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Le résultat des élections au Maroc masquent la réalité de la poussée islamiste Imprimer Envoyer à un ami
Par Claude Moniquet   
16 septembre 2003
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ESISC — La presse marocaine, comme la presse européenne se félicitent, depuis deux jours des résultats des élections communales marocaines qui marqueraient une « stabilisation » de la démocratie et une marginalisation de la mouvance islamiste.

Nos experts ne partagent pas cette analyse par trop optimiste.

La réalité est en effet assez claire : c’est le fait que le parti islamiste « modéré », le PJD (Parti Justice et Développement), ait accepté, après avoir « négocié » avec le Palais royal, de ne présenter de candidats dans moins de 20% des circonscriptions qui cantonne ce parti à des résultats qui ne sont médiocres (11ème parti sur 26, 593 sièges sur 23.000 !) qu’en apparence. En réalité, le PJD, partout où il s’est présenté, remporte un vif succès et il arrive même en troisième position à Casablanca, ce qui confirme les résultats qu’il avait obtenus aux législatives de septembre dernier.

On notera que, en apparence, le PJD est un parti des classes moyennes, conservateur et plutôt à droite, opposé à l’intégration de la femme dans la société et au micro-crédit. Mais en fait, il est de notoriété publique que le PJD n’est que la couverture du Mouvement pour l’Unification et la Réforme (MUR) nettement plus radical, dirigé par Ahmed Raissouni. Une autre organisation, Justice et Bienfaisance (Al Adl Wal Ihssane), dirigée par Cheikh Abdessalam Yassine, n’a pas participé aux élections. Forte de 30.000 membres, elle contrôle des associations caritatives et éducatives, des cercles culturels, des associations de médecins, d’avocats, d’ingénieurs. Elle dénie au Roi le titre de Commandeur des croyants, prône le Califat et refuse le jeu politique.

Si l’on peut comprendre les calculs politiques qui mènent à limiter la participation islamiste aux élections, on peut aussi les regretter car ils faussent la carte politique du pays et masquent une réalité profonde qui, un jour ou l’autre, se rappellera au bon souvenir des politiques et des « observateurs » : en proie à des problèmes sociaux et économiques graves, confronté à un exode rural non maîtrisé qui jette dans les villes des populations fragilisées, à la recherche de son identité, la population marocaine est travaillée en profondeur par l’islamisme « modéré » comme par les mouvements « djihadistes ».

Dans l’étude publiée la semaine dernière sur « Al Qaïda et la mouvance du Djihad, deux ans après le 11 septembre 2001 », l’ESISC soulignait les facteurs pouvant faire du Maroc une nouvelle terre de Djihad, en particulier depuis les cinq attentats du 16 mai 2003. Nous notions entre autres que « la participation de l’opposition de gauche au gouvernement et le contrôle étroit de la pratique religieuse opérée par le pouvoir ont eu des effets pervers : il n’y a, d’une part, pas d’alternative politique crédible et, d’autre part, les religieux sont perçus comme des fonctionnaires coupés du peuple et des réalités. Ici comme ailleurs, le terrain a donc été occupé par les radicaux ».

Or, la négation politique et officielle de l’islamisme risque d’ajouter à la confusion, de détourner une partie de la société du processus démocratique et de la pousser vers la violence.

Et ce d’autant que, outre Salafi Djihadi (SD, « Combat salafiste »), probablement responsable des attentats de mai dernier, d’autres organisations armées existent. Notamment Al Hijra Wa Takfiri (Retraite et Excommunication) de Youssef Fikri et Assirat Al Moustakim (Le Droit Chemin) de Zakaria Miloudi, le Djihad ne s’est pas imposé au Maroc.

On observera, enfin, que, entre le 11 septembre dernier et le début des élections, deux citoyens marocains de confession juive – Albert Rebibo et Elie Afriat – ont été assassinés, tous deux dans des circonstances qui évoquent les « expéditions punitives » auxquelles les islamistes armés marocains se livrent de longue date.

Les attentats du 16 mai avaient révolté et mobilisé la société marocaine. Il ne faudrait pas que la « normalisation » traduite par les élections communales l’endorme. Au Maroc, l’islamisme modéré ou armé est désormais une réalité. Ce n’est pas en la niant que l’on parviendra à la combattre.


Claude Moniquet, président de l'ESISC, est Senior Fellow à l'Atlantis Institute

 
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