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Verrouillage climatique Imprimer Envoyer à un ami
Par Corentin de Salle   
18 décembre 2009
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L'ECHO — Le scepticisme est la première vertu de l’esprit scientifique. Il est pour le moins paradoxal qu’en l’espace de quelques années, ce mot soit devenu une insulte.

Lorsqu’un scientifique a l’outrecuidance de remettre en cause la théorie du GIEC concernant l’origine humaine du réchauffement climatique, il est systématiquement accueilli par le mépris, les ricanements, l’insulte ou la calomnie. Jamais on ne daigne répondre à ses objections. Pourquoi le ferait-on ? L’affaire est entendue: Al Gore et le GIEC ont reçu le Prix Nobel. L’Union Européenne s’engage à réduire de 20% ses émissions d’ici 2020 et tous les chefs d’Etat se rendent en pèlerinage à Copenhague. Nul besoin, dès lors, d’argumenter avec le sceptique: l’argument d’autorité suffit…

Si d’aventure, le scientifique en question membre d’une Académie des Sciences, s’il dirige un centre de recherche fondamentale, s’il détient une chaire de climatologie dans une université prestigieuse, assurément, c’est un saboteur payé par les lobbys pétroliers… S’il est un ancien membre du GIEC, dès lors, il n’est plus réellement un «scientifique».

Idéalement, dans une société démocratique, pour des questions complexes nécessitant une expertise, nous avons deux débats. Premièrement, un débat scientifique qui s’exerce entre pairs dans l’enceinte de la communauté savante. Deuxièmement, un débat démocratique qui s’appuie sur les constats établis dans le premier cénacle. Le premier débat concerne les seuls scientifiques. Le second concerne tous les acteurs de l’espace public (citoyens, politiciens, associations, intellectuels, éditorialistes, etc..) en ce compris les scientifiques intervenant alors en qualité de citoyens. Le premier débat est de l’ordre du constat (on s’accorde à établir et décrire « ce qui est »). Le second débat est de l’ordre des propositions (on s’interroge sur « ce qu’il faut faire »). Ce dernier débat est fondamental. Il permet d’appréhender le phénomène dans toutes ses dimensions (sociales, économiques, politiques, juridiques, etc.) et de déterminer des solutions sur base d’une confrontation entre différentes perceptions, valeurs et visions du monde. C’est sur base de ce débat démocratique qu’on adopte des législations et qu’on met en place des politiques.

Concernant le réchauffement climatique, ce qui frappe, c’est deux choses: d’une part, on prétend que le débat scientifique est clos, ce qui est totalement faux: les scientifiques n’ont jamais été unanimes sur le sujet et le consensus se lézarde chaque jour davantage. D’autre part, le débat démocratique, lui, n’existe tout simplement pas. Seuls ont le droit de s’exprimer les partisans du réchauffement. Associations et partis écologistes, figures intellectuelles et autres grandes consciences, nimbés de la crédibilité de la science mais pétris de l’assurance dogmatique de la morale, s’expriment sans faire preuve de la circonspection et de la neutralité de la première. Ils ne débattent pas: ils exposent. Ils n’argumentent pas: ils éduquent. Le monde politique acquiesce et règlemente. Le monde médiatique répercute et renchérit. Le monde économique se jette dans le Green Business.

Pourquoi le citoyen se voit-il dénier le droit d’intervenir dans ce débat aux enjeux monumentaux sur le plan politique, social et économique? Parce que c’est inutile. Comme l’a écrit Nicolas Hulot: il s’agit juste de «tirer les conséquences de ce que la science affirme». Il est d’ailleurs symptomatique que le GIEC adresse toujours un «résumé à l’intention des décideurs». C’est une manière de dire: le débat démocratique n’a aucune importance. On peut s’en passer. Nul besoin de tergiverser sur le plan de valeurs. Vous devez juste, vous - décideurs - appliquer les mesures que, nous - scientifiques - déduisons de nos travaux. Validez tout cela à Copenhague.

Le débat démocratique est totalement escamoté. Il est totalement verrouillé par la peur. Il n’y a ici nul complot ni stratégie délibérée mais toute une série d’acteurs enchaînés par une idéologie. Aucun parti politique n’ose contester les thèses du GIEC de peur de déplaire à l’opinion publique chauffée à blanc qui plébiscite les partis écologistes. Dans toutes les collectivités locales, c’est la course aux subsides et primes «durables». Peureuses à l’idée de ne pas être considérées comme «écologiquement responsables», les entreprises sont incitées à acquérir des «certificats verts», sont tenues d’acheter des permis d’émission et courtisent les associations écologiques pour obtenir des labels verts. La presse est unanime car elle pense que la bonne cause climatique justifie qu’on ne jette pas le doute dans la population. Les scientifiques, convaincus ou non par les thèses du GIEC, travaillent dans des institutions qui dépendent des subsides gouvernementaux. Rien qu’aux Etats-Unis, les subventions destinées à la climatologie et sciences apparentées sont passé, en l’espace de dix ans, de 170 millions à 2 milliards de dollars par an. Remettre en cause ou atténuer le discours alarmiste revient, pour un scientifique bénéficiaire de ces subventions, à tuer la poule aux œufs d’or: les lobbys les plus déterminés ne sont pas nécessairement du côté que l’on croit…

Tous ceux qui, au nom d’une théorie contestée basée sur des données probablement falsifiées, surfent aujourd’hui sur la vague écologiste, accréditent, ce faisant, des politiques interventionniste et liberticide dans tous les secteurs, politiques qui, par leurs outrances, pourraient bien engendrer la prochaine crise économique quand éclatera la «bulle verte» que les pouvoirs publics s’efforcent de gonfler avec l’enthousiasme puéril de ceux qui croient relancer l’économie en injectant massivement l’argent public dans des projets qui ne correspondent à aucune demande.

La plupart des personnes qui s’expriment en faveur du réchauffement ne comprennent pas grand chose aux modélisations du GIEC. Ne serait-il pas plus modeste et plus sage - en un mot, plus «scientifique» - de quitter le discours de la certitude et d’écouter les voix dissidentes?


Corentin de Salle est Directeur de l'Atlantis Institute

 
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