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Trente propositions pour gagner “la guerre contre le terrorisme” Imprimer Envoyer à un ami
Par Claude Moniquet   
24 mars 2004
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ESISC — Dans les jours et les semaines à venir, autorités nationales et européennes se réuniront pour tenter de mettre sur pied une stratégie gagnante contre le terrorisme. Depuis l’attentat de Madrid, un certain nombre de propositions ont d’ores et déjà été mises sur la table et certaines, comme la création d’une “CIA européenne” ont, fort heureusement, été rejetées (nous avons déjà expliqué par ailleurs en quoi cette “fausse bonne idée” ne servait à rien si ce n’est à amener plus de confusion encore dans le paysage anti-terroriste et à compliquer la transmission du renseignement et les circuits de prise de décision).

Chacun doit être conscient que toute stratégie antiterroriste suppose l’articulation de trois types de politique - sécuritaire, internationale et socioculturelle - et que ces politiques montreront leurs effets dans les court, moyen et long termes. En d’autres termes, des mesures purement sécuritaires sont des conditions nécessaires mais non suffisantes du succès. Elles ne permettront pas de vaincre le terrorisme si elles ne s’accompagnent pas de décisions et de réformes à long terme. En revanche, privilégier une politique de changements à long terme en négligeant ou en mésestimant les aspects purement sécuritaires de la lutte reviendrait à s’exposer gravement à la menace.

Plus que jamais, enfin, le “parler vrai” est une nécessité, ainsi que l’a démontré, a contrario, la gestion de la crise de Madrid par les autorités espagnoles. Les citoyens ont droit à la vérité. Et cette vérité est dure: la crise terroriste actuelle sera longue (elle pourrait durer, encore, plusieurs années), il y aura encore des attentats, peut-être terribles. La route est longue mais il n’est pas écrit que la démocratie soit condamnée à perdre…

La lutte anti-terroriste et la riposte à court terme

1. Certains pays européens ne disposent toujours pas, à ce jour, de législation anti-terroriste spécifique. Nous estimons qu’il y a lieu de combler cette lacune. Il a été prouvé, dans les pays où cette législation existe, comme en France, que celle-ci fait considérablement progresser la répression des activités terroristes. L’adoption d’une législation anti-terroriste homogène par les Etats membres devrait donc être considérée comme une priorité par les 15 et, demain, par les 25. Seul ce cadre légal commun permettra aux services européens de collaborer efficacement.

2. Cette législation anti-terroriste, pour être efficace doit s’accompagner, dans les pays qui n’en disposent pas, de lois autorisant des mesures “technique” qui sont le gage de la réussite: possibilité de pratiquer des écoutes téléphoniques “de sécurité” (non couvertes par un juge), rallongement de la garde à vue pour les crimes et délits liés au terrorisme, etc.

3. Le mandat d’arrêt européen doit, effectivement, être appliqué par les Etats membres.

4. L’Europe s’est dotée d’une “liste noire” des organisations terroristes. Les organisations portées sur cette liste et leurs membres doivent effectivement se voir infliger les restrictions de mouvements et autres mesures d’interdiction prévues (interdiction de toute activité, gel des comptes et des avoirs, interdiction de déplacement, etc.). Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

5. L’Europe manque d’une coordination centrale de la lutte anti-terroriste. Cette mission avait été confiée, en partie, à Europol. Etant donné la nature, la composition et les habitudes de travail de cette organisation, nous estimons que ce choix n’est pas judicieux et devrait être revu.

6. Un nouveau centre de coordination européen devrait, entre autres choses, être chargé d’une mission de coordination et d’analyse, et de la production d’un rapport d’évaluation quotidien sur l’exemple du Daily Threat Matrix secret édité par le Terrorist Threat Integration Center aux Etats-Unis. Il ne s’agit pas ici de créer une “CIA européenne” (chargée de récolter et de traiter le renseignement), mais bien de mettre sur pieds un centre d’évaluation des menaces et de coordination.

