LE FIGARO â Les nouveaux conservateurs? LĂ , sous nos yeux. En rejetant, il y a un an, la Constitution europĂ©enne et le vide existentiel de sa technocratie mercantile, les Français ont amorcĂ© un retour Ă des valeurs oubliĂ©es, protectrices dâune identitĂ© menacĂ©e par la dĂ©culturation, la mondialisation, la âchienlit laisser-fairisteâ (Maurice Allais). Paradoxe: ce sont deux ex-ouiistes, Nicolas Sarkozy et SĂ©golĂšne Royal, qui portent ces aspirations ârĂ©actionnairesâ.
Laurent Fabius, figure du non Ă gauche, ne fait plus illusion. Son apparente intuition du mal-ĂȘtre social dissimulait une posture, impermĂ©able aux noirs pressentiments des gens. Le dĂ©sintĂ©rĂȘt quâil reçoit des sondĂ©s reflĂšte les limites de son analyse, accrochĂ©e aux basques du vieux socialisme Ă©tatique. Les Français redoutent moins le libĂ©ralisme que leur propre dilution.
Il faut reconnaĂźtre Ă Nicolas Sarkozy et SĂ©golĂšne Royal dâavoir vite compris cette inquiĂ©tude, que Philippe de Villiers a su, le premier, exprimer au nom de la droite. Alors que souverainetĂ©, nation, autoritĂ©, Ă©taient des mots laissĂ©s au FN avant le 29 mai 2005, ils ont rejoint les discours des deux principaux prĂ©tendants Ă lâĂlysĂ©e. Lâopinion en redemande.
SĂ©golĂšne en est presque Ă reprendre le âTravail, Famille, Patrieâ, flĂ©tri par Vichy. âRevaloriser le travail, dĂ©fendre les familles dans leur diversitĂ©, nuclĂ©aire, recomposĂ©e, monoparentale, homoparentale, et savoir ce qui nous fait tenir debout dans une mĂȘme nation, oui, câest importantâ, dit-elle (Les Ăchos, 19-20 mai). Mercredi, elle a suggĂ©rĂ© dâenvoyer Ă lâarmĂ©e les dĂ©linquants de plus de 16 ans.
Les nonistes de gauche, qui voient dans le 29 mai une victoire contre le capitalisme, se trompent dâĂ©poque. 93% des Français rĂ©clament des rĂ©formes, et dâabord pour le droit du travail. Six fonctionnaires sur dix estiment âurgent de rĂ©former le fonctionnement de lâĂtat et du secteur publicâ, notamment par lâallĂ©gement des effectifs. LâarchĂ©oconservatisme de la gauche nâa rien de commun avec ce mouvement naissant.
Face au champ de ruine que pourrait ĂȘtre la France millĂ©naire dans quelques proches gĂ©nĂ©rations, la rĂ©volution nĂ©oconservatrice annoncĂ©e (Bloc-Notes du 12 novembre 2004) court plus vite que prĂ©vu. Elle oblige Ă se plier Ă ses exigences. La droite est la mieux placĂ©e pour ĂȘtre le porte-voix de ce sursaut, qui redessine lâEurope des nations. La majoritĂ© saura-telle ĂȘtre Ă la hauteur?
Drut: lâaffaire de trop
Jacques Chirac aurait voulu exaspĂ©rer un peu plus, il ne sây serait pas pris autrement: en accordant une amnistie Ă son ami Guy Drut, condamnĂ© Ă quinze mois de prison avec sursis pour avoir bĂ©nĂ©ficiĂ© dâun emploi fictif, le prĂ©sident de la RĂ©publique ne sâest pas souciĂ© dâĂȘtre compris, ni de comprendre. Une attitude dĂ©routante, alors que le non Ă la Constitution a rĂ©vĂ©lĂ© la fracture entre le peuple et ses Ă©lites. Le bras dâhonneur nâen est que plus provoquant.
Peu importe les justifications sur la nĂ©cessitĂ© pour le pays de garder, avec Drut amnistiĂ©, son siĂšge au ComitĂ© international olympique. Le tiers Ă©tat ne peut admettre un tel fait du prince, illustration des pratiques hautaines dâun Ancien RĂ©gime que nombre de citoyens rejettent. Comment les Français, Ă©reintĂ©s par les contraventions routiĂšres, pourraient-ils se signer devant ce bon plaisir?
Rien ne les rĂ©vulse tant que lâinjustice. Elle est flagrante dans cette exception Ă la tolĂ©rance zĂ©ro, partout rabĂąchĂ©e. Pour cela, lâaffaire Drut est plus grave que la dĂ©bandade du CPE ou le guignolesque dossier Clearstream. Alors que Chirac, Ă Brasilia lâautre jour, fustigeait le dĂ©clinisme en le jugeant âdĂ©connectĂ© par rapport aux rĂ©alitĂ©sâ, force est de constater son propre aveuglement.
Câest lâaccumulation de ces maladresses qui incitent les citoyens Ă dire non au pouvoir, au risque dâapparaĂźtre, faussement, adeptes de lâimmobilisme. Et câest SĂ©golĂšne Royal, notamment avec son gadget des âCafĂ©s SĂ©golĂšneâ qui vont sâouvrir Ă Paris pour soutenir sa dĂ©mocratie participative, qui pourrait tirer avantage de la rupture nĂ©cessaire. A moins que Nicolas Sarkozy ne quitte rapidement le gouvernement.
Le maire accusé
Cette rĂ©flexion de Jean Clair, dans son excellent âJournal atrabilaireâ (Gallimard): âDans un temps oĂč tout se dĂ©truit, le beau nom de âconservateurâ. Voire: dans un temps oĂč tout furieux court Ă sa ruine, le fier nom de ârĂ©actionnaireâ. Or, il demeure une grande rĂ©pugnance Ă user de ces deux mots, dans une Ă©poque oĂč, du patrimoine naturel â lâeau, les plantes, les espĂšces, etc. â au patrimoine culturel â les monuments, les bibliothĂšques, les archives â il serait urgent, plus quâĂ tout autre, de prendre des mesures conservatoiresâ.
Un constat similaire peut ĂȘtre dressĂ© concernant la violence urbaine, contre laquelle toute rĂ©action est vouĂ©e Ă la critique des belles Ăąmes. Pour avoir cherchĂ© Ă rĂ©pondre Ă lâenvolĂ©e de la dĂ©linquance Ă Montfermeil, Seine- Saint-Denis â 450% de hausse depuis le dĂ©but de lâannĂ©e! â en interdisant les rassemblements de mineurs dans certaines rues du centre, le maire UMP, Xavier Lemoine, a vu son arrĂȘtĂ© suspendu par le tribunal administratif.
Depuis, deux de ses filles ont Ă©tĂ© rouĂ©es de coups, deux autres ont Ă©tĂ© insultĂ©es et sa maison a Ă©tĂ© prise pour cible. Dans la nuit de lundi Ă mardi, une centaine de voyous a, Ă nouveau, caillassĂ© son domicile, puis la mairie. Mais câest lâĂ©lu que la gauche a accusĂ©, mardi, dâavoir créé âun contexte de violenceâ (François Hollande). Les encapuchonnĂ©s ont gagnĂ©; lâobscurantisme avec eux.
Silence
Dimanche, rue des Rosiers, dans un quartier juif de Paris, une trentaine de Noirs armĂ©s de bĂątons a dĂ©filĂ© en criant des menaces antisĂ©mites. Silence des droits de lâhommistes.
Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro, est Senior Fellow à l'Atlantis Institute
|