Depuis deux ans l’Union Européenne négocie avec l’Iran pour obtenir l’abandon de son programme nucléaire militaire. Cette négociation a servi d’écran pour gagner du temps et lui permettre d’arriver à un point de non-retour. Dans le but de critiquer la prétention de l’Europe à se doter d’un ministre des affaires étrangères, nous écrivions que dans cette affaire - les intérêts (mal compris) des nations européennes étant contradictoires - “ce ministre négocierait pendant des mois avec les 25 ou les 27 pays pour uniformiser leurs positions et, l’unanimité n’étant pas obtenue, l’Europe laisserait faire. Certes, elle ne manquerait pas de répéter à l’envi qu’elle constitue le “grand ensemble susceptible de faire face aux Etats-Unis”. Espérons qu’en la circonstance, elle n’ait pas à le regretter!”.
Il est déjà trop tard pour le regretter! Nous savons avec certitude que ce pays dispose d’ogives de lancement d’une portée de 3.500 Km. Comme le faisait remarquer un journaliste, on ne se sert pas de Roll-Royce pour livrer des pizzas. Pour le moment, seuls le Moyen-Orient et l’Europe pourraient être en danger. Or, cette dernière a échoué dans sa négociation avec des dirigeants dits modérés et l’élection du nouveau président de l’Iran ne laisse pas d’inquiéter.
Dans son livre sur “La montée du nazisme”, William Shirer avait mis en exergue la parole prophétique de Georges Santayana: “Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter”. Il s’était attaché à montrer, comme tous les historiens l’ont fait, que la seconde guerre mondiale n’était survenue qu’en raison de la pusillanimité des dirigeants de la “vieille Europe” (France et Grande-Bretagne). A chaque occupation d’un nouveau pays de l’Europe de l’Est, Hitler rassurait ses généraux en leur affirmant que “les démocraties n’oseront pas s’opposer”, “qu’il n’y avait aucun danger de voir éclater une guerre préventive contre l’Allemagne (…) que la France ne marchera pas, et que par conséquent, l’Angleterre n’interviendra pas”.
Ainsi a-t-il fallu moins de quatre ans pour que - l’Allemagne ayant obtenu de la Société des Nations en décembre 1932 “le principe de l’égalité des droits en matière d’armement” - trois bataillons pénètrent dans la zone démilitarisée de Rhénanie, six ans pour occuper l’Autriche et la Tchécoslovaquie et sept ans pour déclencher la plus horrible des guerres… encore n’avait-elle pas d’armes thermonucléaires.
Churchill disait l’erreur de nourrir chaque matin le crocodile dans l’espoir d’être le dernier avalé. Quel état les nations européennes accepteront-elles de sacrifier, une fois encore, inutilement? Nous connaissons la réponse.
Aucun doute, “l’esprit du Léviathan rôde” (Yves Roucaute). C’est pourquoi, la plus grande fermeté s’impose vis-à-vis de l’Iran. Ce pays ne doit pas être l’arrière-cour du terrorisme mais surtout il ne doit pas posséder l’arme atomique puisque aucun pays ne songe à le détruire, sauf si justement il devenait menaçant par la possession de cette arme.
Pour peu de temps encore, les nations occidentales disposent de quelques faibles moyens pour l’en dissuader: l’embargo, y compris sur le pétrole. Mais elles ne doivent pas écarter l’impérieuse nécessité de se protéger par tous les moyens. Répétons-nous que ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le revivre.
Gabriel Lévy est Fellow à l'Atlantis Institute
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