7. Le renseignement doit être privilégié. Une grande part des succès de la lutte anti-terroriste repose sur l’acquisition de renseignements pertinents en temps réel. Cet aspect des choses, qui permet d’éviter des attentats, doit être privilégié. Les moyens matériels et humains dont sont dotés les services de renseignement nationaux en matière de contre-terrorisme doivent être accrus et les échanges entre services fortement encouragés.

8. Il arrive que, pour des raisons “culturelles”, services de police et de renseignement ne collaborent pas pleinement. Cette collaboration doit, donc, être intensifiée et contrôlée.

9. Il y a lieu de recruter dans les services de police spécialisés et les services de renseignement davantage de nationaux d’origine allochtone qui maîtrisent à la fois la langue, la culture et les coutumes de leurs pays d’origine. Ces recrutements, évidemment précédés des enquêtes de sécurité d’usage, amélioreront les performances des services concernés.

10. Dans chaque unité de police de base (commissariat), un officier devrait être formé de manière à être plus sensible aux questions touchant le terrorisme. Il pourrait ainsi détecter les “signaux faibles” perceptibles sur le terrain et devant être transmis aux services concernés, et serait à même de dresser un tableau local de la menace.

11. En ce qui concerne les armes de destruction massive, leur conception et les matériaux entrant dans leur fabrication, un effort particulier devrait être fait en vue de sensibiliser les milieux industriels et scientifiques à certaines procédures de sécurité. Des contrôles du commerce de ces matériaux devraient être instaurés. Il y aurait lieu de pousser la communauté scientifique à adopter une attitude prudente dans les publications relatives à ces matières.

12. L’ensemble des infrastructures sensibles et des cibles potentielles devrait être clairement identifié dans chaque Etat membre, une évaluation du risque précis réalisée et un plan de sécurité, même sommaire, mis au point. Dans ce cadre, les rapports entre le secteur privé et les services compétents devraient être vivement encouragés et codifiés.

13. Dans les secteurs économiques particulièrement ciblés ou sensibles (tourisme, industrie agro-alimentaire, énergie, transports, etc.), des spécialistes devraient être formés et des procédures de sécurisation mises en place et testées.

14. Dans le même ordre d’idées, l’ensemble des procédures de sécurité devrait faire l’objet de tests réguliers (y compris des exercices surprises) et d’une mise à jour permanente.

15. Nous estimons nécessaire d’instaurer des relations étroites entre les services de police et de renseignement, les universités et les centres de recherche indépendants. Cette coopération a fait ses preuves, de longue date, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Les services compétents pourront ainsi bénéficier de l’expertise qui leur est nécessaire pour mieux percevoir le contexte dans lequel évolue le terrorisme islamique.

16. Dans le même ordre d’idées, nous pensons qu’un centre privé (sous statut d’ONG) susceptible de créer un véritable réseau international de chercheurs et de centres spécialisés devrait être créé à Bruxelles, capitale de l’Europe.

17. Au plan international, il y a lieu de collaborer activement avec les gouvernements alliés afin de réduire les zones de non droit qui peuvent abriter des camps de formations et autres infrastructures lourdes (Tchétchénie, certaines parties de la Géorgie, etc.).

18. Il y a lieu d’encourager les pays arabo-musulmans à entamer rapidement les réformes socio-économiques qui permettront un meilleur partage des richesses et plus de justice sociale. Des réformes politiques devraient suivre et amener, progressivement, à permettre l’expression politique normale dans ces pays. Ces mesures socio-économiques et politiques permettront de faire baisser les tensions et de limiter ainsi l’attractivité et le potentiel de recrutement de la mouvance du djihad.

La riposte à moyen terme: gagner la guerre des idées

L’islamisme radical progresse, en Europe comme ailleurs, grâce à la force de séduction qu’il a acquise auprès des intellectuels désenchantés et des exclus. Il n’y a, pourtant, là, aucune fatalité.

