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Antiracisme: le dogme ébranlé Imprimer Envoyer à un ami
Par Ivan Rioufol   
1 avril 2005
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LE FIGARO — Oui, il existe un racisme anti-Blancs en France. Et il est désormais permis de le dire, sans se faire lyncher par la bien-pensance. Cette réalité occultée a même été avalisée par Le Monde, qui aura longtemps relativisé les « incivilités » des « jeunes » en faisant valoir leur « mal-être » : le médiateur du quotidien, Robert Solé, a reconnu dimanche que son journal avait jusqu'ici abordé ces problèmes dérangeants « de manière timide et incomplète » ; un « euphémisme », a-t-il ajouté. Fin d'un tabou ?

Le dogme de l'antiracisme, qui voit un xénophobe dans celui qui critique ce que peut produire l'immigration, n'a pas résisté aux dernières manifestations lycéennes, où de jeunes Noirs s'en étaient pris à de jeunes Blancs. Des comportements « antigaulois » observés depuis longtemps, mais que la majorité des médias taisaient afin de ne pas stigmatiser des « déshérités ». Cette fois, c'est la presse de gauche, divine surprise, qui s'est émue de cette violence ethnique se revendiquant comme telle.

Parallèlement, une pétition a dénoncé, vendredi dernier, les « ratonnades anti-Blancs ». Lancée par le mouvement sioniste Hachomer Hatzaïr et Radio Shalom, elle a été signée par le théologien musulman Ghaleb Bencheikh, le cinéaste Élie Chouraqui, l'écrivain d'origine iranienne Chahdortt Djavann, l'éditorialiste du Nouvel Observateur Jacques Julliard, l'ancien ministre Bernard Kouchner, le chercheur Pierre-André Taguieff et le philosophe Alain Finkielkraut. Ce dernier définit ainsi la nouvelle cible : « Le Français à l'oeil nu, victime du délit de faciès ».

Hier encore, de telles prises de position étaient impensables. Elles s'inscrivent dans ce refus d'obtempérer devant la pensée unique, attitude souvent décrite ici. Face à l'ampleur des désastres touchant l'harmonie sociale, une libération de la parole s'affirme comme un premier exutoire. Que ce besoin de dire les choses s'exprime aujourd'hui dans les rangs de la gauche, inspiratrice de la bonne conscience « humaniste », qui a nié par commodité des dérives barbares dans certaines cités, donne toute sa valeur à cette mise en alerte.

Ce réveil démontre, au passage, la lâcheté des médias « progressistes » qui auront participé – participent encore – au maquillage des faits contrariant leur confort intellectuel. Pour avoir refusé d'aborder l'insécurité et la violence autrement qu'à travers les discours déculpabilisants des sociologues et les raisonnements victimaires des « droits-de-l'hommistes » – Mrap et Ligue des droits de l'homme en tête –, ces gardiens du politiquement correct ont contribué à endormir la vigilance collective. Jusqu'à banaliser les propos antifrançais.

Le malaise social des habitants des banlieues est une chose. La haine contre les Blancs en est une autre, qui n'est pas excusable. C'est en assumant cette critique légitime, adressée à des personnes revendiquant leur impunité, que les médias combattront cette autre plaie du racisme. Elle s'infecte de ne pas être désignée par son nom. C'est ainsi également que les bons apôtres lutteront contre le Front national qu'ils consolident en lui offrant le monopole de l'indignation.

Chagnon fait appel

La dénonciation de l'étouffoir antiraciste permettra-t-elle à un enseignant d'aborder librement l'histoire de l'islam et de Mahomet, sans redouter les accusations du Mrap et de la Ligue des droits de l'homme pour provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale ? Ce n'est pas, en tout cas, la voie choisie par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris : la justice a débouté Louis Chagnon de son action en diffamation contre le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples.

Rappel rapide : Chagnon est ce professeur d'histoire d'un collège de Courbevoie qui avait été accusé de racisme, y compris par sa hiérarchie, pour avoir dicté à ses élèves de 5e : « Mahomet va se transformer en voleur et en assassin. Il va piller les caravanes de La Mecque pour se trouver de l'argent, ce qui provoque une guerre entre les deux villes. Il va imposer sa religion dans la terreur. Il fait exécuter de 600 à 900 juifs en une journée ». Résumé brutal mais conforme aux faits. S'estimant diffamé, l'enseignant, soutenu par de nombreux lecteurs du Figaro, demandait réparation.

Constatant que l'objectif du Mrap est de « favoriser la connaissance mutuelle, la compréhension et l'amitié entre les personnes d'origines différentes, comme entre tous les peuples », le tribunal a convenu que cette organisation avait pu être « naturellement alarmée » par les propos de l'enseignant, rapportés par un parent d'élève. Se rapportant ensuite à des témoignages de grands arabisants, il a notamment retenu celui de Maxime Rodinson mettant en garde contre « l'image présentée par les islamophobes qui poussent souvent jusqu'au racisme : l'islam aurait fait régner la persécution perpétuelle et féroce des minorités ».

Sortira-t-on un jour des fatwas lancées par le Mrap dès que l'islam et son prophète sont abordés avec des mots jugés déplaisants ? « Il est incontestable que Muhammad était un prophète casqué et que l'islam s'est étendu en partie à la pointe du sabre », avait fait valoir à l'audience du 10 février, en vain visiblement, le professeur au Collège de France, Gérard Fussman, en remarquant que « le massacre des juifs de la tribu des Banu Kurayza avait été un acte délibéré n'entrant pas dans les traditions du temps ». Louis Chagnon a fait appel. La justice saura-t-elle, oui ou non, protéger l'esprit critique ?


Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro, est Senior Fellow à l'Atlantis Institute

 
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