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“Le mot ‘réforme’ est aujourd'hui à  l'ordre du jour au Moyen-Orient” Imprimer Envoyer à un ami
1 novembre 2004
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Kenneth R. Weinstein est vice-Président du Hudson Institute

Atlantis Institute – La politique étrangère américaine est proche des thèses défendues par l'Hudson Institute. Quel est l'impact de votre travail sur l'actuelle administration ?

Kenneth Weinstein – L'impact est difficile à évaluer. Nous avons de très bonnes relations avec l'administration qui nous écoute. Parfois elle nous suit sur différentes lignes politiques, tout comme elle peut diverger avec les analyses de nos chercheurs. L'Hudson Institute est un institut indépendant qui fait de la recherche. Nous essayons, comme toutes ces « boîtes à idées » aux Etats-Unis, d'influer sur la politique en tant que telle. Nous tentons de fournir à l'administration des options claires pour qu'elle puisse mener une politique libérale et spécifique en matière de politique internationale.

Si les interventions militaires en Irak et en Afghanistan étaient légitimes, on peut toutefois se poser des questions sur le modus operandi. Si c'était à refaire, que changeriez-vous ?

Je pense que nous, Américains, aurions du faire ce que nos chercheurs ont conseillé, et je le dis avec énormément de respect pour l'administration actuelle qui a pris une décision courageuse. Nous avons libéré les Irakiens sans les faire participer à leur propre délivrance, et ça, ce fut une erreur importante. La fierté nationale des Irakiens n'a pas été prise en compte. Nous n'avons pas fait appel à eux, ce qui leur aurait donné le sentiment de rebâtir leur nation. Il y avait aux Etats-Unis des Irakiens qui voulaient participer à la libération de leur pays aux côtés des troupes américaines. On aurait dû mobiliser ces derniers de manière à ce que, en fin de compte, l'intervention militaire ne soit pas perçue comme une forme d'occupation. Là réside l'erreur principale.

Une autre erreur importante consista à ne pas avoir neutralisé les pilleurs dès le début, ce qui a amené la situation à se dégrader rapidement. Certains Irakiens ont compris que les militaires hésitaient à utiliser la force pour faire régner l’ordre.

Comment expliquez-vous l'indifférence de l'Europe suite à la naissance de la démocratie en Afghanistan ? L'Amérique, quoi qu'elle fasse, aura-t-elle à ses yeux toujours tort ?

Je crois que cette attitude résulte du scepticisme qui existe à l'égard des Etats-Unis, mêlé à un sentiment de condescendance envers les musulmans : selon cette conception erronée, les musulmans seraient incapables d'accéder à la démocratie. Cela prendra du temps. George Bush et Donald Rumsfeld ont précisé que ces changements s'inscrivent dans le long terme. Par la suite, on mesurera à sa juste valeur la portée de cet événement.

Des dizaines de milliers de soldats américains sont en Irak et en Afghanistan. L'objectif déclaré du président Bush est la démocratisation du Moyen-Orient et la lutte contre le terrorisme. De futures opérations militaires sont-elles prévisibles ?

Vu la situation en Irak, il me semble extrêmement peu probable que les Etats-Unis ou les forces de la coalition s'aventurent dans d'autres pays. Un point intéressant est la coopération franco-américaine à l'égard du Liban. Ce revirement était totalement imprévu.

Comment expliquez-vous pareil revirement de la France à l'égard de la Syrie ?

Je l'explique très facilement. Le président Chirac est aux ordres de Rafic Hariri qui veut que la Syrie quitte le Liban. J'ai lu dans la presse que Chirac a dit à Bush : « On peut travailler ensemble à promouvoir la démocratie au Proche-Orient. On commence avec le Liban ». On verra ce qui se passe en Syrie. On m'a rapporté que, lorsque Chirac a abordé ce sujet au sommet de Normandie, Bush était un peu... surpris par les propos tenus par son homologue. Notons qu'il existe déjà des opposants au régime qui s'expriment ouvertement, en leur nom propre, via internet et sur la place publique.

L'Iran est aujourd'hui pris en tenailles entre l'Irak et l'Afghanistan. Cette position stratégique pourrait-elle favoriser une intervention limitée pour neutraliser la menace nucléaire iranienne ?

L'Iran a tiré les leçons de la destruction du réacteur nucléaire irakien Osirak en 1981 par l'armée de l'air israélienne. Sa capacité nucléaire est dispersée. Une opération similaire s'avèrerait autrement plus complexe. Je ne suis pas du tout convaincu qu'une opération militaire soit efficace. Il faut privilégier des sanctions économiques fortes qui pourraient peut-être faire basculer le régime, mais il faut ici mettre en œuvre des sanctions d'une réelle portée. Evitons de reproduire l'échec du programme « pétrole contre nourriture ».

Comment John Kerry gérera-t-il le dossier iranien s'il est élu le 2 novembre ?

Durant ses vingt années passées au Sénat, John Kerry s'est instinctivement opposé à presque tous les programmes militaires. Il s'est également opposé à l'augmentation des dépenses relatives aux services de renseignements. Par ailleurs je pense que ses conseillers en politique étrangère n'ont pas l'envergure nécessaire pour mener la guerre contre le terrorisme. Kerry cherche à isoler les terroristes plutôt que d'envisager le problème sous l'angle du changement de régime et de l'épanouissement de la liberté au Moyen-Orient. Concernant l'Iran, je crois qu'il va essayer de trouver une forme de modus vivendi, si c'est possible, avec le régime actuel.

Selon vous, le nom de George W. Bush figurera-t-il dans les manuels d'histoire aux côtés de ceux de Georges Clémenceau, Winston Churchill et Ronald Reagan ?

Avant que ce nom ne figure dans ce panthéon, il reste beaucoup de travail à accomplir. Cela va dépendre des efforts des Américains, mais aussi des efforts de la part des Irakiens et des Afghans. Ce qui est clair, c'est qu'on a commencé à déverrouiller la région. Le mot « réforme » est aujourd'hui à l'ordre du jour au Moyen-Orient. De la Syrie au Qatar en passant par l'Arabie Saoudite, des opposants s'expriment. En Egypte, un débat s'est ouvert sur la succession de Hosni Moubarak par son fils. C'est donc un phénomène réellement extraordinaire que George Bush a amorcé dans la région.

D'ici 2050, on verra ...


Propos recueillis le 14 octobre 2004 par

 
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