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Le Conformiste, le Militant et l'AntisĂ©mite Imprimer Envoyer à un ami
Par JoĂ«l Rubinfeld   
18 septembre 2006

YEDIOT AHARONOT — L’antisĂ©mitisme, abhorrĂ© en Occident, est-il moins condamnable s’il vient d’Orient? C’est la question que l’on peut se poser en regardant un journal tĂ©lĂ©visĂ© ou en feuilletant la plupart des quotidiens europĂ©ens, et n’y point dĂ©celer l’idĂ©ologie antisĂ©mite qui, par-delĂ  le diffĂ©rend territorial israĂ©lo-arabe, conditionne les agissements du Hezbollah et du Hamas.

Il existe, certes, des journalistes qui appellent un chat un chat – en l’occurrence un terroriste un  terroriste – et dĂ©noncent l’antisĂ©mitisme qui exalte les islamistes du Proche-Orient, mais nombre de leurs confrĂšres y ont renoncĂ© pour plutĂŽt recourir aux Ă©pithĂštes “militants” et “mouvement politique”, voire “rĂ©sistants” et “organisation sociale”. Il est vrai que les Hitlerjugend avaient, eux aussi, une fonction sociale.

L’analogie est pertinente: bien plus que les crĂąnes rasĂ©s que l’on dĂ©nombre ci et lĂ , en Europe ou aux Etats-Unis, ce sont les barbus palestiniens et libanais – ces hommes que l’on voit arborer fiĂšrement le salut nazi lors des dĂ©filĂ©s militaires Ă  Gaza ou au Liban – qui, aujourd’hui, incarnent la relĂšve du TroisiĂšme Reich. Et la guerre qu’ils mĂšnent contre IsraĂ«l est une guerre antisĂ©mite: d’une part, contre les seuls juifs IsraĂ©liens (20% des citoyens israĂ©liens ne sont pas de confession juive) et, d’autre part, contre tous les Juifs du monde.

Une accusation d’une telle gravitĂ© ne pouvant ĂȘtre portĂ©e Ă  la lĂ©gĂšre, Ă©coutons ce que le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, rĂ©putĂ© pour faire ce qu’il dit et dire ce qu’il fait, nous en dit.

Le 19 juillet 2006, une Katyoucha s’abat sur Nazareth, tuant deux frĂšres de 3 et 7 ans, Ravia et Mahmoud Taluzi. Le lendemain, sur Al Jazeera, Nasrallah prĂ©sente ses excuses Ă  la famille des deux gamins israĂ©liens. Non pas qu’il ait, subitement, Ă©tĂ© pris de remords Ă  la vue des images des dizaines de vies anĂ©anties par ses missiles, mais bien parce que Ravia et Mahmoud n’étaient pas juifs! Le leader islamiste nous donne ici une application contemporaine du tri qui, durant la seconde guerre mondiale, Ă©tait fait Ă  l’école entre d’autres gamins qui, culotte baissĂ©e, devaient tĂ©moigner de leur aryanitĂ© pour avoir la vie sauve. Pour Nasrallah, comme pour Hitler, seuls les enfants juifs doivent mourir.

Autre lubie commune aux deux hommes: tous les Juifs doivent mourir. Les propos tenus en 2002 par Hassan Nasrallah sont, Ă  cet Ă©gard, on ne peut plus explicites: “S’ils [les Juifs] se rassemblent tous en IsraĂ«l, cela nous Ă©pargnera la tĂąche d’aller les chercher de par le monde” [1]. Cela ne l’a pas empĂȘchĂ©, dans l’attente d’une hypothĂ©tique immigration massive, de dĂ©jĂ  mettre la main Ă  la pĂąte en 1994, lorsque les terroristes du Hezbollah firent sauter le centre communautaire juif de Buenos Aires, tuant 87 personnes.

On retrouve les mĂȘmes ingrĂ©dients dans la charte du Hamas, parti, faut-il le rappeler, au pouvoir en Palestine: “Avec leur argent, ils [les Juifs] ont mis la main sur les mĂ©dias du monde entier (
). Avec leur argent, ils ont soulevĂ© des rĂ©volutions dans plusieurs parties du monde (
). Ils sont derriĂšre la RĂ©volution française, la RĂ©volution communiste et toutes les rĂ©volutions dont nous avons entendu parler. Avec leur argent, ils ont mis sur pied des sociĂ©tĂ©s secrĂštes comme les francs-maçons, les clubs Rotary, Lion’s et autres dans diffĂ©rentes parties du monde afin de saboter les sociĂ©tĂ©s (
). Avec leur argent, ils sont parvenus Ă  contrĂŽler les pays impĂ©rialistes et Ă  les pousser Ă  coloniser de nombreux pays pour exploiter leurs ressources et y propager la corruption. (
) Il n'existe aucune guerre dans n'importe quelle partie du monde dont ils ne soient les instigateurs” [2].

