Accueil arrow Who's Who arrow Claude Moniquet arrow L'attentat anti-américain de la bande de Gaza pourrait m...
L'attentat anti-américain de la bande de Gaza pourrait marquer un tournant dans la crise israélo-palestinienne Imprimer Envoyer à un ami
Par Claude Moniquet   
15 octobre 2003
moniquet.jpg

ESISC — Ce mercredi 15 octobre pourrait marquer un tournant dans la crise israélo-palestinienne. Dans la matinée, un convoi de véhicules portant des plaques diplomatiques a été l’objet, près de Beit Lahiya, dans la bande de Gaza, d’un attentat qui a fait 3 morts et un blessé grave, tous américains. Tous avaient pris place dans un véhicule 4X4 immatriculé CD15-833-22.

Les morts et le blessé pourraient appartenir à l’une des sociétés de sécurité privées employées à la protection des diplomates américains dans les zones de conflit. Le convoi, lui, transportait, entre autres, une équipe de la CIA.

1. Quelques éléments sur la présence de la CIA dans la zone de conflit israélo-palestinien

Le convoi aurait pu, semble-t-il, transporter une équipe d’experts de la CIA. Depuis plusieurs années, suite à la proposition faite par Georges Tenet, alors Director of Central Intelligence, des officiers de la centrale de renseignements américaine sont, ouvertement, à pied d’œuvre au Proche-Orient. Ils n’y remplissent pas, à proprement parler, une mission de renseignement mais servent, tout à la fois, d’observateurs, de conseillers et d’intermédiaires dans le but d’aplanir les difficultés entre les services de sécurité israéliens et palestiniens.

Cette « intrusion » de la CIA dans la sphère purement politique avait été souhaitée par le président Bill Clinton et confirmée par Georges W. Bush. A plusieurs reprises, lors de sommets à Camp David comme à Sharm El Sheikh, Georges Tenet avait avancé diverses propositions qui furent synthétisées dans le « Plan Tenet » (référence y est souvent faite sous l’intitulé suivant : « Israeli-Palestinian ceasefire and security plan, proposed by CIA director Georges Tenet ») entré en vigueur le 13 juin 2001. Malgré les fréquentes ruptures du « cessez-le-feu », le « Plan Tenet » est resté en vigueur, dans ses lignes principales, jusqu’à ce jour.

Ainsi, les experts de la CIA :

  • Ont mis en place un système de vidéo-conférence destiné à faciliter le dialogue entre responsables israéliens et palestiniens de la sécurité ;
  • Supervisent et contrôlent les « procédures spécifiques » qui permettent d’assurer la protection des personnels de sécurité israéliens et palestiniens se déplaçant dans des zones « à l’extérieur de leur contrôle respectif » ;
  • Supervisent l’échange de renseignements opérationnels entre les services de sécurité des deux parties et se livrent à une évaluation de la manière dont ces renseignements sont traités ;
  • Mettent au point et supervisent des Joint Standard Operating Procedures (SOP’s) qui permettent aux services des deux parties de coopérer en cas d’incidents sécuritaires ;
  • Rendent compte, bien évidemment, en temps réel, à leur centrale et aux plus hautes autorités américaines de la réalité de terrain ;
  • Etc.

La présence dans la région de ces experts peut et doit donc être vue comme une mesure contribuant à diminuer l’intensité de la crise en permettant aux spécialistes de la sécurité des deux parties de continuer à dialoguer et à coopérer.

2. La signification de l'attentat de ce 15 octobre et ses conséquences probables

Que le convoi ait été un convoi d’experts de la CIA ou un « simple » convoi diplomatique américain, ceux qui l’ont visé savaient parfaitement à qui ils s’attaquaient. C’est l’Amérique et le processus de paix qui étaient visés.

Outre le fait que les terroristes semblent vouloir empêcher le travail des observateurs étrangers, cette attaque démontre que les Etats-Unis sont, pour les terroristes islamistes de Palestine, une cible aussi légitime que les Israéliens. Il y a peut-être, là, le début d’une nouvelle et dangereuse « internationalisation » du terrorisme palestinien.

De plus, ce convoi était placé sous la protection effective de policiers et de membres des services de sécurité palestiniens. Les terroristes ont donc défié ouvertement l’Autorité palestinienne et pris le risque de blesser ou de tuer des représentants de cette Autorité.

On remarquera toutefois que ce n’est pas la première fois que les intérêts américains sont visés dans une attaque terroriste. Au printemps dernier déjà, deux « kamikazes » avaient tenté de prendre pour cible l’ambassade américaine à Tel-Aviv. Il y a trois mois, par ailleurs, un attentat avait déjà visé des véhicules diplomatiques américains, dans la bande de Gaza et à peu de choses au même endroit qu’aujourd’hui, mais n’avait pas fait de victimes.

Etant donnée l’importance symbolique et la gravité de l’action terroriste de ce jour, on peut estimer qu’elle a été soigneusement pensée et ordonnée au plus haut niveau de(s) l’organisation(s) terroriste(s) concernée(s). Cette volonté d’internationaliser la crise et de frapper directement les Etats-Unis, partie internationale la plus puissante et la plus impliquée sur place, ne restera pas sans conséquence. 

On soulignera que cette attaque intervient alors que le Premier Ministre palestinien, M. Ahmad Qoreï est en butte à de fortes pressions pour accepter la nomination comme ministre de l’Intérieur d'un proche de M. Yasser Arafat, ce qui permettrait à ce dernier de garder la haute main sur la sphère sécuritaire.

On remarquera que l’Autorité palestinienne a immédiatement condamné cet attentat. On soulignera toutefois que la communauté internationale attend moins de l’Autorité palestinienne des condamnations sans effet qu’une action décisive pour empêcher les attaques.

Pour les experts de l’ESISC, il ne fait guère de doute que :

  • L’attaque délibérée contre des ressortissants américains protégés par leur fonction diplomatique et se déplaçant dans des véhicules diplomatiques dûment identifiés va pousser Washington à exercer une pression maximale sur M. Yasser Arafat pour qu’il laisse fonctionner convenablement le gouvernement de M. Ahmad Qoreï ;
  • L’Autorité palestinienne va être obligée de prendre, à court terme, des mesures décisives et, à ce jour, toujours différées contre les organisations armées palestiniennes, quelles qu’elles soient.
  • Par ailleurs, cette action va renforcer les positions de ceux qui, en Israël, affirment que M. Yasser Arafat, au mieux, ne contrôle plus la situation et, au pire, l’aggrave. Son éviction de la scène politique va également devenir une option qui, si les mesures adéquates n’étaient pas prises par l’Autorité palestinienne, pourrait recevoir le soutien au moins tacite de Washington et devenir, de ce fait, inéluctable.

Claude Moniquet, président de l'ESISC, est Senior Fellow à l'Atlantis Institute

 
‹ Précédent   Suivant ›
Accueil  |  Publications  |  Contact  |  Newsletter  |  Plan du site