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Le poids du contrepoids Imprimer Envoyer à un ami
Par Florin Aftalion   
18 mai 2005

LES ÉCHOS — La puissance de l’économie française est assurément un facteur majeur dans l’accomplissement de ses ambitions. En outre, seul le développement de notre richesse nationale nous donnerait les moyens de réduire le chômage, augmenter le pouvoir d’achat des Français et résoudre les crises qui apparaissent dans de nombreux secteurs de notre économie: santé, recherche, enseignement, etc.

La comparaison des productions nationales et, encore mieux, celle des productions par tête constitue (avec quelques problèmes techniques dus aux fluctuations des cours du change) à cet égard un bon indicateur.

Nous constatons que la période allant de 1960 (nous ne disposons pas de données antérieures) au début des années 1980 a vu la France s’enrichir par rapport aux Etats-Unis. Le progrès relatif a été spectaculaire puisque de 66% de la production par tête aux Etats-Unis on est passé à 83% moins d’un quart de siècle plus tard. De meilleures politiques économiques sur ce bord-ci de l’Atlantique en même temps qu’une croissance plus lente de notre population (phénomène qui continue à s’exercer) nous ont servi, comme elles ont servi à la même époque d’autres pays européens.

Malheureusement, la tendance s’est inversée vers 1982. Cette date correspond à une importante récession aux Etats-Unis mais aussi à des changements politiques profonds dus aux élections de François Mitterrand et de Ronald Reagan. Ces changements ont perduré et expliquent que notre production de richesses par tête ne soit plus que 73% de l’américaine. Nous sommes revenus au rapport qui existait à la fin des années 1960. Et rien n’indique que la tendance s’inverse, bien au contraire.

Plus inquiétant: au cours des dix dernières années, le taux de croissance réel a été en moyenne de 2,1% par an en France et de 3,3% aux Etats-Unis. Sur les trois dernières années ces chiffres sont respectivement de 1,5% et de 3,2%. L’écart de croissance s’est encore creusé. Et rien n’indique qu’il doive se réduire. Les dernières prévisions du FMI annoncent, en effet, pour 2005 une croissance de 3,6% aux Etats-Unis et de 1,6% dans l’Union européenne (et à peu près autant pour la France).

Le déclin de la France n’est pas une fatalité mais la conséquence de mauvaises politiques économiques. La Grande-Bretagne avait vu son retard sur les Etats-Unis se creuser de 6% entre 1970 et 1985. Vers cette date sont entrées en vigueur les réformes de Margaret Thatcher et son pays a depuis regagné ces 6% (la production par tête est aujourd’hui au Royaume-Uni égale à 75% de l’américaine).

Les dirigeants français de droite comme de gauche placent leurs espoirs dans l’Europe. Malheureusement, la position relative des autres poids lourds de la zone euro - Allemagne et Italie - se dégrade également. Seule l’Irlande (dont la production par tête n’est plus que de 10% inférieure à celle des USA), qui a su allier à de bonnes politiques économiques des subsides de Bruxelles, et les nouveaux pays membres de l’Europe de l’Est voient leurs richesses augmenter à un rythme suffisamment soutenu.

Il est donc à craindre que si elles ne changent pas en profondeur leurs structures économiques, ni la France ni l’Union européenne ne pourront faire contrepoids à l’Amérique!


Florin Aftalion, professeur émerite à l'ESSEC, est Fellow à l'Atlantis Institute

 
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