière de l'empereur Bokassa de Centrafrique.

El Caballo” - le Cheval - est un des surnoms que les Cubains donnaient à Castro. Il semble que le Cheval s'emballe. Si le char de l'Etat castriste est tiré par un cheval fou sans que personne n'ose prendre les rênes, les malheureux Cubains ont bien du souci à se faire pour leur proche avenir...


Pierre Rigoulot, écrivain et philosophe, est Fellow à l'Atlantis Institute

 
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