19. Nous pensons que de larges efforts devraient être faits en matière d’information, pour mettre en relief la supériorité et les avantages du modèle démocratique qui est le nôtre. De même, devrait être mis en avant, de manière systématique, tout l’intérêt que le monde en voie de développement aurait à se rapprocher de ce modèle. Ces efforts pourraient se concrétiser, notamment à travers des échanges d’intellectuels, d’artistes et de journalistes. Pour centraliser ces efforts et leur donner la puissance nécessaire, une Agence culturelle européenne pourrait être créée.

20. Nous estimons que les femmes et les jeunes filles peuvent être un vecteur naturel de cette information et, donc, un puissant facteur de changement et de démocratisation. Aussi bien dans les communautés musulmanes d’Europe que dans le monde arabo-musulman lui-même, des programmes spécifiques destinés aux jeunes filles et aux femmes devraient être multipliés tandis que l’information plus générale insisterait sur l’importance du respect des droits des femmes.

21. L’un des problèmes fondamentaux du monde arabo-musulman est l’absence de laïcité et la séparation de la mosquée et de l’Etat. Les intellectuels arabo-musulmans travaillant dans ce sens devraient être encouragés, y compris matériellement, par l’octroi de bourses ou l’organisation de tournées de conférences en Europe.

22. Nous pensons qu’il y aurait lieu, entre autres, d’encourager la représentation, au plan national, des citoyens appartenant à la communauté musulmane mais n’étant pas eux-mêmes croyants ou pratiquants. Il n’y a aucune raison que seuls les religieux aient le monopole de la représentation de la “communauté musulmane”. Exemple pourrait être pris sur la communauté juive qui, dans certains pays (comme la France et la Belgique) est représentée par le Consistoire israélite pour toutes les questions liées au culte et par d’autres organisations (CRIF, CCOJB, etc…) pour toutes les autres matières.

23. Au niveau de la représentation religieuse des communautés arabo-musulmanes, il y a lieu de favoriser, chaque fois que possible, le dialogue avec les responsables engagés dans une démarche de “modernisation” de l’Islam et de ne pas encourager les représentants liés à l’Arabie saoudite ou, à l’inverse, proches des “Frères musulmans” et autres organisations représentant la même idéologie.

24. Dans les écoles, des cours pourraient être consacrés à l’histoire de l’immigration, de manière à sortir les jeunes d’origine immigrée de leur ghetto, à les valoriser à leurs propres yeux et aux yeux de leurs condisciples, et à pouvoir développer des modèles positifs.

25. La démocratie ne peut s’imposer, mais nous estimons que les accords de coopération internationale devraient faire une large part à l’obligation de démocratisation, de promotion de la société civile et de respect des droits des femmes pour bénéficier de certaines politiques et aides.

26. Mais les mesures positives ne suffisent pas: à l’intérieur de ses frontières, l’Europe devrait se doter d’un arsenal juridique lui permettant de poursuivre les appels à la haine et à la violence et autres manifestations verbales ou écrites extrémistes, où qu’elles soient exprimées, y compris dans les mosquées.

27. De même les CV des imams, des enseignants de religion islamique et des visiteurs de prison devraient être contrôlés. On sait que les wahhabites dépensent, par exemple, énormément d’énergie dans les prisons et y jouent un rôle pernicieux.

28. De manière générale, tout devrait être fait pour limiter et isoler autant que faire se peut, tant en Europe que dans le monde, l’influence de l’Arabie saoudite sur le monde musulman.

Si le pire arrive

29. Il est nécessaire de former, dans les hôpitaux et les services de secours, des professionnels capables de faire face aux besoins cliniques et psychologiques spécifiques des victimes d’actes de terrorisme.

30. L’assistance aux victimes des actes de terrorisme devrait être revue de manière à être plus souple, plus rapide et plus importante. Des efforts particuliers devraient être faits dans le domaine de l’assistance psychologique.


Claude Moniquet, président de l’ESISC, est Senior Fellow à l’Atlantis Institute

 
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