Cette rhĂ©torique de sinistre mĂ©moire n’est guĂšre connue du grand public qui, Ă  n’en pas douter, s’offusquerait de tels propos et verrait probablement d’un autre Ɠil le conflit qui oppose Tsahal aux fils spirituels d’Adolf Hitler. Alors pourquoi ce mutisme de la part de mĂ©dias qui n’hĂ©sitent pas Ă  donner de la voix lorsqu’il s’agit de porter la critique contre IsraĂ«l?

En soi, critiquer la politique israĂ©lienne n’est assurĂ©ment condamnable ni juridiquement ni moralement. Ce qui pose question, c’est le traitement d’exception, la singularisation dont fait l’objet l’Etat juif. Car, bon sang, comment expliquer qu’une nation qui s’étend sur 0,0001 % des terres Ă©mergĂ©es du globe, dont le nombre d’habitants correspond au milliĂšme de la population mondiale, et que l’on retrouve, d’aprĂšs le dernier rapport annuel de Freedom House [3], dans le haut du panier des Etats dĂ©mocratiques, fasse l’objet d’une telle focalisation mĂ©diatique, tandis que le Darfour – mais on pourrait aussi parler du Tibet, de la TchĂ©tchĂ©nie, de la Birmanie ou du sort des Kurdes de Syrie –, théùtre depuis 3 ans de 10 “Qana” quotidiens, brille par son absence cathodique?

À cela, plusieurs explications. La premiĂšre: le militantisme. Une profusion de motifs idĂ©ologiques anime certains journalistes qui, sensibilisĂ©s Ă  juste titre par les conditions misĂ©rables des populations du Proche-Orient, ont cru bon d’opter pour le camp des ennemis d’IsraĂ«l, symbole Ă  leurs yeux du nĂ©o-colonialisme et de l’impĂ©rialisme (difficile Ă  comprendre lorsque l’on connaĂźt la superficie d’IsraĂ«l – Ă©gale Ă  celle de la Picardie française ou de la Wallonie belge – face Ă  un bloc arabe 676 fois plus vaste). Pour ces professionnels de l’information, prendre part au combat justifie que l’on passe sous silence ou que l’on travestisse un certain nombre de vĂ©ritĂ©s dĂ©rangeantes. La mort de Mohammed Al-Dura en est un exemple; les “fauxtographies” [4] de Reuters et de l’Associated Press en sont les derniers avatars.

DeuxiĂšme explication: l’antisĂ©mitisme. Pour d’autres, l’antisionisme est l’inespĂ©rĂ© cache-sexe d’un antisĂ©mitisme inavouable. À l’heure oĂč cette forme de racisme est prohibĂ©e dans nos contrĂ©es, ceux-ci ont substituĂ© l’Etat Ă  l’individu. Bien entendu, ils dĂ©mentiront avec force de telles allĂ©gations et, paradoxe ou alibi, il ne sera pas rare de les voir s’épancher, la larme Ă  l’Ɠil, sur le sort des victimes de la Shoah. Mais l’idĂ©e mĂȘme de voir les enfants de ceux qui en ont rĂ©chappĂ© se dĂ©fendre, l’arme Ă  la main, contre ce mĂȘme projet gĂ©nocidaire leur est insupportable. Une vieille boutade fait dire Ă  l’antisĂ©mite qu’il n’en est pas un car il a un ami juif. L’antisĂ©mite contemporain, lui, a six millions d’amis juifs.

TroisiĂšme explication: le conformisme. Par facilitĂ©, ignorance ou couardise, nombre de journalistes, sans partager en aucune maniĂšre l’engagement des premiers ou les passions malsaines des seconds, se contentent de suivre docilement le chemin tracĂ© par les “bergers”.

Ces trois attitudes sont condamnables mais, s’il peut paraĂźtre illusoire de raisonner les antisĂ©mites et les militants, il n’est pas inutile de bousculer les conformistes. Ici, il convient de les rappeler Ă  l’ordre, de faire appel Ă  leur conscience, d’invoquer la dĂ©ontologie. Ou, plus simplement, de les inviter Ă  taper “charte du Hamas” sur Google afin de ne plus, tout comme Monsieur Jourdain, faire du Al Manar [5] sans le savoir.


La version anglaise de ce texte est disponible sur le site du quotidien israélien Yediot Aharonot

[1] Badih Chayban, “Nasrallah alleges ‘Christian Zionist’ plot”, The Daily Star, 23 octobre 2002.
[2] Extraits de l’article 22 de la charte du Hamas.
[3] “Freedom in the World”, Freedom House, 2006.
[4] “Fauxtography”, Little Green Football.
[5] Al Manar est la chaßne télévisée et le principal organe de propagande du Hezbollah.

Joël Rubinfeld est Président de l'Atlantis Institute

 
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