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RĂ©volution, mode d'emploi Imprimer Envoyer à un ami
Par Ivan Rioufol   
6 avril 2007
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LE FIGARO — Sale temps pour les apparatchiks. Leur mur idéologique, qui dissimule les réalités depuis des décennies, pourrait ne pas résister aux faits et à l'indignation des Français. Se préoccuper d'identité et d'immigration n'est déjà plus passible de la relégation et ceux qui crient au fascisme ont perdu leurs moutons. Si le pays arrivait, de surcroît, à s'extraire de la propagande antilibérale qui rend vaine toute réforme, il serait permis de parler de révolution. Elle est à portée de main.

L'identité nationale est intimement liée au libéralisme, ce mot que même l'école apprend à rendre imprononçable. Il fut porté par Turgot, Montesquieu, Tocqueville. Le mea culpa chrétien, un des socles de la culture occidentale, fait comprendre que l'homme, s'avouant fautif, se reconnaît libre car maître d'un destin qu'il peut corriger. Cette référence à la responsabilité, rejetée par le dogme socialiste et la droite honteuse, est au coeur de l'esprit français.

Aussi est-il saugrenu d'entendre Jacques Chirac confier à Pierre Péan: “Je suis convaincu que le libéralisme est voué aux mêmes échecs que le communisme (...) L'un comme l'autre sont des perversions de la pensée humaine”. D'autant que le bilan, laissé par une politique étatiste se rengorgeant d'un modèle social qui attire les déshérités, fait fuir les riches et appauvrit le plus grand nombre, devrait inciter à la lucidité.

Quand Nicolas Sarkozy en appelle, dans son nouveau livre (“Ensemble”), à “la culture de la responsabilité et de l'action”, il renoue avec une tradition oubliée, y compris des gouvernements auxquels il participa. Alors que Ségolène Royal propose aux artisans et commerçants de recruter sans frais pendant un an des jeunes non qualifiés et que François Bayrou promet deux emplois sans charge, laissant tous deux l'addition aux Français, le candidat de droite fait aisément figure de réformateur.

Reste Ă  savoir s'il osera tirer les consĂ©quences de l'immobilisme français, que le record de vitesse du TGV mardi (574,8 km/h) a fait oublier un instant. Sarkozy dit ne pas vouloir ĂŞtre Ronald Reagan. Dommage: celui qui avait pour inspirateurs les Français FrĂ©dĂ©ric Bastiat et Jean-Baptiste Say aura relancĂ© l'expansion amĂ©ricaine, après deux premières annĂ©es difficiles il est vrai, en baissant le taux maximum des impĂ´ts de 70 % Ă  environ 30 %. La pensĂ©e unique assure que les Ă©lecteurs ne veulent pas de ces exemples-lĂ . Mais les Ă©lecteurs, eux, ne veulent plus de la pensĂ©e unique.

Vérités interdites

Écouter certains candidats s'en prendre aux banques, aux riches ou à l'euro illustre le dogmatisme de ces dirigeants qui ignorent l'entrepreneur. Ils pratiquent le marxisme comme M. Jourdain faisait de la prose. “Si l'élite politique accrédite malgré elle l'idée de l'impuissance du pouvoir politique face au pouvoir économique, c'est le plus souvent qu'elle ne comprend pas les règles de l'économie de marché. En matière économique, notre élite est le plus souvent incompétente”, remarque Jean-Michel Fourgous (“L'élite incompétente”, L'Archipel).

Cette mĂŞme constatation fait Ă©crire Ă  Pascal Salin, dans un livre sorti ces jours-ci, (“Français, n'ayez pas peur du libĂ©ralisme”, Odile Jacob): “Le vĂ©ritable problème français est un problème intellectuel, car non seulement toute la nomenklatura est nourrie d'idĂ©es fausses, mais en outre elle peut facilement convaincre une opinion publique Ă  laquelle on n'a jamais fourni d'autres idĂ©es”. De fait, 77 % des Français encourageraient leur enfant Ă  devenir fonctionnaire (sondage Sofres, lundi).

La proposition de François Bayrou, dimanche, de supprimer l'École nationale d'administration afin de casser le “moule unique”, pourrait aider à briser le consensus qui empêche de penser hors des normes. Cependant, entendre le candidat UDF, s'adressant lundi aux socialistes, se dire “sur bien des sujets plus à gauche qu'eux”, en leur reprochant d'avoir fait “le plus de privatisations” et d'avoir “laissé partir les services publics”, ne change guère des discours égalitaristes homologués par l'ENA.

Le mur idéologique paraît inébranlable. Mais la Grande-Bretagne des années 1970 était aussi un État syndical et étatiste. “Il suffit de quelques années pour relever un pays”, fait observer Mathieu Laine (“La France est foutue”, JC Lattès). Les Français, confrontés à l'incohérence d'un système capitaliste et concurrentiel qui rejette le capital et le libre-échange, sont en attente de vérités interdites et de tabous à briser. La gauche n'en fera rien. Qu'attend la droite pour faire sauter, après la question identitaire, cet autre verrou?

Le prix

Nicolas Sarkozy, qui a su gagner l'opinion en se faisant le porte-parole d'un malaise existentiel, peut être celui qui réconciliera la France avec l'esprit d'entreprise, qui a fait décoller l'Espagne, l'Allemagne, l'Europe de l'Est. Sa prudence, qui l'a conduit à maintenir l'ISF et les 35 heures (sans parler du contestable monopole de la Sécurité sociale), a été corrigée cette semaine par un projet économique qui, en faisant appel à la TVA sociale, au bouclier fiscal et à la baisse des prélèvements obligatoires, sort des sentiers fléchés. Il ne lui reste plus qu'à oser se réclamer enfin d'un libéralisme raisonné garant des intérêts nationaux. La révolution sera à ce prix.

Quel troisième homme?

François Bayrou restera-t-il le troisième homme? Ses colères répétées contre les médias et leurs connivences commencent à lasser. Le président de l'UDF a raison quand il demande, cette semaine, une confrontation entre les candidats. Mais qu'a-t-il à dire d'autre?


Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro, est Senior Fellow à l'Atlantis Institute

 
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