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Le prix de l’Etat palestinien? Imprimer Envoyer à un ami
Par Nicolas De Pape   
5 septembre 2006

LE JOURNAL DU MARDI — Imaginez. Oui, imaginez Anvers et Hasselt subissant depuis six ans des tirs “sporadiques” d’une milice chiite islamiste inscrite sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne et occupant le sud des Pays-Bas au vu et su du gouvernement hollandais.

La même milice est vraisemblablement financée par l’Allemagne et l’Espagne, ce dernier pays, dont le président appelle à la destruction de la Belgique, prépare un programme nucléaire “civil” aux relents éminemment militaires… Le reste de l’Europe, au mieux, tolère notre existence, au pire rêve de notre disparition. Après bien d’autres tentatives, deux soldats belges ont été enlevés et huit tués alors que la Belgique a évacué le sud de la Hollande depuis six ans sans jamais y être retournée. Les Pays-Bas sont incapables de désarmer cette milice qui, dans le secret, a constitué un stock d’armements dit “artisanaux” mais capables de détruire un immeuble entier et dont le rayon d’action peut atteindre Bruxelles. Une force “d’interposition” onusienne désarmante et désarmée s’est promenée dans les Polders sans jamais pouvoir agir… Un peu plus au sud, en provenance du Hainaut - que la Belgique a libéré depuis six mois et parfois de l’endroit même des anciennes colonies belges -, des centaines de missiles kassams s’abattent sur Charleroi…

Qu’aurait fait le gouvernement belge? Qu’aurions-nous fait? La réponse est, hélas, simple: probablement à peu près la même chose que les Israéliens.

Or, de toute part, on n’a cessé de dénier aux Israéliens le droit de se défendre. Celui qui a fait cesser l’agression s’est retrouvé en position d’agresseur. Sous prétexte qu’ils constituent la “quatrième” armée du monde, les Israéliens devraient observer sagement, de leurs fenêtres, les missiles s’abattre sur leurs villes. Leur réputation d’invincibilité les condamne à être sans cesse sur le banc des accusés. Le char a toujours tort, qu’il ait en face de lui un jeune lanceur de pierre, une bombe humaine ou un missile anti-char. Entre une galaxie islamo-fachiste (Hamas, Hezbollah, Iran, Syrie) dont le programme politique se situerait chez nous à la droite de l’extrême droite et l’unique démocratie du Moyen-Orient, pro-occidentale de surcroît, l’Europe semble, au mieux, pratiquer l’équidistance.

Les Israéliens tuent des civils? En effet. Ce sont des morts de trop. L’effroi nous saisit à la vision de ces enfants sacrifiés. Mais l’honnêteté nous commande de rappeler que dans le Hezbollahland, les rampes de lancement côtoient les habitations – villages ou immeubles à appartements . Les sites de commandement stratégiques sont, eux aussi, en plein milieu des agglomérations ainsi que les nombreuses œuvres sociales du mouvement chiite (dispensaires, coopératives) qui expliquent une part importante de sa popularité dans la région.

Boucliers humains? L’armée israélienne n’hésite pas à employer ce terme tant il est vrai que les répliques de Tsahal visent évidemment l’origine des tirs adverses. Et lorsqu’ils sont lancés depuis un village, les conséquences sont celles que l’on connaît [1]. Cela, les chefs du Hezbollah ne pouvaient l’ignorer lorsqu’ils lancèrent cette opération aventureuse. A cet égard, le journal gouvernemental égyptien Al-Akhbar, repris par l’AFP, a estimé mardi 29 août que le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah avait “avoué trop tard” avoir mal calculé les retombées de la capture de deux soldats israéliens par le parti chiite libanais. Sans aller jusqu'à exprimer des regrets, Hassan Nasrallah a reconnu dimanche 27 août avoir été surpris par l'ampleur de la riposte israélienne à la capture, le 12 juillet, de deux soldats à la frontière libano-israélienne. “Nous n'aurions absolument pas mené cette opération si nous avions su qu'elle allait mener à une guerre d'une telle ampleur”, a-t-il affirmé”.

Pourtant, à avoir lu les manchettes ces dernières semaines, ce n’est pas “Que veut l’Iran?” ou “Qu’espère le Hezbollah?” qu’on a pu lire la plupart du temps mais la question inverse: “Que cherche Israël?”. La réponse est pourtant simple: si Ahmadinejad poursuit, plus fort encore que le panarabisme de Nasser, des vues d’hégémonie pan-islamiste (au grand dam de la puissance saoudienne sunnite), Israël poursuit un but plus prosaïque: sa sécurité.

Quel intérêt l’Etat hébreu aurait-il, comme semblait l’évoquer Jacques Chirac, à liquider l’intégrité du Liban? A ternir son image? Aucun. Au contraire des régimes iraniens et syriens, Israël a tout à gagner à un Liban stable, démocratique et prospère, débarrassé du Hezbollah. L’Europe et le Liban ont des intérêts parfaitement identiques. Qui sait d’ailleurs si cette guerre ne permettra pas au Liban de se reconstruire enfin débarrassé du pan militaire du Hezbollah comme l’évoque Fadi Assaf [2]? Il ne s’agit donc pas d’une guerre contre le Liban mais contre une faction islamiste dont le bras, armé par l’Iran [3], est plus puissant que celui de l’Etat qui l’héberge, ce que ne toléreraient ni la France ni la Belgique et ce que déplorent dans l’anonymat de nombreux Libanais.

Bien sûr, le manque d’expérience de Peretz, incompétent comme ministre de la Défense et les hésitations d’Ehoud Olmert font qu’Israël traverse une crise politique majeure. Sur le terrain, il est vrai, l’opération a connu des ratés dénoncés par certains réservistes. Correct également le fait que Nasrallah apparaît comme le nouveau héraut du monde arabe. Mais deux victoires sont à épingler pour le camp démocratique: premièrement, le Hezbollah est maintenant inscrit à l’agenda international comme un obstacle à la paix. Deuxièmement, on observe un affaiblissement très net du Parti de Dieu qui observe fidèlement le cessez-le-feu, signe évident qu’il a besoin de “se refaire”.

Mais à l’heure du bilan tout provisoire, venons-en au principal: que devient le désengagement? La promesse d’Olmert de déplacer vers l’Ouest 80.000 colons? Lui qui espérait “vendre” la poursuite du retrait de Cisjordanie à ses citoyens au prix de frontières à nouveau sécurisées, il doit maintenant affronter, comme dans toute démocratie, un flot de critiques. Or, comment le citoyen israélien pourrait-il croire qu’un Etat palestinien en Cisjordanie lui apportera paix et sécurité alors que, de Gaza et du Sud Liban, tout deux libérés, il n’a cessé d’être menacé?


[1] Lire à ce sujet les déclarations du général canadien Mckenzie et les témoignages répercutés par le JP de RTL France et repris par Bel-RTL selon lesquels des soldats du Hezbollah se sont cachés dans des maisons. D’autres ont tiré sur un convoi de civils pour les empêcher de quitter le sud-Liban.
[2] Chercheur au Cerges, Le Figaro , 8 août 2006.
[3] Sur le calendrier de Hassan Nasrallah, Newsweek révèle que la délégation iranienne, quittant Bruxelles, prit la direction de Damas. Le lendemain, Nasrallah lançait son opération.


Nicolas De Pape est Fellow à l'Atlantis Institute

 
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