Accueil arrow Who's Who arrow Frédéric Encel arrow “L'Occident laisse Israël faire le sale boulot”
“L'Occident laisse Israël faire le sale boulot” Imprimer Envoyer à un ami
18 juillet 2006
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est interviewé par Le Nouvel Observateur. Propos recueillis par Charlotte Lazimi.

Le Nouvel Observateur — Le gouvernement israélien assure que la guerre ne durera que quelques semaines, jusqu'à la libération des deux soldats enlevés par le Hezbollah. Comment peut-on avoir la certitude aujourd'hui que ces soldats sont encore en vie? Que signifie quelques semaines?

Frédéric Encel — Je suis persuadé que les soldats sont en vie et en bonne santé. Les membres du Hezbollah sont des fanatiques, mais ils ne sont pas fous. Ils n'anéantiraient pas leur seule véritable réussite, à savoir l'enlèvement des deux soldats en territoire israélien. Ces derniers n'ont de valeur que vivants pour un échange. Des négociations en sous-main ont probablement déjà commencé avec Israël. De plus, Israël n'a pas l'intention de faire durer ce conflit ad vitam eternam. Les Israéliens ont encore en mémoire la “Paix en Galilée” en 1982, qui fut pour eux un véritable cauchemar. L'armée israélienne avait fait état de 900 morts. Cette situation ne peut durer qu'à court ou à moyen terme. Le Premier ministre israélien Ehoud Olmert et son ministre de la Défense, qui n'avaient aucune expérience, ont pu faire preuve de fermeté. Les Israéliens cherchent actuellement une “désescalade”. Au fond, seul l'Iran a intérêt à jouer “la politique du pire”.

Quelle place Israël est-il prêt à accorder à l'Union européenne, la Russie et plus largement à l'Onu?

Israël cherche à impliquer les Européens et plus largement les occidentaux dans cette crise. Ce qu'il a à gagner, c'est une zone de sécurité contrôlée par des occidentaux qui auraient pour mission de désarmer le Hezbollah. La mansuétude dont font preuve l'Occident et la Russie à l'égard d'Israël vise à lui laisser faire le “sale boulot”. Le Hezbollah est en effet une courroie de transmission de l'Iran au Liban. Ils craignent que cette politique “pan-chiite” ne s'étende vers la Méditerranée. Cette évolution inquiète non seulement l'Occident mais aussi le monde arabe. Rappelons que l'Egypte, la Jordanie et l'Arabie Saoudite ont tous condamné l'incursion du Hezbollah en territoire israélien et l'enlèvement des soldats. Il s'agit d'une coalition diplomatico-militaire arabo-occidentale. D'ailleurs, la Syrie est le seul Etat arabe allié de l'Iran, et ce pour des raisons idéologiques et logistiques dans leur lutte contre Israël.

L'attaque du Hezbollah est intervenue précisément la veille d'une réunion fondamentale sur le dossier du nucléaire iranien. La concomitance est explicite.

Les événements de la Bande de Gaza sont passés au second plan avec l'attaque du Liban. Pensez-vous qu'Israël a les mains libres sur ce territoire?

La crise libanaise a éclipsé la crise palestinienne. Mais le problème demeure entre, d'une part, Israël qui se considère dans son bon droit depuis qu'elle a évacué Gaza en août 2005 et, d'autre part, le Hamas qui veut déstabiliser l'autorité palestinienne. On assiste à un jeu à trois.

On est en effet plus encore au bord d'une guerre civile inter-palestinienne que d'un conflit traditionnel israélo-palestinien. Mahmoud Abbas “se réjouit” probablement de voir Tsahal diminuer la puissance du Hamas. Car il a moins de prestige et de pouvoir à Gaza qu'en Cisjordanie.


Frédéric Encel, professeur de relations internationales, est Fellow à l'Atlantis Institute

 
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