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La piste islamiste dans les attentats de Madrid Imprimer Envoyer à un ami
Par Claude Moniquet   
11 mars 2004
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ESISC — En début d’après-midi, ce jeudi 11 mars 2003, les autorités espagnoles semblaient toujours privilégier la piste de l’ETA dans les attentats qui ont provoqué un véritable carnage à Madrid.

Même si la plus grand prudence s’impose, cette hypothèse, toutefois, nous semble discutable.

Ce qui milite contre la piste “ETA”

Cinq raisons majeures permettent de douter de la pertinence de l’implication d’ETA dans les attentats de ce jeudi:

1. En règle générale, ETA prévient les autorités avant de déclencher des attentats pouvant toucher les civils. Cela n’a pas été le cas ce jeudi.

2. Depuis plusieurs années, ETA cible les représentants de l’autorité – policiers, magistrats – les politiques ou les journalistes.

3. Lorsqu’elle frappe des “cibles” qui ne sont pas des individus, ETA privilégie des lieux symboliques: casernes, commissariats, bâtiments administratifs, etc.

4. ETA revendique toujours ses attentats.

5. ETA n’a jamais pratiqué le “ciblage multiple” (plusieurs cibles frappées simultanément ou dans un court laps de temps) dans son histoire.

Ce qui milite en faveur de la piste islamique

Quatre éléments semblent plutôt indiquer la piste de la “mouvance du Djihad”:

1. Le “ciblage multiple” est une “marque de fabrique” des attentats islamistes, qu’ils soient le fait d’Al Qaïda ou d’une autre branche ou organisation de la “mouvance du Djihad”. Les précédents sont connus: attentats contre les ambassades américaines au Kénya et en Tanzanie le 7 août 1998, New York et Washington le 11 septembre 2001, Bali, Casablanca, Riyad, Istanbul, l’Irak. Autant de lieux où cette technique a été utilisée avec succès.

2. De même, l’attentat-massacre est une technique appréciée des djihadistes.

3. L’Espagne est une “cible légitime” pour la mouvance du Djihad: elle est étroitement alliée aux Etats-Unis, elle a soutenu la guerre en Irak et elle participe, avec les forces de la coalition, à la reconstruction de ce pays.

4. Depuis 2001, plusieurs réseaux islamistes liés à la mouvance du Djihad ont été démantelés en Espagne, ce qui témoigne d’une forte implantation locale.

Nous nous permettons de rappeller que:

1. Dans notre étude “Al Qaïda et la mouvance du Djihad, deux ans après le 11 septembre 2001”, nous classions l’Espagne en huitième position sur la liste des “pays occidentaux les plus menacés par la mouvance du Djihad”.

2. Dans une note plus récente, publiée le 2 mars dernier, nous soulignions que les pays participants aux efforts de la coalition en Irak (y compris l’Espagne) pouvaient s’attendre à être les cibles d’attentats islamistes sur leur propre sol.

La signification des attentats de ce matin

Si les attentats sont liés à ETA – ce qui, répétons-le, nous semble discutable -, cela coupera définitivement de toute sympathie populaire une organisation qui était déjà rejetée par la majorité des Espagnols et des Basques. Cet épisode sanglant marquerait probablement un tournant dans l’histoire d’ETA et le début d’une dégénérescence peut-être mortelle pour cette organisation. Il est probable que même en son sein, des voix s’élèveraient pour condamner cette action barbare que les plus extrémistes des Etarras eux-mêmes pourraient juger totalement contre-productive. Par ailleurs, les sympathisants d’ETA perdraient toute chance de pouvoir faire entendre la voix de la “branche politique” de l’organisation.

On ne peut donc pas exclure que, si l’ETA est responsable de ces attaques, elle tente, dépassée par leur horreur, de jeter un rideau de fumée pour tenter de semer le doute sur les véritables commanditaires du carnage.

Si, au contraire, comme nous le croyons, c’est la piste de la mouvance du Djihad qui est la bonne, il s’agit d’un succès majeur pour elle: depuis septembre 2001, Al Qaïda et la mouvance du Djihad avaient vainement tenté de frapper aux Etats-Unis et en Europe. Ce serait donc chose faite et les djihadistes auraient prouvé qu’ils restaient maître de la manœuvre.

Pour l’Union européenne, en revanche, il s’agit d’un signal fort et inquiétant: en s’attaquant à l’Espagne, les terroristes ne s’en sont pas pris à un “maillon faible”: ce pays est confronté de longue date au terrorisme, la police et les services de sécurité y sont bien rodés et efficaces, les mesures de sécurité sont très réelles et avaient, encore, été renforcées à l’approche des élections. Bref, le message doit être compris et analysé: si les djihadistes peuvent frapper à Madrid, alors, ils peuvent probablement frapper partout dans l’Union européenne…


Claude Moniquet, président de l’ESISC, est Senior Fellow à l’Atlantis Institute

 
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