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Irak: l'autre réalité Imprimer Envoyer à un ami
Par Ivan Rioufol   
21 octobre 2005
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LE FIGARO — Dur à avaler pour les anti-Bush : les Irakiens acceptent la démocratie offerte par les Etats-Unis. Samedi, ils ont été 61% à participer au référendum sur la Constitution. Le 30 janvier, ils s'étaient pareillement mobilisés, malgré les menaces, pour élire leurs députés. Alors que la pensée monolithique voit en George W. Bush l'expression d'un « esprit totalitaire » (Jack Lang, 2003), l'histoire est en train de corriger cette caricature. Il n'est pas dit que la France en sorte à son avantage.

En bravant les intimidations des islamistes qui interdisent ces consultations électorales, les Irakiens disent leur refus d'une société soumise. Construiront-ils la démocratie musulmane espérée des néoconservateurs américains et que le choeur médiatique juge inatteignable ? Le prochain scrutin du 15 décembre (élection du parlement) complétera la réponse. Il est peu probable que sorte des urnes la régression intégriste prophétisée par les recopieurs.

L'antiaméricanisme rend borgne. Le chaos entretenu par les terroristes fait répéter que le pays est en guerre civile ; or les chiites ne répondent pas aux attentats de la rébellion sunnite. Si l'insécurité persiste au Moyen-Orient, elle n'a pas empêché, depuis 2005, la relance du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, le réveil des Libanais (en attendant celui des Syriens), le désarmement de la Libye, l'apaisement en Afghanistan, la réconciliation du Pakistan avec l'Inde.

Le peuple sait qui est son ennemi. Il le désigne en votant : le totalitarisme coranique, qui défigure l'islam et qui déteste la démocratie. C'est lui qui a commis les attentats du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis, qui envoie ses bombes humaines dans les foules de Bagdad ou de Tel Aviv, fait exploser des trains à Madrid ou à Londres. Des Occidentaux complaisants voient dans ces fascistes des « résistants » ou des « humiliés ». Ainsi s'installe la capitulation devant une barbarie.

En persistant à désigner Bush comme fauteur de guerre, les « pacifistes » se trompent d'adversaire. Il a commis des fautes en Irak, que lui reprochent à juste titre ses compatriotes. Mais lui et ses alliés ont déboulonné un tyran et engagé le fer contre l'impérialisme islamique. Les Américains ont également inspiré, dans le même temps, la démocratisation de la Géorgie, de l'Ukraine, du Kirghizstan. Hormis l'Afghanistan, où est la France dans ces mouvements de libération ?

Question d'honneur

Le désordre irakien – qui n'a pas empêché le scrutin de se dérouler – a donné l'occasion au premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, d'exprimer, lundi, à son homologue français, Dominique de Villepin, « son admiration et sa gratitude pour avoir défendu l'honneur de l'Espagne, de l'Europe et du monde dans l'affaire irakienne ». Mais l'honneur se discute, quand il conduit à venir en aide à un admirateur de Staline, assassin de son peuple (deux millions de morts), généreux soutien du terrorisme palestinien. Saddam Hussein sévirait encore, dans un Moyen-Orient pétrifié, si la France avait été suivie.

La « politique arabe » de Paris se contentait de ce statu quo, en dépit du 11 septembre. Or l'actualité est cruelle qui vient étaler, outre des comportements corruptibles à l'ONU, les liens affairistes ayant existé entre d'anciens hauts diplomates et le dictateur déchu. Après Serge Boidevaix, ancien secrétaire général du Quai et conseiller d'Etat, Jean-Bernard Mérimée, ancien représentant de la France au conseil de sécurité de l'ONU, vient d'être mis en examen pour corruption et trafic d'influence avec le régime bassiste.

Le porte-parole du Quai d'Orsay a précisé que les deux ambassadeurs à vie avaient agi « au titre de leurs activités privées, engagées après leur départ à la retraite ». Mais Boidevaix a indiqué au juge : « L'administration française connaissait l'existence de mon contrat » (Le Monde, 13 octobre). Cette affaire, peu médiatisée, fait évidemment peser les pires soupçons sur les dessous de la diplomatie pro-arabe, conduite au détriment de l'allié américain lors de la crise irakienne. L'honneur, vraiment ?

Le procès de Saddam

Les activités commerciales illicites de Serge Boidevaix et de Jean-Bernard Mérimée ne peuvent se comprendre qu'à la lumière des relations intimes et fructueuses consolidées entre la France et l'Irak depuis les années 80. Aussi le procès public de Saddam Hussein, qui s'est ouvert mercredi à Bagdad, pourrait être l'occasion de déballages embarrassants, y compris pour les Américains qui n'eurent pas toujours la même hargne à l'égard du despote. Que Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, ait été choisi pour le défendre, avec d'autres avocats, vient souligner un peu plus la connivence d'un pays défenseur des droits de l'homme avec une dictature.

Maîtres à penser

Cette réponse de Raymond Aron à Jean-Pierre Elkabbach, peu de temps avant sa mort il y a vingt-deux ans (entretien rediffusé lundi dernier sur Europe 1) : « On appelle maîtres à penser des hommes très remarquables dans leur discipline et que l'on prend au sérieux là où ils n'y connaissent rien ». Sur George W. Bush, tous l'auront décrit comme un intégriste illuminé et bas de plafond. Les mêmes avaient vu en Ronald Reagan un acteur limité de série B. Aujourd'hui, les historiens rendent hommage à ce dernier, tandis que les défenseurs de Bush se comptent encore. Parmi eux : Guy Millière, qui vient d'écrire Le futur selon George W. Bush. A lire, pour l'autre son de cloche.


Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro, est Senior Fellow à l'Atlantis Institute

 
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