est interviewé par Le Soir. Propos recueillis par Ol.M.
Le Soir – Inéluctable, cet appauvrissement temporaire?
Corentin de Salle – Aucune loi économique n'interdit à la Wallonie de redevenir prospère. Pour y arriver, un changement des structures est nécessaire. Mais à court terme, il est hautement improbable que l'on trouve une formule qui permette à la fois de préserver notre niveau de vie, réformer l'Etat et satisfaire les Flamands. Il y a, depuis plusieurs décennies, une rente versée par la Flandre et elle souhaite y mettre un terme. On ne peut nier cette réalité.
«On ne peut pas appauvrir structurellement une Région», dit le PS: c'est impossible?
Une réforme incluant un transfert de la sécurité sociale ou de l'impôt sur les personnes physiques nous mettrait simplement face à nos recettes réelles. Cela représenterait certainement un appauvrissement en termes de solidarité, mais la solidarité authentique ne fonctionne que si la personne aidée est consciente de sa dette et met tout en œuvre pour retrouver une situation qui lui permette de contribuer à la solidarité autant qu'elle en bénéficie. Elle implique une reconnaissance pour celui qui aide. Or, aujourd'hui, cela est perçu comme un dû. A force d'avoir usé et abusé de cette solidarité, nous avons nourri le nationalisme flamand. Tous les partis flamands sont imprégnés de ce ras-le-bol face aux transferts.
Pour vous, il faut régionaliser l'Etat-providence, imposer une rupture politique en Wallonie?
Cette option imposera une certaine austérité dans un premier temps. Ce serait douloureux pour les francophones. Nous serions tous touchés comme en Espagne. Mais cela permettrait de remettre les compteurs politiques à zéro, et cela dégonflerait immédiatement les passions nationalistes en Flandre. Cela éviterait aussi de perdre un semestre pour former un gouvernement précaire après chaque élection.
Dégonfler la bulle nationaliste flamande a un prix. Que les négociateurs francophones refusent de payer…
Il ne faut pas s'en étonner: l'électorat de ces partis est le premier à bénéficier de l'Etat-Providence et une telle décision irait à 180 degrés des politiques qu'ils mènent depuis longtemps. L'Etat ne pourra plus assumer ses missions d'Etat-providence, c'est évident. Mais c'est de toute façon inéluctable à moyen terme: beaucoup d'économistes, et pas spécialement libéraux, disent que le système de la sécurité sociale tel qu'on le connaît n'est plus tenable à moyen ou à long terme. Il est préférable de réduire nos dépenses nous-mêmes plutôt d'attendre que le FMI ne le fasse d'ici quelques années comme en Grèce. Il ne faut pas se réjouir d'une telle évolution, d'autant qu'elle pourrait générer des conséquences politiques sévères comme on l'a vu par le passé. Mais cela permettrait aussi, dans un second temps, de relancer l'économie. Le fédéralisme responsable nous imposerait de ne pas dépenser plus que ce que l'on gagne. Cela peut paraître cruel, mais il est inconcevable de considérer que le statu quo va se maintenir.
Corentin de Salleest Directeur de l'Atlantis Institute