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“Une droite paresseuse” Imprimer Envoyer à un ami
28 agosto 2004
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est interviewé par Le Soir. Propos recueillis par Dominique Berns.

Le Soir – En Belgique, on entend rarement, sinon jamais un homme politique dire : « Je suis de droite ». Vous avez fondé l'Institut Hayek - du nom de l'économiste et philosophe libéral d'origine autrichienne -, dont l'objectif est de « cultiver en priorité les valeurs authentiques du libéralisme ». Vous n'avez donc aucune honte à vous dire « de droite » ?

Corentin de Salle – Non pas du tout. Mais au sens où la droite peut être quelque chose de progressiste. Le malheur, en Belgique, c'est que la droite est assimilée - à tort - au conservatisme, au traditionalisme. Il y a une frange conservatrice : des monarchistes zélés, des catholiques un peu poussiéreux... Mais c'est la Belgique de papa. La droite, en, Belgique, est en retard ; elle a tendance à proposer des modèles de société un peu obsolètes ; jamais de modèles ou d'idées neufs. C'est désastreux. D'autant que, dans l'histoire de Belgique, le libéralisme était une force progressiste, par rapport au monde catholique.

Qu'est-ce que c'est que la « droite progressiste » ?

Une droite qui permettrait de donner une réponse alternative à celle donnée par la gauche. Mais en Belgique francophone, la gauche règne sans partage dans les univers artistique, éducatif, médiatique, académique. Elle suinte par tous les pores du programme politique du CDH et imprègne même la doctrine du MR.

Vous votez MR...

... Un peu à contre-coeur. Même s'il y a des gens très valables.

... Avez-vous compris ce que signifie la notion de « libéralisme social » ?

Un oxymore, une absurdité sans nom. C'est symptomatique du fait que la droite est intellectuellement paresseuse. Il y a une forme de libéralisme honteux, complexé parce qu'il ne parvient pas à se ressourcer au programme doctrinal du libéralisme. «  Libéralisme social », cela ne veut rien dire. La grande victoire de la gauche, c'est d'avoir réussi à empoisonner notre vocabulaire. « Social » est un mot-fouine, disait Hayek, un mot qui, adossé à un autre substantif, le vide de son contenu : justice sociale, économie sociale, démocratie sociale... Ce n'est pas seulement qu'il n'y a pas d'idée de droite en Belgique, il n'y a même plus d'intellectuel de droite, libéral. Le message doctrinal du MR se caractérise par une certaine médiocrité.

La droite ne pense donc pas en Belgique.

C'est cela. Elle est paresseuse ; elle pense avec le langage de l'ennemi, en truffant son discours de « social ». Et c'est l'ennemi qui gagne. Napoléon disait : « Si vous maîtrisez le vocabulaire, vous maîtrisez les hommes ». Si vous pensez avec les concepts de gauche, vos analyses et vos propositions sont aussi structurées par le prisme de la gauche.

Vous dites que le libéralisme est vision de progrès. Mais encore ?

C'est une manière de concevoir les rapports de l'homme et de la société, qui fait confiance en l'homme, au sens où il est responsable de ses actes, où il sait entreprendre et assume ce qu'il fait.

Votre libéralisme est-il de droite ?

Je préfère le qualifier de « progressiste », au sens où il n'est pas conservateur. Mais il n'est ni social ni de gauche, car je ne me sens vraiment pas « à gauche » quant à ma conception de l'homme et de la société.

Mais s'il n'est pas social, votre libéralisme ne risque-t-il pas d'être antisocial ?

Accoler les mots « social » ou « antisocial » au libéralisme n'a pas de sens. Car le libéralisme est soucieux de la société et du bonheur des hommes. Mais il prône des recettes différentes.


Corentin de Salle est Directeur de l'Atlantis Institute

 
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